Devin Booker, l’arrière des Phoenix Suns (effectuant un slam dunk contre les Milwaukee Bucks sur la photo ci-dessus), est en train de s’imposer lors de la finale NBA comme l’un des meilleurs offensifs du monde, presque sans faire de bruit. Christian Petersen/Getty Images/AFP
Peu connu du grand public, joueur sans fioriture, Devin Booker, l’arrière des Phoenix Suns, est en train de s’imposer lors de la finale NBA comme l’un des meilleurs offensifs du monde, presque sans faire de bruit.
Lors de la seconde mi-temps du match n° 2 jeudi dernier (vendredi au Liban), Milwaukee, animé par l’énergie du désespoir, refusait de céder. « Ils faisaient de petites séries » de paniers, s’est souvenu, après coup, l’ailier des Suns Mikal Bridges, « et à chaque fois, Booker leur mettait un trois points ou une action. Ça les décomposait. » À cinq reprises, Devin Booker inscrit un tir qui fera, à chaque fois, remonter l’écart à dix points ou plus pour finalement assommer les Bucks qui ont retrouvé leur terrain pour le match n° 3 hier dimanche (tôt ce matin au Liban). Le tout avec des gestes peu spectaculaires, pas de dribble fou entre les jambes ou de dunk aérien, tout en flegme et en retenue.
« Il montre qu’il a une mentalité de tueur », expliquait récemment CJ McCollum, l’arrière des Portland Trail Blazers, dans le podcast Pull Up. « C’est un assassin silencieux », avait-il ajouté. Avec ses 29 points de moyenne en deux matches conclus par autant de victoires, « Book » – son surnom – a encore gravi un échelon, à 24 ans seulement. Juan Parker, son ancien coéquipier de Moss Point, son lycée du Mississippi, n’est pas surpris. « Il met les mêmes paniers que ceux qu’il rentrait au lycée, confie-t-il. Pour se créer son shoot, c’était un technicien. »
Arrivé en NBA à 18 ans seulement, All-Star à 23 ans, le dossard n° 1 est déjà dans la Ligue nord-américaine de basket-ball depuis six saisons, mais avant cette finale, il n’avait encore qu’une popularité très limitée. Son maillot ne figurait pas, cette saison, parmi les 15 meilleures ventes en NBA, et au scrutin des fans pour le dernier All-Star Game, il n’est arrivé que 22e au classement. « Book », c’est le plus bel exemple d’une finale qui n’a pas le glamour du Los Angeles Lakers-Brooklyn Nets que tout le monde attendait. S’il est bien doté de qualités athlétiques au-dessus de la moyenne, Devin Booker (1,96 m) est avant tout un « rat de gymnase », comme l’appellent les Américains, un bourreau de travail. « Il a bossé des jours, des soirées, des week-ends, explique Juan Parker. Donc, je ne pouvais que m’attendre à le voir s’épanouir comme il le fait aujourd’hui. »
Après une enfance passée dans le Michigan avec sa mère, le jeune Devin est parti rejoindre son père, l’ancien joueur professionnel Melvin Booker, qui a passé une petite trentaine de matches en NBA. « J’étais bon, mais il m’a fait aller un peu plus loin », s’est souvenu l’arrière des Suns dans un article du site The Undefeated. « Il m’a poussé, et personne ne l’avait fait jusqu’à présent », a-t-il poursuivi. Parmi ses modèles, on cite souvent Kobe Bryant, qui lui a envoyé par texto, un jour de 2016, un mot d’ordre qu’il a depuis fait tatouer sur son bras : « Sois légendaire. » Mais, enfant, son idole était Richard « Rip » Hamilton, joueur technique, toujours capable de sortir d’une forêt d’écrans pour planter un tir décisif à mi-distance.
Doté de superbes appuis et d’une excellente lecture de jeu, comme Hamilton, Devin Booker a trouvé la faille dans la défense des Bucks au premier comme au second match de la finale. Milwaukee cherchait à le priver de son tir à mi-distance, si dangereux. Il a attaqué le cercle et trouvé la cible à trois points, utilisant à merveille les écrans de ses coéquipiers. S’il n’est pas un introverti, Devin Booker est d’abord un « leader par ses actes », décrit Juan Parker, même s’il n’hésite pas à prendre la parole dans un second temps. Aujourd’hui, il laisse à Chris Paul le rôle du général, grand organisateur qui a fait passer, en une intersaison, les Suns du statut de franchise à potentiel à celui de prétendant au titre. En 2020, après cinq saisons avec les Suns, Devin Booker attendait toujours de voir Phoenix décoller, et certains lui suggéraient publiquement d’aller voir ailleurs. L’arrivée de Paul, meneur de 36 ans en quête d’un dernier défi, a enfin donné aux orange et mauve un sens de l’urgence. « C’est le genre de joueur que vous n’aimez pas affronter, mais que vous adorez avoir dans votre équipe », a résumé Booker au sujet de Paul.
Insatiable, Devin Booker prévoit déjà d’enchaîner avec les Jeux olympiques à Tokyo au sein de l’équipe américaine, avec un premier match potentiellement trois jours après la fin de la finale. « J’y serai, mais évidemment, ce n’est pas mon sujet du moment », a-t-il dit. Il lui reste ainsi encore deux manches à gagner face aux Bucks pour décrocher un premier sacre en NBA. Discrètement.
Thomas URBAIN/AFP


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