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Moyen-Orient - Éclairage

Le départ des troupes US au cœur des pourparlers techniques entre Washington et Bagdad

La rencontre qui s’est tenue samedi dans la capitale irakienne entre commandants des deux pays est la première réunion du genre autour de la mise en œuvre des engagements pris en avril dans le cadre du dialogue stratégique.

Le départ des troupes US au cœur des pourparlers techniques entre Washington et Bagdad

Des membres du Service irakien de lutte contre le terrorisme patrouillent dans les rues de Bagdad le 27 mars 2021. L’Irak a discuté de la position militaire américaine dans le pays lors du dialogue stratégique avec Washington qui a débuté le 7 avril. Photo AFP

Il s’agissait de la première rencontre entre commandants militaires irakiens et américains au sujet de discussions techniques relatives à l’application des engagements exprimés dans le cadre de la reprise du dialogue stratégique entre Bagdad et Washington en avril dernier, lorsque les Etats-Unis avaient confirmé leur volonté de retirer toutes leurs troupes du pays. Samedi, le lieutenant-général irakien Abdel-Amir el-Shammari et son homologue Paul Calvert ont ainsi convenu à Bagdad « d’un plan d’action pour mettre en œuvre les résultats du dialogue stratégique entre l’Irak et les États-Unis » et d’une prochaine session de pourparlers dans la capitale irakienne ou américaine cet été, en juillet ou en août.

Au cours des discussions tenues en avril, Washington s’était engagé à redéployer ses troupes encore en poste en Irak. Les pourparlers techniques doivent à présent œuvrer à la consolidation d’un plan pour ce retrait et les accompagner d’un calendrier précis. À ce jour, environ 2 500 soldats sont stationnés dans le pays, contre près de 6 000 en 2016. Ces forces sont chargées de former et de conseiller l’armée irakienne afin qu’elle puisse exécuter seule des opérations contre l’État islamique. Mais cette présence est dans le collimateur des milices soutenues par Téhéran. Depuis l’élimination dans un raid mené par les États-Unis à Bagdad le 3 janvier 2020 – sous l’administration Trump – du chef de la Force al-Qods, Kassem Soleimani, et de Abou Mahdi el-Mouhandis, alors leader de facto de la coalition paramilitaire irakienne du Hachd al-Chaabi (PMF), les factions armées n’ont eu de cesse d’attaquer les positions et les intérêts américains pour forcer le départ de Washington. Dans le sillage du double assassinat, le Parlement irakien avait par ailleurs adopté une résolution non contraignante appelant à ce que toutes les forces étrangères quittent le territoire. Pour une grande partie de la population, l’action américaine constituait non seulement une atteinte grave à la souveraineté nationale, mais faisait de surcroît craindre sa prise en otage par une guerre de procuration entre Washington et Téhéran.

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Le dialogue stratégique américano-irakien a commencé sous l’administration Trump en juin 2020, après l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Moustafa Kazimi, perçu à l’époque comme proche de Washington, comme un moindre mal par Téhéran, et plus sensible que ses prédécesseurs aux demandes du soulèvement populaire d’octobre 2019 qui dénonce dans un même élan le confessionnalisme politique et la corruption qu’il engendre, l’emprise iranienne sur le pays et l’occupation américaine qui l’a permise.

Deal sur le nucléaire

L’objectif affiché des pourparlers – qui visent à redéfinir les contours des relations irako-américaines dans divers domaines, y compris économiques – est d’abord de réduire la présence militaire des États-Unis et de renforcer un gouvernement dont le chef est contraint à un difficile jeu d’équilibriste entre les exigences de Washington l’appelant à neutraliser les actions des milices et celles des milices appelant au retrait de Washington.

Lors d’une rencontre organisée à la Maison-Blanche en août 2020 entre Moustafa Kazimi et Donald Trump, ce dernier s’était engagé à réduire la présence militaire américaine, qui s’élevait alors à 5 000 soldats. En janvier 2021, elle avait effectivement baissé de moitié.

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Joe Biden s’inscrit dans la logique de son prédécesseur à la différence près – et non des moindres – qu’il poursuit le dialogue stratégique alors qu’il est pleinement investi dans des négociations avec Téhéran pour revenir à l’accord sur le nucléaire de 2015 dont Donald Trump s’était retiré unilatéralement en 2018, entraînant un accroissement des tensions entre les ÉEtats-Unis et la République islamique.

Malgré les démarches américaines, l’organe de coordination des factions de la résistance irakienne – qui comprend les milices pro-Téhéran – a vivement critiqué la réunion d’avril au prétexte qu’elle n’inclurait pas de dates explicites relatives « au retrait des forces d’occupation », et promis la poursuite des attaques jusqu’à ce qu’un calendrier soit annoncé. Selon lui, la transition d’une mission de combat à une mission d’entraînement permettrait en outre toujours aux forces concernées de rester sur place. Quelques heures après la rencontre de samedi, deux drones ont visé la base de Aïn el-Assad dans la province d’al-Anbar, dans l’ouest du pays, et un missile katioucha a ciblé un centre diplomatique à Bagdad lié à la coalition internationale. « Si les Américains voulaient se retirer, ils auraient déclaré cela d’une manière claire et précise et annoncé un calendrier. (...) Ils montrent en apparence leur volonté de partir, mais cette volonté n’est pas vraiment précise et ils le font pour éviter les coups de la résistance islamique », a déclaré, à ce sujet, Hachem el-Kindi, analyste irakien proche des PMF au média irakien indépendant al-Aalem al-Jadeed.

Pour une partie des Irakiens, un retrait total des forces américaines rendrait cependant le pays encore plus vulnérable aux menaces des cellules de l’EI, en plus de laisser le terrain entièrement libre à l’hégémonie de Téhéran, dont les supplétifs sont accusés d’être derrière l’enlèvement de centaines de contestataires et l’assassinat de dizaines d’activistes. « Aux premiers stades de l’invasion américaine, un retrait militaire aurait été souhaitable. Dans l’état actuel des choses – alors que plusieurs acteurs militaires ont émergé en raison d’abord de cette invasion –, beaucoup craignent qu’un retrait ne renforce davantage la présence d’autres acteurs tels que les cellules dormantes de l’EI ou les milices soutenues par l’Iran qui ciblent directement les manifestants et affrontent le gouvernement actuel dirigé par Moustafa Kazimi », commente Zeidon Alkinani, analyste et chercheur politique indépendant sur l’Irak. « Les Irakiens espèrent que les États-Unis élargiront leur intérêt pour la limitation du réseau de supplétifs de l’Iran dans le pays en l’incluant comme l’une de leurs conditions principales dans le cadre des pourparlers nucléaires. Sinon, l’opinion publique irakienne va considérer que Washington sape l’opportunité pour l’Irak de se débarrasser du rôle interventionniste de l’Iran par le biais de ces discussions. »

Près de quatre ans après la victoire territoriale contre l’EI, plusieurs événements récents ont souligné l’instabilité et l’insécurité dans lesquelles l’Irak est toujours plongé. Le 15 avril dernier, une voiture piégée à Sadr City a tué quatre personnes et blessé 17 autres. En janvier 2021, deux attentats-suicides ont fait 32 morts sur un marché de la capitale et au moins 11 combattants au sein des PMF ont été tués dans une embuscade de l’EI au nord de Bagdad.


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