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Moyen-Orient - « Je vous parle de Gaza »

Huriya : Les nuits sont devenues notre pire cauchemar

Alors que le conflit entre l’État hébreu et le Hamas entre dans sa seconde semaine, les bombardements contre la bande de Gaza, sous blocus depuis 2007 et qui abrite près de deux millions de civils, se font de plus en plus intenses. Un territoire où plus de la moitié de la population a moins de 18 ans et où le chômage chez les jeunes est rampant. Une ville, sous le joug du Hamas, où les habitants ont désormais le sentiment d’être pris pour cible à n’importe quel moment, de jour comme de nuit, sans pouvoir espérer fuir. Au moins 213 personnes, dont 61 enfants, ont péri dans l’enclave palestinienne depuis le 10 mai. « L’Orient-Le Jour » a décidé de donner la parole à ces Gazaouis qui témoignent à la première personne de leur quotidien sous un déluge de feu israélien. Chaque jour, pendant une semaine, un homme ou une femme racontera sa vie dans l’enfer de Gaza. Aujourd’hui, le témoignage de Huriya Krera, 25 ans.

Huriya : Les nuits sont devenues notre pire cauchemar

Huriya Krera, 25 ans.

Les journées passent en un clin d’œil. Mais quand la nuit approche, l’angoisse monte crescendo. Les nuits sont devenues notre pire cauchemar. Alors, avec ma sœur Aia, on s’installe dans le salon et on s’endort avec les lumières allumées. Depuis la mort de notre amie Riham lors du massacre de la rue Wehda dans la nuit de samedi, nous sommes en état de choc. Plusieurs membres de sa famille ont été tués avec elle. Nous étions très proches, tout le temps les uns chez les autres. Je ne peux toujours pas m’imaginer qu’elle a quitté ce monde. Aia et moi ne mangeons plus depuis. Chaque bruit me terrorise, même quand ma mère ferme les fenêtres. Je suis éteinte. La peur m’a fait perdre la voix. À chaque fois qu’on entend des missiles, j’ai l’impression qu’ils vont atterrir en plein dans le salon. J’habite à Tal al-Hawa, au sud-ouest de la ville, et depuis ma fenêtre je vois un paysage de désolation. Des gravats à perte de vue. Je n’ai pas encore osé sortir de la maison. C’est à peine si j’ai pensé à prendre une douche aujourd’hui. C’est fou comme la peur vous fait perdre vos habitudes. Papa descend faire les courses de temps à autre. Mes parents vivent normalement. La maison est toujours propre. Ils disent qu’ils sont habitués aux bombes.

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Comment peut-on s’habituer à ça ? Ma vie avant la guerre était déjà à l’arrêt, mais là c’est la goutte d’eau. Nous sommes pris au piège et il n’y a aucune perspective d’embauche pour les jeunes comme nous si tu n’as pas de piston. Cela fait deux ans et demi que je suis diplômée en littératures anglaise et française, mais je n’ai réussi qu’à obtenir de petits jobs temporaires. C’est à cause de ça que mon jumeau, mon double, Ahmad est parti poursuivre ses études en France il y a plus de deux ans. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps quand il est parti. Puis il y a eu le départ de Moustapha, le pilier de la famille, le boute-en-train, parti en Turquie il y a deux mois pour trouver du travail. Dans quelques jours, si tout se passe bien, Aia ira le rejoindre. Et moi, la petite dernière, je resterai seule…

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Dispersée aux quatre coins du monde, ma famille vit ce drame à travers notre groupe WhatsApp. J’ai trois autres sœurs mariées avec des enfants qui vivent à Gaza. Quand je raccroche avec Ahmad, je parle à Moustapha, et vice versa. Je passe beaucoup de temps sur Twitter, Facebook et Instagram. C’est tout ce qu’il nous reste. Ces plates-formes virtuelles pour parler de ce drame, pour tenter d’élever les consciences. Ils ont tout détruit. Même une librairie que je connaissais est partie en fumée hier. Dans une photo des décombres, on voit le livre de Ghassan Kanafani, Retour à Haïfa. Quelle ironie ! La journée, j’ai le regard dans le vide et je craque. Souvent. Je passe du rire aux larmes en un instant. On me dit qu’il me faudrait du haschisch pour me détendre. Cette année, je m’étais achetée de nouveaux vêtements pour la fête du Fitr. Pour une fois que je m’étais décidée à célébrer la fête, tout est parti en vrille ! Je suis en vie, ma famille aussi, mais je ne sais pas si ce sera le cas dans les heures qui suivent.


Les journées passent en un clin d’œil. Mais quand la nuit approche, l’angoisse monte crescendo. Les nuits sont devenues notre pire cauchemar. Alors, avec ma sœur Aia, on s’installe dans le salon et on s’endort avec les lumières allumées. Depuis la mort de notre amie Riham lors du massacre de la rue Wehda dans la nuit de samedi, nous sommes en état de choc. Plusieurs membres de sa...

commentaires (2)

Mon cœur est avec vous, tous les jours, palestiniens de Gaza ou d'ailleurs. Depuis des décennies, vous subissez humiliations et injustices. Sachez que l'on ne vous oublie pas.

Politiquement incorrect(e)

21 h 02, le 19 mai 2021

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Commentaires (2)

  • Mon cœur est avec vous, tous les jours, palestiniens de Gaza ou d'ailleurs. Depuis des décennies, vous subissez humiliations et injustices. Sachez que l'on ne vous oublie pas.

    Politiquement incorrect(e)

    21 h 02, le 19 mai 2021

  • Chère Huriya de Gaza, Comment vous lire sans être profondément ému Huriya? Comment ne pas s’interroger sur l'immense injustice que vit le peuple palestinien depuis 73 ans? Comment comprendre que le peuple qui fait subir ces sévices aux Palestiniens a lui-même vécu les pires souffrances sous la botte de l’Allemagne nazie? Dire que nous sommes tous des Palestiniens, c’est peu dire. Personne ne peut vivre ce que vivent les Palestiniens de la bande de Gaza. Merci à Huriya (quel beau prénom!) et à l’OLJ d’avoir eu cette initiative d’inviter des Gazaouis à nous faire part de l’enfer que l’occupant israélien leur fait vivre. La justice viendra et ne peut que venir. La difficulté est d’attendre ce jour. Nous Libanais, épris de justice et de paix, sommes à vos côtés.

    Agenor

    14 h 04, le 19 mai 2021

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