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Lifestyle - La Mode

Sélim Mouzannar, ses bijoux en forme d’espérance

Amoureux du Liban et de la Méditerranée, Sélim Mouzannar a déjà balayé (du revers de la main) les débris de son showroom et de son atelier, partiellement détruits par la double explosion du 4 août au port de Beyrouth. Avec une nouvelle collection baptisée « Aïda », il relance sa production dans des locaux tout neufs, blancs comme peut l’être une nouvelle page, et célèbre les nouveaux commencements.

Sélim Mouzannar, ses bijoux en forme d’espérance

Bracelet/Bague de la nouvelle collection « Aïda » par Sélim Mouzannar. Photo DR

Pour ce poulbot de Beyrouth, voir sa ville détruite, le 4 août 2020, et sa fille gravement blessée, n’était pas une mince affaire. Ayant grandi dans le joyeux brouhaha des souks, dans la réverbération dorée des façades en pierre de sable sur les tapis mauves des jacarandas en fleur, à l’ombre des vérandas à triples arcades où se déverse le jasmin en cascades et bourgeonne le gardénia, Sélim Mouzannar n’a longtemps connu que la fraternité des bijoutiers et le commerce aimable avec une clientèle cosmopolite. Aujourd’hui sa décision est claire : non seulement il ne lâche rien, il continue à investir. Installé dans son nouvel atelier d’Achrafieh, à quelques pas de son emblématique joaillerie, il recrée en les modernisant dans cet espace radicalement contemporain, blanc et noir comme une eau-forte, les ornements traditionnels du Moyen-Orient.

Étoiles ottomanes, rosaces beyrouthines, inspirations marines, messages d’espoir encapsulés dans des gemmes juteux comme des confiseries, les collections Sélim Mouzannar se déclinent comme autant d’aquarelles matérialisées dans des combinaisons chromatiques de pierres précieuses. De son passé de chasseur de pierres, dans des mines de rubis entre Cambodge et Birmanie, le joaillier beyrouthin garde un infini respect pour le difficile métier de ces sourciers et contrôle avec un souci maniaque l’origine des pierres qu’il acquiert et l’éthique de leur extraction.

Un ermitage encadrant des jardins

Le nouvel atelier de cette maison joaillière profondément enracinée dans la tradition et la convivialité peut surprendre. Ce lieu unique qu’il a mis trois ans à imaginer, développer et construire avec sa sœur Pascale, architecte de talent, ressemble à ces « White cubes » mis à la mode par l’effervescence de l’art contemporain. À première vue, cet espace blanc haché de détails de fer noir, cloisonné par d’épaisses séparations de verre, ressemble à un laboratoire, avec tout ce que cela suggère de froid et d’aseptisé. Mais on ne tarde pas à s’y sentir comme dans un cocon, simplement en sécurité dans une architecture taillée sur mesure pour favoriser, avec sa belle qualité de silence, la concentration et la créativité. Inondé de lumière naturelle, avec d’immenses baies vitrées encadrant des jardins, il est équipé des outils les plus pointus de la joaillerie moderne. Là se déroulent toutes les étapes de la création et de la fabrication.

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Entrepreneur né, sans cesse en mouvement et curieux de toute nouveauté, Mouzannar n’a rien laissé au hasard. Qu’on le perde de vue, on sait que ce lieu est celui où il aime passer ses journées à donner forme à ses rêves, dessiner, recycler aussi, car, dans le domaine du bijou, dit-il, « rien ne se perd, tout renaît ». Amoureux des couleurs qu’il combine avec un talent consommé des nuances, peu lui chaut d’associer le diamant le plus rare avec des pierres plus modestes, pourvu que le feu de ces dernières contribue à embraser la composition.

Sélim Mouzannar dans son nouvel atelier. Photo DR

« Aïda », pour l’éternel retour et la splendeur de l’Orient

C’est dans cet ermitage laborieux et tranquille, voguant tant bien que mal sur la tourmente de la pandémie, de l’effondrement économique du Liban et de sa phénoménale crise sociale et politique, sans compter les douloureuses conséquences de l’explosion du port de Beyrouth, que Sélim Mouzannar, reformant les rangs de ses troupes de tailleurs, sertisseurs et polisseurs, relance de plus belle l’activité de la maison. « On continue » est le mot d’ordre, et Beyrouth est le front où se mène le combat pour le retour de la vie et de la joie de vivre, principale motivation du créateur. C’est ici également que va naître une nouvelle collection baptisée « Aïda », parce que Verdi, parce que le glamour et l’opéra, parce que l’Égypte et l’inauguration du canal de Suez, parce que la splendeur de l’Orient, tout simplement. Aïda, surtout, parce que ce mot signifie en arabe « le retour », et même « je reviens », et que c’est une invitation à l’espérance quand tout semble se diriger vers une fin.

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Annoncée pour l’automne/hiver 2021, la collection Aïda est une variation autour de l’émail travaillé en transparence sur l’or cloisonné, récente passion de Sélim Mouzannar. Cet amoureux de la mer, de la Méditerranée en particulier, y a puisé le bleu vert des profondeurs coulé sur des rosaces fleuries dans l’or rose. Ces reflets aquatiques se posent aussi sur des formes organiques inspirées des bagues en forme de dômes venues de la Renaissance et vont exalter de grands bracelets surgis des années 1980. La surface de l’or sculpté, recouverte d’émail bleu transparent, imite le mouvement que les vagues impriment aux profondeurs de la mer. Une étoile sertie de diamants scintille sur cette matière précieuse quasi liquide avec l’intensité des astres d’une nuit d’été. Quand on oublie que rien ne dure, surtout les pires moments, les vagues nous rappellent les recommencements et les étoiles nous indiquent la voie. Deux inspirations qui méritent l’éternité d’un joyau.


Pour ce poulbot de Beyrouth, voir sa ville détruite, le 4 août 2020, et sa fille gravement blessée, n’était pas une mince affaire. Ayant grandi dans le joyeux brouhaha des souks, dans la réverbération dorée des façades en pierre de sable sur les tapis mauves des jacarandas en fleur, à l’ombre des vérandas à triples arcades où se déverse le jasmin en cascades et bourgeonne le...

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