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Lifestyle - Un peu plus

Le Liban d’avant... tout ça

Le Liban d’avant... tout ça

Les nuits de Beyrouth, avant. Photo M.A.

On ne vit plus qu’avec nos souvenirs. Avec ces moments d’avant. D’avant l’hécatombe. Les images se bousculent dans nos têtes, mêlant des visages qui sont partis, des endroits qui ont disparu, des voyages qu’on ne fera plus, des rêves qui se sont éteints. La nostalgie est tout ce qui nous reste et, comme l’a dit Simone Signoret, elle n’est plus ce qu’elle était.

Il y avait dans nos vies d’avant une certaine insouciance, malgré les embûches du destin. Il y avait ces petits instants où le monde était plus doux et l’existence plus tranquille. Nous savions que ces choses-là ressemblaient à un château de cartes. Un château de cartes qui a fini par s’effondrer. Nous avons subi une crise cardiaque, enchaîné avec un cancer fulgurant et désormais, nous marchons lentement dans un enterrement sans fin. Celui de nos vies et celui de notre pays.

J’aimerais tellement retrouver cette désinvolture, cette légèreté qui rendait nos jours au Liban plus faciles. Nous étions bien. Et malgré la pauvreté ou la maladie, nous avions le soleil, les rivages, la mer, l’air frais des montagnes, la générosité des gens, l’hospitalité et la joie de vivre, nonobstant les difficultés financières ou les crises existentielles. On nous enviait notre qualité de vie. Un grand nombre d’entre nous virevoltaient dans une bulle. Et cette bulle a éclaté. Le soleil est devenu brûlant. Les couleurs du ciel ont pâli et nos photos, même si elles ne sont plus en argentique, ont jauni. Que reste-t-il de ce passé qui est si loin aujourd’hui ? Que reste-t-il de ces réminiscences que le temps efface ? Certaines d’entre elles sont encore vivaces, d’autres se sont envolées avec la destruction de Beyrouth. Elles sont parties en fumée, et déambuler dans ces rues à la recherche d’endroits qu’on avait l’habitude d’arpenter ou de fréquenter est devenu terriblement pénible.

On a l’impression qu’ils appartiennent à une autre époque. Et comme c’est douloureux. Douloureux également de voir cette jeunesse bloquée dans l’incapacité de se créer des souvenirs. De profiter de son âge où tout devrait être permis. Où l’école et l’université devraient être des lieux de rencontres, des lieux de communion avec les autres. Comme c’est douloureux d’être privés de nos réunions familiales, de ces journées à plusieurs, de ces soirées entre amis qui se terminaient à des heures indues. Comme c’est douloureux de ne plus pouvoir danser sans avoir peur ou de ne plus danser tout court. D’enlacer l’autre pour un dernier slow.

C’est pourquoi, à l’heure actuelle, empêcher les jeunes et les moins jeunes de profiter de ce qui nous reste comme vie n’est plus une option. Même si la menace du Covid est encore là, même si l’argent tend à disparaître. On doit les laisser vivre. Vivre l’insouciance de leur âge sans les juger. Sans les harceler et les pointer du doigt sur les réseaux sociaux. Partout ailleurs, les gens n’en peuvent plus. Ils ne supportent plus d’être emprisonnés. Qu’en est-il de nous ? Nous, les Libanais dont la sociabilité n’est plus à démontrer. Dont le sens du plaisir était contagieux. Nous souffrons assez au quotidien pour annihiler en plus les rêves qui nous restent. Foutez-leur la paix. Foutez-leur la paix s’ils ont envie de se dorer au soleil, de plonger dans la mer, même si elle est polluée. Si on a envie de faire la fête malgré la misère qui nous entoure. Si on a envie de conjurer le mauvais sort qui s’est abattu sur nous. Si on valse sur la tombe dans laquelle nous sommes jetés. Si on a envie d’exulter pour ne pas laisser la colère et la peur nous ronger. Si on a envie de laisser nos tripes parler pour nous, notre inconscience prendre le dessus, si nous prenons de mauvaises décisions et des risques. Si le masque nous étouffe. Si on a envie de dépenser ce qu’il nous reste sur des choses inutiles.

Nous sommes aux portes de l’enfer, profitons encore un peu de ces petits paradis qui s’offrent à nous de temps en temps.

Chroniqueuse, Médéa Azouri anime depuis bientôt un an avec Mouin Jaber « Sarde After Dinner », un podcast où ils discutent librement et sans censure d’un large éventail de sujets, avec des invités de tous horizons. Tous les dimanches à 20h00, heure de Beyrouth.Épisode de la semaine : Omar Alshogre

https://youtu.be/nXzbnbgqAtQ


On ne vit plus qu’avec nos souvenirs. Avec ces moments d’avant. D’avant l’hécatombe. Les images se bousculent dans nos têtes, mêlant des visages qui sont partis, des endroits qui ont disparu, des voyages qu’on ne fera plus, des rêves qui se sont éteints. La nostalgie est tout ce qui nous reste et, comme l’a dit Simone Signoret, elle n’est plus ce qu’elle était.
Il y avait...

commentaires (1)

Je ne suis pas si nostalgique que vous car c’est justement cette vie et cette insouciance que les libanais avaient qui ont conduit au désastre actuel. On fermait les yeux sur toutes les magouilles du moment où on pouvait faire la fête la nuit. Et bien, on le paye cher maintenant.

mokpo

19 h 05, le 11 juin 2021

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Commentaires (1)

  • Je ne suis pas si nostalgique que vous car c’est justement cette vie et cette insouciance que les libanais avaient qui ont conduit au désastre actuel. On fermait les yeux sur toutes les magouilles du moment où on pouvait faire la fête la nuit. Et bien, on le paye cher maintenant.

    mokpo

    19 h 05, le 11 juin 2021

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