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Sport - Reportage

En territoire ennemi, la large communauté italienne de Bedford se prépare à la finale de l'Euro

En amont du match, l'atmosphère est "très intense, tout le monde est survolté", explique Liberato Lionetti.

En territoire ennemi, la large communauté italienne de Bedford se prépare à la finale de l'Euro

Des supporters anglais et italien se serrant la main le 10 juillet 2021 devant le stade de Wembley, avant la finale de l'Euro 2020. Photo REUTERS / Henry Nichols

Le football va "rentrer à la maison... à Rome !" Comme d'autres membres d'une des plus grosses communautés italiennes du Royaume-Uni, installée à Bedford, Luciano Lambiase espère que l'Italie remportera dimanche la finale de l'Euro, face à l'Angleterre, le pays où il vit depuis des années.

Si ce n'est le ciel gris et la menace de pluie, on pourrait se croire à Naples ou Milan : Luciano Lambiase, 66 ans, et ses amis d'enfance Pasquale Spadaccino et Franco Bulzis, 73 ans, sirotent un expresso, en parlant passionnément de foot devant le Piazza Caffè. Mais c'est bien à Bedford, au nord de Londres, que cette scène se déroule, c'est-à-dire en territoire ennemi, puisque la "Nazionale" italienne défiera dimanche à Wembley l'Angleterre, qui n'a pas décroché de titre majeur depuis 1966. Le football "rentre à la maison... à Rome !", affirme haut et fort Luciano Lambiase, en référence à la chanson populaire scandée par les supporters anglais "Football is coming home" ("Le football rentre à la maison"). "La signification de +It's coming home+ a toujours été un mystère", raille cet ingénieur à la retraite, puisque "c'est la première fois qu'ils jouent une finale (de l'Euro), quand nous avons gagné quatre Coupes du monde !".

Le patron de ce café situé sur la place du marché, Liberato Lionetti, se montre, lui, plus prudent, alors que sa terrasse est aussi essaimée de supporters portant le maillot anglais. S'il pense que l'Italie va gagner 1-0, celui que les clients surnomment "Libby" estime que, quoi qu'il arrive le football va "sans aucun doute rentrer à la maison, à Bedford".

Atmosphère intense 
En amont du match, l'atmosphère de la ville est "très intense, tout le monde est survolté", explique le restaurateur de 55 ans, insistant cependant sur le fait que "tout ira bien" pendant le match, malgré les rivalités.

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"Il ne s'agit simplement que de 90 minutes (de football) -ou du temps nécessaire pour que votre équipe gagne-, et puis c'est tout ! Le jour suivant est un autre jour !", explique M. Lionetti, pour qui "il faut juste passer à autre chose". Le trio d'amis installé en terrasse espère également que le match se déroulera sans incident, mais cette finale réveille chez eux le souvenir d'abus subis lorsqu'ils étaient plus jeunes, pendant des matches internationaux des années 60 et 70.

Originaires de Campanie (région du sud de l'Italie), Luciano, Pasquale et Franco sont arrivés enfants à Bedford en 1956, suivant leurs pères venus s'y installer pour travailler dans l'industrie de la brique. A cette époque, le football avait permis de souder une communauté italienne assez petite, et surtout très pauvre, racontent les trois amis. Et si 14.000 Italiens vivent désormais à Bedford, au milieu de restaurants, cafés et magasins dédiés à leur culture, une certaine rivalité perdure.

Tensions entre communautés 
La police du Bedfordshire a appelé les habitants à être "raisonnables" afin de permettre à tous de "profiter du football dans un environnement sûr", après quelques dérapages les années précédentes.

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Lors de l'Euro-2012, quatre supporters anglais avaient en effet été arrêtés pour avoir attaqué un convoi de voitures célébrant la victoire italienne sur l'Angleterre en quarts de finale. Après un match de poule au résultat similaire lors du Mondial-2014, une enquête avait été lancée lorsque des supporters anglais de Bedford avaient brûlé un drapeau italien.

"Nous avons la chance de vivre dans l'une des régions les plus diverses du pays. Nous célébrerons toujours cette diversité et la relation anglo-italienne particulière à Bedford", a déclaré le chef adjoint de la police Sharn Basra. Il a invité chacun à "profiter du match d'une manière responsable", appelant de ces vœux "une finale digne de ce nom pour ce qui a été un grand tournoi pour les deux équipes".

Au "Club Italia", où le drapeau tricolore italien recouvre toutes les surfaces possibles, le barman Michael Bianco estime que la soirée de dimanche va être "absolument folle à Bedford". Pour le manager Francesco Derrico, si les "Azzurri" remportent le tournoi, tous les Italiens de Bedford seront de sortie. "Si nous gagnons, nous sortirons et ferons la fête", explique-t-il, ajoutant avec un sourire en coin : "Si nous perdons, nous resterons à la maison en mangeant des pâtes. C'est tout !".


Le football va "rentrer à la maison... à Rome !" Comme d'autres membres d'une des plus grosses communautés italiennes du Royaume-Uni, installée à Bedford, Luciano Lambiase espère que l'Italie remportera dimanche la finale de l'Euro, face à l'Angleterre, le pays où il vit depuis des années.Si ce n'est le ciel gris et la menace de pluie, on pourrait se croire à Naples ou Milan : Luciano...

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