La destruction des silos du port de Beyrouth après la double explosion du 4 août 2020. Photo d’archives AFP
Le juge d'instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, a entendu lundi le directeur général par intérim du port de Beyrouth, Bassem el-Kaïssi, dans le cadre de son enquête sur la double explosion meurtrière du 4 août 2020, rapporte l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). M. Kaïssi était interrogé en tant que représentant officiel de la direction du port, poursuivie dans cette affaire. Il avait remplacé en août Hassan Koraytem, après la mise aux arrêts de ce dernier quelques jours à peine après la déflagration.
Le magistrat a par ailleurs reporté l'interrogatoire de Moustapha Baghdadi, l'agent maritime du navire Rhosus, actuellement hospitalisé. Le Rhosus est le navire qui a transporté au Liban en 2013 la charge de 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium à l’origine du drame du 4 août 2020.
MM. Kaïssi et Baghdadi sont entendus à titre de témoins. Le juge Bitar, qui affirmait la semaine dernière que "l'enquête était à un stade avancé" doit entendre de nouveaux témoins dans l'affaire cette semaine.
Mi-avril, le juge Bitar avait approuvé la remise en liberté de six des 25 personnes détenues depuis des mois dans le cadre de cette enquête, principalement des employés du port et des officiers subalternes. Les demandes de libération des 19 autres détenus, notamment le directeur général des Douanes, Badri Daher, avaient été rejetées.
Le magistrat s'est par ailleurs penché ces dernières semaines sur l’itinéraire et les pays de contact juridique du Rhosus. À cette fin, M. Bitar a émis des commissions rogatoires adressées aux pays concernés, directement ou non, par le passage de la cargaison, à savoir la Géorgie, pays d’origine du nitrate d’ammonium, le Mozambique, pays de destination, la Grèce, Chypre et la Turquie. Il n'a pas encore reçu de réponses. Parallèlement aux commissions rogatoires, le juge Bitar attend toujours le rapport des experts français qui ont participé au volet technique de l’enquête.
La double déflagration au port de Beyrouth a fait plus de 200 victimes et 6 500 blessés, dévastant des quartiers entiers de la capitale. Plusieurs responsables sécuritaires et politiques, notamment le Premier ministre sortant Hassane Diab, et les députés Ali Hassan Khalil, Ghazi Zeaïter et l’ex-ministre Youssef Fenianos, avaient été inculpés pour négligence par le juge Fadi Sawan. Celui-ci, initialement en charge de l’enquête, en avait été dessaisi au début de l’année pour être remplacé par Tarek Bitar.

