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Société - Reportage

« Nasrallah est plus important pour moi que mon père ou ma mère »

Dans la banlieue sud de Beyrouth, les rumeurs sur l’état de santé du « Sayyed » provoquent une certaine panique parmi ses partisans.

« Nasrallah est plus important pour moi que mon père ou ma mère »

Une foule à l’écoute d’un discours de Hassan Nasrallah. Photo d’archives AFP

Voix cassée, toux insistante, teint pâle et traits tirés : lors de son dernier discours, le 25 mai dernier, à l’occasion de la commémoration du retrait israélien du Sud-Liban, Hassan Nasrallah n’était clairement pas au mieux de sa forme. Le secrétaire général du Hezbollah l’a lui-même reconnu. Il n’en fallait pas plus pour provoquer une certaine panique parmi ses plus grands fans et permettre à toutes les rumeurs de se propager… Les uns imaginant que le « Sayyed » est atteint d’un cancer, les autres espérant qu’il ne s’agit que d’une simple grippe. « Je l’ai vu malade à la télé, c’était inimaginable. Nous avons tous été pris de frayeur », explique Mohammad, 29 ans, sur sa moto, conduisant dans le chaos urbain qu’est la banlieue sud de Beyrouth. L’homme fort du parti, le symbole de la « Résistance », affaibli par une maladie ordinaire ? Impossible à imaginer, et encore plus à accepter pour ses partisans. Ce jeune homme aux yeux bleus raconte que, le lendemain matin, du pain et de l’eau ont été distribués pour les habitants du quartier qui ont « prié pour son rétablissement ».

« J’ai demandé à Dieu qu’il prenne des années qu’il nous reste à vivre pour les donner au Sayyed », confie Karimé, la main sur le cœur, avant de se lancer dans une tirade d’éloges et de prières. Le secrétaire général a la double casquette de leader politique et de figure religieuse. Ses paroles sont considérées comme une « vérité absolue » par un public souvent biberonné depuis sa plus tendre enfance à la propagande du parti.

« C’est lui qui protège le Liban et d’autres pays »

Dans la banlieue sud, les drapeaux du Hezbollah et les photos des « martyrs » habillent chaque coin de rue. Les bécanes, en sens interdit, se faufilent entre les voitures coincées dans les embouteillages. À Haret Hreik, deux jeunes filles se baladent, livre à la main, tout en discutant. « Il y a eu une forte réaction dans la banlieue sud. Il y avait des distributions de pain, d’eau, des prières, ils ont lu le Coran en entier. C’est un modèle pour nous », lance Lara, 22 ans, toute de noir vêtue. Elle est accompagnée de son amie Yara, 14 ans. « Bien sûr qu’on a peur pour lui, c’est lui qui protège le Liban et d’autres pays. S’il lui arrive quelque chose, qui d’autre va nous protéger ? C’est lui la “Résistance” », poursuit Lara d’un ton résolu. Sur son fauteuil roulant, Hassan, 28 ans, fait visiter le quartier et ses ruelles étroites. « Ici, tout le monde est avec le Hezbollah », lance-t-il en montrant les cafés, salons de coiffure et autres magasins. « Tout le monde a peur qu’il ait le corona. Inchallah non. Pour moi, le Sayyed est plus important que ma mère ou mon père », dit-il, la voix tremblottante. Le jeune homme reçoit des aides du parti, mais refuse d’en parler.

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Quand la santé de Hassan Nasrallah est en jeu, certaines bouches se ferment. « Je ne peux rien te dire. Ce genre de question, ça remue les sensibilités des gens », lance un jeune garçon avec un sourire un peu crispé. « Je ne suis pas médecin pour savoir s’il va bien », s’agace un homme d’une cinquantaine d’années, souhaitant éviter les questions. « Mais c’est juste une allergie, il n’a rien ! » assure un jeune homme assis près de lui. « Ce sont les médias qui lancent ce genre de rumeurs », ajoute-t-il. Si les sympathisants du Hezbollah émettent de plus en plus de critiques sur la politique du parti, son chef reste hors d’atteinte. Sa figure est sacralisée, au point que le lien qui l’unit à sa base relève de quelque chose de mystique. « Je n’ai pas peur, sa santé est excellente », affirme une femme cachée sous son masque, sac de courses à la main. Mais très vite, son visage se crispe. « Pourquoi, vous avez entendu quelque chose ? » demande-t-elle, avant de dresser le portrait de celui sans qui « les chiites ne pourraient pas vivre dans la situation que traverse le pays ». Le Hezbollah vient en aide à des dizaines de milliers de familles et a mis en place un réseau de distribution d’aides alimentaires.

Devant un magasin de parfums pour homme dont l’odeur s’invite dans les rues, deux Mohammad, septuagénaires, assurent, misbaha à la main, que Hassan Nasrallah ne pourrait pas mieux se porter, avant de lever leurs pouces.

Au lendemain du discours du 25 mai, le numéro deux du Hezbollah, Naïm Kassem, a affirmé que le secrétaire général du parti allait bien. Lors du soulèvement du 17 octobre, et encore plus après la double explosion du port, la figure du Sayyed a été vilipendée par les manifestants, son effigie en carton pendue sur la place publique comme celles des autres hommes politiques. Même au cœur de la banlieue sud, Nasrallah suscite des critiques. « Peur pour lui? Mais les puissants comme lui sont intouchables ! C’est nous qui prenons cher », lance ainsi une femme d’une quarantaine d’années d’un ton acerbe. Même la mystique a ses limites.

Voix cassée, toux insistante, teint pâle et traits tirés : lors de son dernier discours, le 25 mai dernier, à l’occasion de la commémoration du retrait israélien du Sud-Liban, Hassan Nasrallah n’était clairement pas au mieux de sa forme. Le secrétaire général du Hezbollah l’a lui-même reconnu. Il n’en fallait pas plus pour provoquer une certaine panique parmi ses plus grands fans et permettre à toutes les rumeurs de se propager… Les uns imaginant que le « Sayyed » est atteint d’un cancer, les autres espérant qu’il ne s’agit que d’une simple grippe. « Je l’ai vu malade à la télé, c’était inimaginable. Nous avons tous été pris de frayeur », explique Mohammad, 29 ans, sur sa moto, conduisant dans le chaos urbain qu’est la banlieue sud de Beyrouth. L’homme fort du...
commentaires (13)

Il n' y a donc pas que les Russes et les Nord Coréens ...

Lillie Beth

15 h 54, le 03 janvier 2023

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Commentaires (13)

  • Il n' y a donc pas que les Russes et les Nord Coréens ...

    Lillie Beth

    15 h 54, le 03 janvier 2023

  • Il est intouchable , il est Zeus . Zeus est au Mont Olympe est Nasrallah la Perse ???

    Eleni Caridopoulou

    18 h 27, le 01 juin 2021

  • Il faut se rendre à l'évidence : Nasrallah est honni par le lectorat de l'OLJ, par beaucoup d'autres, mais il est porté aux nues par tout un pan de la société libanaise.

    Politiquement incorrect(e)

    18 h 22, le 01 juin 2021

  • pourquoi tout ce tintamare pour une personne consideree comme une aide divine pour les chiites du Liban?APRES TOUT NOUS AVONS BIEN UN MICHEL AOUN CONSIDERE COMME DIEU A COTE DE JESUS DANS LA COMMUNAUTE CHRETIENNE AFFILIEE AU CPL MALGRE LE FAIT QU'IL N'AIDE PERSONNE ET A MIS LE PAYS EN FAILLITTE POUR ETRE SOUTENU PAR LE DIVIN CHIITE LA VERITE IL N'Y A QUE LES SUNNITES QUE MICHEL AOUN N'AIME PAS PARCEQUE SON BIEN AIME BEAU FILS VEUT ABSOLUMENT DEVENIR PRESIDENT APRES LUI ET QUE HARRIRI S'Y OPPOSE VU LE NOMBRE DE PROBLEMES QU'IL A CREE POUR LE LIBAN ET DONC POUR LES SUNNITES AUSSI.CELA NE S'OUBLIE PAS ET BASSIL N'EST PAS A SA PREMIERE NEGATION DE SA SIGNATURE ( ou plutot de celle de Michel Aoun pour devenir president ) POUR RAPPEL: HARRIRI PREMIER MINISTRE DURANT TOUT LE TEMPS DE LA PRESIDENCE DE AOUN ET GEAGEA PRESIDENT APRES AOUN ET PARTAGE DE TOUS LES POSTES CHRETIENS ENTRE FL ET CPL ( et mer....aux autres chretiens du Liban ) C'EST BEAU LA POLITIQUE ET LES ENTENTES AU LIBAN POUR PARVENIR A LA PRESIDENCE, ENTENTES QUE L'ON PEUT CASSER QUAND ON VEUT EVIDEMENT HARRIRI NE SE REPRENDRA PAS A FAIRE CONFIANCE AUX CHRETIENS AU LIBAN , NI A BASSIL NI A GEAGEA QUI NE L'A PAS SOUTENU POUR DES RAISONS TRES BIZARRE

    LA VERITE

    16 h 50, le 01 juin 2021

  • Il est motel comme tout un chacun !

    Le Point du Jour.

    14 h 52, le 01 juin 2021

  • Le triomphe de la Aasfourieh! Le travail des gens sensés devient de plus en plus coriace...aal sajjad ya chababs...

    Wlek Sanferlou

    13 h 38, le 01 juin 2021

  • Il va y avoir beaucoup d'orphelins dans la banlieue sud une fois qu'il sera parti...

    Mago1

    13 h 35, le 01 juin 2021

  • Qu'il existe une "sayyedolâtrie" dans la Banlieue Sud, rien de plus normal...Mais allez donc voir chez nous, dans les milieux Orangina post 2006: c'est encore pire! Alors qu'avant 2006, personne ne prononçait son nom sans ajouter "horresco referens!"

    Georges MELKI

    11 h 15, le 01 juin 2021

  • Bien sur que Nasrallah est le plus important pour sa communaute ( une partie...!). Un melange de Pape et de banque regionale...Il remplit la tete et la poche..

    LeRougeEtLeNoir

    10 h 21, le 01 juin 2021

  • L,AVEUGLEMENT EST UNE MALADIE QUI INFECTE LA BOITE CRANIENNE SI IL Y A QUELQUE SORTE DE MATIERE.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 29, le 01 juin 2021

  • Comment croire encore a la fiction d'un Liban face a l’abîme nous séparant de ces gens ?

    Tabet Ibrahim

    09 h 23, le 01 juin 2021

  • Avant,on pendait des gens comme ça.

    Marie Claude

    07 h 49, le 01 juin 2021

  • Je relève quelques phrases: " Le Sayyed est plus important que ma mère ou mon père". " C’est lui qui protège le Liban et d’autres pays" (un comble quand on sait la pagaille que sème le Hezbollah, non seulement au Liban, mais dans tout le P-O!). " Celui sans qui les chiites ne pourraient pas vivre dans la situation que traverse le pays", qu'il faudrait plutôt transformer en " Celui sans qui les libanais ne vivraient pas la situation que traverse le pays". Les libanais de tous bords ont tendance à sacraliser leur zaïm, mais en ce qui concerne Nasrallah, comme dit dans l'article, " le lien qui l’unit à sa base relève de quelque chose de mystique". Le Sayyed y possède un statut quasi-divin, comme les monarques de l'Antiquité. Et pourtant, même les empereurs romains n'étaient divinisés qu'après leur mort!

    Yves Prevost

    07 h 40, le 01 juin 2021

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