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Moyen-Orient - Éclairage

Un terrible incendie illustre l’effondrement du système de santé irakien

À l’heure de mettre sous presse, au moins 64 personnes avaient péri dans les flammes qui ont entièrement décimé lundi soir l’unité Covid d’un hôpital du sud du pays.

Un terrible incendie illustre l’effondrement du système de santé irakien

Des personnes en deuil portent à Najaf le cercueil d’une victime qui a été tuée dans l’incendie qui s’est déclaré à l’hôpital al-Hussein du sud de l’Irak, le 13 juillet 2021. Alaa al-Marjani/Reuters

C’est un cauchemar qui n’en finit plus pour l’Irak. Lundi soir, un terrible incendie s’est déclaré dans l’unité Covid de 70 lits de l’hôpital al-Hussein, situé dans la ville du Sud de Nassiriya. Le bilan était lourd, à l’heure de mettre sous presse : 64 morts et une centaine de blessés. Plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux témoignent de l’ampleur de la catastrophe. Des scènes de panique se sont déroulées toute la nuit, les habitants tentant d’évacuer les patients du service en proie aux flammes, le bruit des sirènes en fond. Selon une source sanitaire – citée par l’AFP – de la province de Dhi Qar, dont la capitale est Nassiriya, l’incendie aurait été causé par l’explosion de bouteilles d’oxygène. Les Irakiens pointent cependant du doigt les autorités, dont la négligence et la corruption auraient mené le système de santé au bord du gouffre.

« Une possibilité pour expliquer l’incendie est que dans l’un ou les deux cas, des précautions de sécurité et des protocoles d’urgence n’étaient pas en place ou n’étaient pas scrupuleusement suivis », observe John A. Calabrese, chercheur résident au Middle East Institute. « Cependant, peut-être que la meilleure façon de regarder cet événement tragique est de le considérer dans le contexte du système de santé irakien qui manque de ressources et de personnel », ajoute-t-il.

Pour mémoire

Nuit tragique dans un hôpital de Bagdad : plus de 80 morts

Hier soir, la corruption était sur toutes les lèvres, alors que des centaines d’Irakiens ont crié devant l’hôpital : « Les politiques nous brûlent! » Ces protestations se sont poursuivies mardi matin. Selon des sources sur place, des manifestants auraient fermé trois hôpitaux privés ainsi que la clinique privée du directeur général de la Santé de Dhi Qar, considérés comme des symboles de la corruption endémique dans le pays. « Des patients malades hospitalisés là pour être soignés par des agents de santé qui se sacrifient pour risquer leur vie chaque jour sont littéralement brûlés vifs à cause de la corruption », déplorait hier sur son compte Twitter l’analyste politique Hafsa Halawa.L’événement passe d’autant plus mal aux yeux des Irakiens qu’il fait suite à un incendie similaire survenu en avril dernier dans une unité de soins intensifs pour malades du Covid-19 de l’hôpital de Bagdad. Plus de 80 personnes avaient péri dans cette tragédie également attribuée à une explosion de bouteilles d’oxygène. À l’époque, le ministre de la Santé avait été contraint de démissionner. Cette fois-ci, le directeur de l’hôpital de Nassiriya et le directeur des autorités sanitaires ont été suspendus par le Premier ministre Moustafa Kazimi. « La catastrophe de l’hôpital al-Hussein, et avant cela de l’hôpital Ibn al-Khatib à Bagdad, est le produit d’une corruption persistante et d’une mauvaise gestion qui négligent la vie des Irakiens et empêchent de réformer les institutions », a déclaré dans un tweet le président irakien Barham Saleh. Pas de quoi cependant faire retomber la colère de la population, dans un contexte marqué par des coupures de courant généralisées et une mauvaise gestion des autorités à l’heure où les températures atteignent des pics.

Sous-financement

« Le secteur de la santé irakien ne s’est pas effondré d’un coup. Il s’est progressivement affaibli », indique John A. Calabrese, pour qui « sa fragilité est le résultat de trois décennies de conflits, de sanctions internationales, de négligence – notamment de sous-financement – et de corruption ». En 2019 déjà, le gouvernement irakien n’avait alloué que 2,5 % du budget de l’État de 106,5 milliards de dollars à son ministère de la Santé, tandis que les forces de sécurité et le ministère du Pétrole avaient respectivement reçu 18 et 13,5 % des fonds. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au cours de la dernière décennie, le gouvernement irakien a toujours beaucoup moins dépensé en soins de santé par habitant que ses voisins : 161 dollars par citoyen chaque année en moyenne, contre 304 pour la Jordanie et 649 pour le Liban. Un manque d’investissements qui se reflète dans l’état actuel des hôpitaux. « Il y a moins de lits d’hôpital en Irak aujourd’hui qu’il y a quatre décennies (au début de la guerre Iran-Irak), poursuit John A. Calabrese. Le développement des infrastructures de santé et du bassin de professionnels de la santé n’a pas suivi la croissance de la population, qui a atteint près de 40 millions. »

Pour mémoire

Le ministre de la Santé démissionne après l'incendie d'un hôpital

À cette situation alarmante sont venues s’ajouter les conséquences de la pandémie. Avec 8 429 nouveaux cas de Covid-19 rapportés chaque jour, les taux de contamination sont toujours à leur pic. Depuis l’apparition du virus, l’Irak a dénombré 17 592 décès liés au coronavirus. Si, dès les premiers mois, le gouvernement a pris des mesures de prévention en imposant des couvre-feux et en fermant plusieurs établissements, certaines mesures se sont avérées inefficaces. Lancée début mars dernier, la campagne de vaccination est loin de porter ses fruits. En cause : le manque de confiance de la population envers les autorités et le système de santé. « Les retombées politiques de cette tragédie seront probablement plus immédiates et conséquentes que tous les changements que le gouvernement peut mettre en œuvre pour renforcer le système de santé en ruine, avec des personnalités et des factions se renvoyant les accusations face au mécontentement d’un public bouillonnant », résume John A. Calabrese.


C’est un cauchemar qui n’en finit plus pour l’Irak. Lundi soir, un terrible incendie s’est déclaré dans l’unité Covid de 70 lits de l’hôpital al-Hussein, situé dans la ville du Sud de Nassiriya. Le bilan était lourd, à l’heure de mettre sous presse : 64 morts et une centaine de blessés. Plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux témoignent de l’ampleur de...

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