Le poste-frontière de Bab al-Hawa entre la Turquie et la Syrie. Reuters/Khalil Ashawi/File Photo
Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé hier à l’unanimité une résolution prolongeant de six mois, renouvelables sous condition, le mécanisme onusien d’aide humanitaire transfrontalière à la Syrie sans l’aval de Damas, qui expirait samedi. Le texte est une synthèse de deux projets concurrents portés cette semaine d’un côté par l’Irlande et la Norvège, de l’autre par la Russie. La durée de l’extension est interprétée différemment par les États-Unis, pour qui elle est d’un an, et la Russie qui considère qu’il s’agit de six mois renouvelables en fonction d’un rapport attendu en fin d’année du secrétaire général de l’ONU. Des diplomates ont précisé qu’un nouveau vote dans six mois n’était pas obligatoire.
La résolution décide une extension du mécanisme pour le seul point d’accès de Bab al-Hawa, à la frontière nord-ouest de la Syrie avec la Turquie, « avec une prorogation d’un délai supplémentaire six mois, c’est-à-dire jusqu’au 10 juillet 2022, sous réserve de la publication d’un rapport substantiel du secrétaire général ». Ce rapport devra mettre « un accent particulier sur la transparence des opérations et les progrès sur l’accès via les lignes de front pour répondre aux besoins humanitaires », précise la résolution.
Elle est le fruit d’un compromis obtenu entre les Etats-Unis et la Russie, lors de négociations de dernière minute, élargies aux trois autres membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Royaume-Uni et France). L’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a souligné qu’après le sommet récent à Genève des présidents Vladimir Poutine et Joe Biden, l’accord sur le mécanisme était « historique ».
Enquête sur des attaques chimiques
Sur un tout autre plan, la justice française enquête depuis fin avril sur des attaques chimiques perpétrées en 2013 en Syrie et imputées au régime de Bachar el-Assad, suite à une plainte de trois ONG. Environ deux mois après le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile par le Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM), Open Society Justice Initiative (OSJI) et Syrian Archive, deux juges d’instruction du pôle « crimes contre l’humanité » du tribunal de Paris ont été chargés d’une information judiciaire pour « crimes contre l’humanité » et « crimes de guerre », selon SCM et une source judiciaire.
Les investigations, menées au titre de la « compétence extraterritoriale » de la justice française, portent sur les attaques perpétrées dans la nuit du 4 au 5 août à Adra et Douma (450 blessés) et le 21 août 2013 dans la Ghouta orientale, où plus de mille personnes, selon les renseignements américains, ont été tuées par du gaz sarin.
Hier, le directeur général de SCM, Mazen Darwish, a été entendu comme partie civile par une des juges. Lors de cette audition, il a présenté « 491 pièces à conviction supplémentaires, incluant de nombreuses photos et vidéos, ainsi que des cartes qui identifient avec précision les lieux des attaques et des bombardements », selon un communiqué de SCM.
Ces documents contiennent des renseignements sur les « chaînes de commandement militaire et identifient clairement les hommes impliqués dans les attaques (...) depuis le sommet de la hiérarchie, représentée par le président, chef des armées, jusqu’aux rangs les plus bas », précise l’ONG. Ils incluent notamment « les noms et les grades de 246 officiers de la quatrième division menée par le major général Maher el-Assad, ainsi que 94 officiers de la 155e brigade des missiles et 32 officiers de la 106e brigade de la Garde républicaine ». Ils contiennent aussi les témoignages de « 61 témoins et survivants, ainsi que ceux de transfuges de régiments militaires ».
Les trois ONG avaient déjà déposé une plainte en octobre 2020 auprès du parquet fédéral allemand, qui visait les faits de 2013 mais aussi une attaque au gaz sarin perpétrée en avril 2017 à Khan Cheikhoun. En avril, elles ont aussi déposé, avec une quatrième ONG – Civil Rights Defenders – une plainte en Suède pour ces attaques de 2013 et 2017.
Source : AFP
La résolution décide une extension du mécanisme pour le seul point...

