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Le patriarche maronite Béchara Raï a catégoriquement rejeté dimanche que "soient touchées" les réserves de la Banque du Liban "ce qui ferait disparaître les avoirs des citoyens". Il a dans le même temps appelé les dirigeants libanais à reprendre leurs pourparlers pour la formation du gouvernement, attendu depuis plus de neuf mois, estimant que "l'immobilisme" actuel constitue "un crime" contre le Liban et les Libanais. Dans son homélie dominicale prononcée à Bkerké, le prélat a par ailleurs commenté l'escalade de la violence entre Israël et le Hamas et invité les autorités libanaises à "contrôler la frontière" libano-israélienne afin d'éviter "d'impliquer" le Liban dans le conflit.
"Nous voudrions que les responsables politiques prennent conscience de l'ampleur de leurs responsabilités et profitent de cette opportunité pour œuvrer pour le bien commun. Malheureusement, tout ce que nous voyons, c'est un effondrement financier, social et économique toujours plus grave, la hausse effrayante des prix des biens de consommation et des médicaments, la contrebande, les monopoles de la distribution et l'absence de justice", a fustigé Mgr Raï.
Il a dès lors déclaré qu'il refusait catégoriquement que la classe politique "massacre la nation". Énumérant les différents aspects des crises auxquelles est confronté le Liban, il a aussi condamné l'inflation "qui pousse les gens à mendier dans les rues" et refusé que "soient touchées les réserves en devises de la Banque du Liban, ce qui ferait disparaître les avoirs" des citoyens. Il a dénoncé la contrebande, la corruption dans les secteurs de l'énergie et de l'électricité, "qui font entrer le pays dans l'ère de l'obscurité" et déploré la "fuite des cerveaux et l'émigration des élites et des spécialistes". "Nous n'acceptons pas que les personnes qui sont réellement coupables (de toutes ces crises, ndlr) soient dissimulées et que l'on cherche à leur place des boucs émissaires", a-t-il encore déclaré. Il semblait par là faire référence à la personne du gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, accusé de corruption par la rue et certaines formations politiques depuis le soulèvement populaire d'octobre, et dont il a à plusieurs reprises pris la défense.
Le dignitaire maronite a par ailleurs appelé les dirigeants politiques à "réactiver leurs négociations pour former le gouvernement", estimant que l'immobilisme actuel constitue "un crime contre la nation et le peuple". "Certains responsables directement concernés par la mise sur pied du cabinet nous donnent l'impression qu'ils ne sont pas pressés, comme s'ils attendaient de nouveaux développements sur la scène régionale et internationale", a-t-il dénoncé. "Cette phase que nous traversions requiert des dirigeants qu'ils prennent leurs responsabilités et fassent face aux défis".
Le Liban est sans gouvernement depuis plus de neuf mois, suite à la démission du cabinet de Hassane Diab, dans la foulée des explosions meurtrières l'été dernier au port de Beyrouth. Le Premier ministre désigné Saad Hariri et le chef de l'État Michel Aoun, empêtrés dans des rivalités personnelles et politiques, s'accusent mutuellement de blocage du processus gouvernemental et ne se sont pas réunis depuis mi-mars.
L'escalade de la violence à Gaza
Béchara Raï a en outre commenté l'escalade de violence entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a tué selon les derniers bilans disponibles 174 Palestiniens à Gaza et dix en Israël, depuis lundi. "La situation à laquelle les Palestiniens doivent faire face est désolante", a-t-il affirmé, déplorant que "de nombreux enfants, des femmes et des personnes âgées" aient été tués dans les bombardements israéliens sur l'enclave palestinienne. "Il est désormais temps de mettre un terme à la spirale de violence, aux destructions et aux combats et de trouver une solution définitive à la cause palestinienne", a-t-il ajouté. Et d'appeler l'État hébreu à reconnaître "les droits du peuple palestinien".
"Nous appelons les autorités libanaises à contrôler la frontière et à empêcher que le territoire libanais soit utilisé comme une plateforme de lancement de missiles", a encore lancé le patriarche, alors que la situation était tendue ces derniers jours dans la région frontalière. "Il faut empêcher une implication du Liban, qu'elle soit directe ou via certaines parties, dans ce qu'il se passe actuellement, ce qui risquerait de plonger le pays dans de nouvelles guerres", a-t-il mis en garde.
Samedi, jour du 73e anniversaire de la Nakba, la "catastrophe" qui commémore l'expulsion des Palestiniens suite à la création de l'État d'Israël en 1948, des centaines de manifestants libanais et palestiniens s'étaient rassemblés à Adaïssé, à la frontière-sud, au pied du mur en béton érigé par l'État hébreu, afin de crier leur soutien à la Palestine. La tension était montée d'un cran dès jeudi soir quand trois roquettes avaient été tirées en direction d'Israël depuis un secteur proche du camp de réfugiés palestiniens de Rachidiyé, dans le sud du Liban. Les projectiles sont tombés en Méditerranée.


Tres Bref LOUIS XVI n´a pas fait autant de degats pour etre degapiter
09 h 02, le 17 mai 2021