La vidéo qui circule depuis 48 heures sur les réseaux sociaux et que j’ai reçue plus d’une centaine de fois, étant donné qu’il s’agit d’un incident qui a eu lieu à l’hôpital où j’ai un poste de responsabilité, montre une jeune fille outrée de s’être vu interdire l’accès de l’hôpital en short. Cette jeune fille taxe l’établissement d’appartenance à l’Iran…
D’abord, pour être précis, le motif de l’interdiction d’accès était l’heure tardive de la visite, comme le montre la vidéo. D’autre part, les propos « moralisateurs » tenus par la responsable de nuit de l’hôpital – sans doute mal placés – ont été dits avec une bienveillante mais maladroite pruderie religieuse bien catholique, contrairement aux interprétations. La suite est l’œuvre de la tyrannie des réseaux sociaux qui a été, j’en suis persuadée, bien au-delà des attentes de la blogueuse elle-même. La crédulité et la polarisation de notre société en ces temps d’anxiété et de crise ont fait le reste.Mais au-delà de cet incident, c’est l’intolérance que je veux dénoncer, intolérance qui nous mène à refuser l’autre, à ne pas admettre son point de vue, à sauter sur la première occasion pour dénoncer, pour crier au scandale, lancer des accusations contre les institutions, les personnes ; sans jamais écouter, résoudre ou apporter des solutions constructives… On croit tout ce qui se dit sans jamais vérifier les sources et on érige les positions les plus extrêmes à partir de fausses rumeurs. C’est bien ce qui m’inquiète le plus et me fait douter de notre aptitude à reconstruire notre pays et à l’arracher des mains de ceux qui veulent lui nuire.
Il nous est devenu impossible d’accepter l’idée qu’une institution est neutre, qu’un incident est le fruit d’un simple malentendu et qu’il est loin de toute interférence religieuse et politique. Sans bonne foi et objectivité, comment défendre les valeurs de justice, d’intégrité et de liberté d’expression ? Comment construire un lendemain à nos enfants ?
Je souhaite, enfin, et c’est l’objet principal de ce texte, rassurer la jeune blogueuse quant à la liberté de choisir la tenue qu’elle juge adéquate pour se rendre à l’hôpital. Je refuse par ailleurs d’adhérer aux commentaires sexistes et machistes qui ont pu être adressés à son encontre. L’hôpital universitaire Mont-Liban sera toujours un site d’accueil et de réconfort pour les malades et leurs parents, mais aussi un lieu de liberté, de tolérance et de fraternité. La compassion et l’empathie ainsi que le respect du patient sont les valeurs piliers de l’hôpital.
Roula GHARIOS ZAHAR
Directeur général adjoint
Hôpital universitaire Mont-Liban


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