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Société - Journée internationale

Myrna Doumit met en garde contre l’exode massif qui ampute le corps infirmier

Depuis fin octobre 2019 jusqu’à présent, près de 1 600 professionnels ont déjà quitté le Liban.

Myrna Doumit met en garde contre l’exode massif qui ampute le corps infirmier

Une infirmière ajustant le masque à oxygène d’un patient atteint du Covid-19. Photo d’archives Hussam Shbaro

La Journée internationale des infirmières, célébrée le 12 mai, a un goût amer cette année, notamment en raison des grandes difficultés auxquelles fait face le secteur. « Nous sommes passés par une année difficile depuis la dernière journée internationale » marquée essentiellement par la lutte continue contre le Covid-19 et la double explosion du 4 août qui « ont coûté la vie » à plusieurs professionnels du secteur, a lancé d’emblée Myrna Doumit, présidente de l’ordre des infirmières et infirmiers du Liban. « Le secteur ne se porte pas bien », a-t-elle poursuivi au cours d’une conférence de presse qu’elle a tenue au siège de l’ordre à Sin el-Fil à l’occasion de ce cette journée. Elle a souligné dans ce cadre « les conditions précaires » dans lesquelles travaille le corps infirmier sur les plans économique et sanitaire, poussant un grand nombre à chercher fortune ailleurs.

« Je me fais du souci pour l’avenir de la profession et pour les conditions socio-économiques des personnes qui l’exercent, confie Mme Doumit. Les salaires des infirmiers et infirmières sont au plus bas et en tout cas pas à la hauteur des efforts qu’ils déploient. Je me fais aussi du souci parce que la profession fait face à un exode sans précédent. » Selon les chiffres de l’ordre, qui compte près de 16 800 membres, quelque 1 600 infirmières et infirmiers ont déjà quitté le Liban depuis fin octobre 2019 jusqu’à présent. « Ils partent en masse, affirme-t-elle. Ceux qui détiennent des diplômes universitaires avec à leur actif plusieurs années d’expertise sont les plus nombreux à partir. » « Ceci constitue un danger pour le secteur hospitalier, pour les patients et pour la santé au Liban », regrette-t-elle. En cause, « les droits bafoués » des professionnels du métier qui « n’ont toujours pas bénéficié d’une augmentation salariale », malgré la crise économique, et qui travaillent souvent dans des milieux hospitaliers « où les mesures efficaces de protection » contre le Covid-19 ne sont pas toujours prises.

Le corps infirmier a prouvé durant la lutte contre la pandémie qu’il « constitue l’un des principaux piliers du secteur de la santé qu’on ne peut pas ignorer et que, sans les efforts qu’il a déployés et les sacrifices consentis, les résultats auraient pu être différents », martèle Mme Doumit. « Le corps infirmier a prouvé qu’il est un besoin national dont on ne peut pas se passer », affirme-t-elle.

La profession, une ligne rouge

Malgré cela, les défis auxquels fait face la profession sont encore nombreux. « Nos revendications sont tombées dans l’oreille d’un sourd, regrette la présidente de l’ordre. Les droits de certains de nos collègues sont toujours bafoués. Le combat est encore long. » Elle souligne que « malgré l’état d’urgence infirmier décrété par l’ordre en mars dernier (dans le cadre duquel les réunions se poursuivaient à tous les niveaux pour décider des mesures susceptibles de freiner l’effondrement auquel fait face le secteur, NDLR), l’énonciation claire des revendications du corps infirmier et la présentation aux parties concernées d’une feuille de route susceptible de répondre aux aspirations des professionnels du métier, aucune mesure sérieuse n’a été prise pour remédier aux problèmes ».

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« Il faut trouver un plan de rétention pour freiner cet exode », insiste Mme Doumit, et « le salaire n’en constitue qu’un aspect ». Pour elle, il faut « leur proposer une offre globale » qui comprend entre autres le versement de 40 % de leur salaire en dollars convertibles au taux des banques fixé à 3 900 livres, participer aux frais de scolarité et d’enseignement universitaire de leurs enfants, leur fournir une aide psychologique, leur assurer un cadre de travail stable, leur payer leurs congés annuels…

« La situation va de mal en pis », regrette Mme Doumit, appelant le corps infirmier à « se serrer les coudes pour pouvoir faire face aux innombrables problèmes qui guettent la profession ». « Les droits ne s’octroient pas, ils s’arrachent, lance-t-elle encore. Nous continuerons à déployer les efforts pour obtenir nos droits. Les responsables doivent comprendre que la profession est une ligne rouge. »

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La Journée internationale des infirmières, célébrée le 12 mai, a un goût amer cette année, notamment en raison des grandes difficultés auxquelles fait face le secteur. « Nous sommes passés par une année difficile depuis la dernière journée internationale » marquée essentiellement par la lutte continue contre le Covid-19 et la double explosion du 4 août qui « ont...

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