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Agenda - Hommage

Aminée el-Khoury : « Ecce Ancilla Domini »

La providence te mit sur ma route alors que je venais de m’installer et que tu étais, jeune licenciée en physique, parmi les premiers à obtenir un DEA de mécanique des sols créé par Mounir Hajal au Centre d’études mathématiques.

Dès le départ et tout au long de ton parcours, tu portas admirablement ton prénom, « Aminée », car ce prénom chéri en islam regroupe dans la langue de Molière plusieurs qualités qui te distingueront sur le plan humain, à savoir l’honnêteté, la fidélité, la discrétion et le sens du devoir bien accompli.

« Aminée », tu le fus pendant 45 ans : en période de guerre, tu bravas tous les barrages pour me rejoindre en Syrie et tu affrontas tous les obus et tous les snipers pour être à l’heure, à ton heure, c’est-à-dire 7h30, au bureau car tu estimais en être la gardienne.

Très vite, tu compris l’esprit du groupe, à savoir la polyvalence la plus étendue dans nos activités dans le domaine du sol et tu t’y adaptas rapidement en ne refusant aucune tâche. Bien au contraire.

Fallait-il interpréter des essais de plaque, exploiter des résultats au pénétromètre Andina, décortiquer des diagraphies Lutz ou réparer l’appareil Lutz quand il était en panne, faire des essais pour déterminer la résistivité des matériaux, tu répondais présente.

Et quand le besoin s’en fera sentir, tu n’hésiteras pas à aller sur le chantier et t’installer sur un tabouret pour réaliser des essais au pressiomètre Ménard et montrer aux techniciens la manière de bien réussir ces essais.

Tu rechercheras la perfection quand l’heure des utilisations de logiciels sonna après la fin de la guerre 1975-90. Tu fus la première à utiliser avec brio Talren, celui de la stabilité des talus. Je n’oublierai jamais que les ingénieurs d’un très grand bureau d’études local te sollicitaient pour vérifier si leurs résultats obtenus par Talren étaient corrects !

À tes heures perdues au bureau, je te retrouvais t’occupant des dossiers de la Sécurité sociale ou calculant, en parallèle avec le comptable, la TVA à payer ou à récupérer.

Visiblement, le bureau et son bon fonctionnement étaient une part importante de ta vie, et c’est avec une grande estime et admiration que je te vis, il y a quelques années déjà, essayer de préparer la relève en transmettant, autant que tu le pouvais, ton savoir aux jeunes qui nous rejoignaient.

Les difficultés et les misères de la vie ne t’ont pas épargnée. Dans un silence mortel, tu les as affrontées et tu as stressé sans prononcer un mot. La maladie t’a vite rejointe. Notre consolation, c’est que, les dés étant jetés, tu n’a pas beaucoup souffert, toi qui avais offert tes souffrances à celle qui, toute ta vie, était ta consolation, Notre-Dame de la Délivrance de Bickfaya, ta devise de vie étant son acceptation de la volonté de Dieu : « Ecce Ancilla Domini ».

Et j’imagine ce Dieu te dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, sur beaucoup je t’établirai, entre dans la joie de ton Maître. »

Tu nous as préparés pendant plus d’un an à ton départ, mais, il n’empêche, tu laisses un grand vide difficile à combler.

Repose en paix.

Jean B. ESTA

La providence te mit sur ma route alors que je venais de m’installer et que tu étais, jeune licenciée en physique, parmi les premiers à obtenir un DEA de mécanique des sols créé par Mounir Hajal au Centre d’études mathématiques. Dès le départ et tout au long de ton parcours, tu portas admirablement ton prénom, « Aminée », car ce prénom chéri en islam regroupe dans la langue de Molière plusieurs qualités qui te distingueront sur le plan humain, à savoir l’honnêteté, la fidélité, la discrétion et le sens du devoir bien accompli.« Aminée », tu le fus pendant 45 ans : en période de guerre, tu bravas tous les barrages pour me rejoindre en Syrie et tu affrontas tous les obus et tous les snipers pour être à l’heure, à ton heure, c’est-à-dire 7h30, au bureau car tu estimais en...