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Culture - Entretien / Théâtre

La kafala et tout le système libanais, comme un trou noir

Hachem Adnan présente sur les planches* une argumentation théâtrale sur le système de la kafala, ou le cas de 200 000 travailleurs « invisibles », interprétée par Nidal Ayoub et lui-même avec la participation de travailleuses migrantes, sur une musique jouée en live de Hadi Daibes. Questions à un metteur en scène investi.

La kafala et tout le système libanais, comme un trou noir

Nidal Ayoub et Hachem Adnan fustigent le système de la kafala. Photo DR

Sur quoi porte la pièce de théâtre « The Black Hole » et comment est né ce projet ?

The Black Hole interroge la société libanaise ou plutôt le système économique libanais qui a conduit plus de 200 000 travailleurs(euses) étrangers à tomber dans une sorte d’esclavagisme à cause de la loi de la kafala (parrainage) instaurée pour eux. Au départ, il s’agissait d’un travail commissionné par l’Organisation internationale du travail (OIT). On m’avait invité en résidence en 2019 pour élaborer un simulacre de procès face au système de la kafala. L’OIT voulait établir une étude sur ces travailleurs et travailleuses qui subissaient ce malheureux et injuste système au Liban. Mais la révolution a eu lieu et on a tout de suite pensé à monter un spectacle sur ce sujet. J’ai commencé donc à écrire un scénario pour une pièce mais ceci a pris aussi du temps pour qu’elle voie le jour.

Hadi Daibes interprète de la musique en direct. Photo DR

Sur quelles recherches s’est articulé le scénario de la pièce ?

Je me suis inspiré de trois sources pour le contenu du scénario : d’abord l’étude réalisée par l’OIT, basée sur le rapport des travailleurs étrangers avec la loi. Ensuite, des témoignages des travailleuses avec qui j’ai collaboré dans le cadre d’ateliers de travail. On parlait ainsi de leurs expériences individuelles avec la kafala. Enfin, la troisième source provenait de mon expérience personnelle à travers les travailleuses qui se succédaient dans la maison parentale (depuis mon enfance jusqu’à récemment). Avec ces trois axes, j’ai pu tisser un scénario complet. La forme de l’action n’était plus un procès mais une sorte d’argumentation qui présente tous les motifs d’annuler ce système injuste qui mène à un esclavagisme « masqué », en procurant tous les privilèges aux patrons tout en ôtant toute protection aux travailleuses émigrées.


Le témoignage de Molo, travailleuse migrante au Liban dans la pièce « The Black hole ». Photo DR

L’existence de la kafala signifie-t-elle, selon vous, que notre pays est encore rétrograde ?

Non, je pense que cette loi a plus rapport avec notre système économique qui profite d’une main-d’œuvre à bon marché avec des salaires très modiques, sans leur procurer une protection sociale. Il affaiblit par ailleurs la main-d’œuvre libanaise en instaurant un déséquilibre sur le marché du travail. Ce système existe partout dans le monde, sauf qu’au Liban, il a été instauré par des moyens illégaux, ce qui crée une situation chaotique.

Pourquoi l’avoir intitulé « The Black Hole » ? N’est-ce pas une vision assez pessimiste de la situation libanaise ?

En astrophysique, un trou noir est une région de l’espace où s’accumule une très grande quantité de matière mais qui possède un champ gravitationnel si intense qu’aucune matière qui y pénètre ne peut plus en ressortir, y compris la lumière. Il est comme magnétique. Tout comme ce système de la kafala en particulier ou le système libanais en général. Il est composé de façon à entraîner les travailleurs émigrés et tous les Libanais dans des méandres d’où il leur sera difficile de sortir. Mais si un jour on peut prendre possession de ce trou noir, on pourra alors renverser l’équation.

*Au théâtre Le Tournesol, les 17 et 18 juin à 19h.

Parcours en quelques dates

Hachem Adnan est metteur en scène, scénariste et interprète. Titulaire d’un BA en théâtre et mise en scène de l’Université libanaise, Institut des beaux-arts, il a participé en tant que membre de la compagnie de théâtre Zoukak (2007-2017) à plus de 15 représentations qui ont tourné à travers le Liban et dans diverses villes du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, d’Europe et d’Inde. Il a réalisé Le maréchal d’Abediyeh (2011), Perform-autopsy (2013) et coécrit Heavens en 2014. Il a également joué et co-conçu entre autres pièces de théâtre Silk thread en 2012 et The battle scene, He who saw everything (2015). En 2018, il réalise L’histoire de l’homme qui habitait son ombre, écrit par Fadi Toufic, ainsi que Wou Ma Talet Colette, une production de Metro al-Madina dans laquelle l’acteur Ziad Itani raconte ses malheurs avec les autorités libanaises. Ses œuvres en solo incluent The Voicer (2017), une performance liée au site commandée par « Kunsthalle3000 », et Erase this face off you en 2008, une performance publique audiovisuelle expérimentale. Depuis 2007, il anime des ateliers de théâtre avec diverses communautés au Liban et à l’étranger. En 2017, dans le cadre de l’exposition d’art contemporain Silent Echo, il a dirigé Plain Secret, un atelier-performance avec un groupe de personnes âgées sur le site archéologique de Baalbeck, au Liban.

Actuellement, Black Hole est une performance théâtrale qu’il a écrite et réalisée, produite en partenariat avec le Legal agenda, coproduite par Mansion, avec le soutien de l’Organisation internationale du travail.


Sur quoi porte la pièce de théâtre « The Black Hole » et comment est né ce projet ?The Black Hole interroge la société libanaise ou plutôt le système économique libanais qui a conduit plus de 200 000 travailleurs(euses) étrangers à tomber dans une sorte d’esclavagisme à cause de la loi de la kafala (parrainage) instaurée pour eux. Au départ, il s’agissait...

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