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Lifestyle - Un peu plus

Nos vies parallèles

Nos vies parallèles

Photo Bigstock

Le Liban a toujours été scindé en diverses communautés. Certains Libanais ont des liens entre eux qu’ils ont bâtis au fil du temps, d’autres sont bloqués dans leur groupe, à mille lieues de ce que d’aucuns vivent. Et la différence est depuis toujours le fer de lance de la classe politique qui a investi tout son temps pour que celle-ci reste ancrée dans le peuple, naviguant entre la peur et la haine de l’autre, nous enfermant à la fois dans des régions et dans le confessionnalisme.

Mais au-delà de ces disparités identitaires, réside aujourd’hui un immense fossé dans le mode de vie de nos concitoyens. Et cette fracture sociale devenue terriblement palpable a le parfum de la douleur et de l’absurdité. Économiquement, nous fonctionnons désormais de façon inégale, même s’il y a toujours eu des différences dans notre manière de dépenser de l’argent. Il y a depuis longtemps une classe riche, une classe moyenne vouée à disparaître et une classe pauvre qui est actuellement la plus importante. Maintenant, il y a ceux qui pensent en livres libanaises, estomaqués par la flambée des prix et les nouvelles tarifications. Ceux qui fonctionnent en lollars, disposant encore de leurs comptes en dollars illégalement bloqués par les banques, et ceux qui font des conversions en fresh dollars, à l’instar des expatriés et étrangers dont la devise, quelle qu’elle soit, est devenue ultrapuissante. On multiplie ou divise par 12 000, on multiplie ou divise par 3 900 et on multiplie ou divise par 1 500. Et ce sont ceux qui gagnent leur vie en livres, sans augmentation de salaire, qui paient le prix fort, leurs denrées nécessaires devenues inaccessibles. Le lait pour enfants, les serviettes périodiques, le sac de riz (six fois plus cher), l’huile végétale (16 fois), les pignons malheureusement transformés en or, la man’ouché, le paquet de cigarettes, le kilo de tomates passant de 500 LL (mars 2019) à 5 000 LL, le poulet de 2 800 à 23 000 LL, et la liste est longue. Et les 10 % de Libanais qui possèdent plus de 70 % des richesses du pays profitent de cette situation économique qui leur fait dire qu’une boîte de conserve de foul medammas à 9 250 LL ne vaut « que » 75 cents, ou un demi-kilo de labné ne coûte « que 1 dollar ». Pareil pour les prix d’un menu de restaurant. La vie est devenue moins chère pour ceux qui ont accès à leurs dollars à coups de privilèges ou qui ont réussi à sortir leur argent du pays, wassayet obligent. Sauf qu’une tonne de mazout à 1 500 000, c’est toujours 1 000 dollars pour le reste de la population et pas 120...

Nos vies sont devenues parallèles dans un pays devenu invivable pour la majeure partie de sa population, et la violence est devenue monnaie courante. Violence physique autour des étals des produits subventionnés dans les supermarchés, mais aussi violence morale et orale. Et c’est là où le bât blesse. La rancœur vis-à-vis du pouvoir s’oriente aujourd’hui sur les autres. Et planqués derrière les écrans de leur téléphone, un grand nombre de Libanais se déchaînent sur leurs compatriotes pour leurs prises de position, les photos de leur vie pseudonormale ou de leurs vacances, ou de leurs levées de fonds pour assurer la pérennité de leurs commerces ou de leurs compagnies. Évidemment que les gens ont faim, n’ont plus de toit, mais ce sont toutes les industries libanaises qui se sont effondrées, provoquant un taux de chômage sans précédent. Pourquoi donc en vouloir à un médecin qui a augmenté ses prix et qui se retrouve à prendre 9 dollars la consultation ? Pourquoi s’en prendre à ceux qui essayent de survivre et de faire survivre leurs employés et leurs familles ?

Pourquoi critiquer la volonté de rouvrir un night-club qui a offert des années de plaisir à ses clients ? Pourquoi insulter les créateurs de mode qui ont tout perdu dans la double explosion du port de Beyrouth ? Pourquoi tant de rancœur quand ces gens-là souffrent autant que les autres et peinent à garder leurs employés et à leur assurer un salaire et une vie décents ? Que chacun aide celui ou celle qu’il veut. Celui ou celle qui a faim ou ceux ou celles qui tentent l’impossible pour reconstruire leur établissement.

Ces haters se trompent de bataille et orientent toute leur énergie envers ceux qui ne le méritent pas, au lieu de la consacrer à la guerre contre le régime et le système. Parce que si nos vies sont devenues parallèles et totalement disparates, la majeure partie des Libanais sont inscrits à la même enseigne, celle d’une situation catastrophique et terrifiante.

Chroniqueuse, Médéa Azouri anime depuis bientôt un an avec Mouin Jaber « Sarde After Dinner », un podcast où ils discutent librement et sans censure d’un large éventail de sujets, avec des invités de tous horizons. Tous les dimanches à 20h00, heure de Beyrouth.

Épisode de la semaine : Fadi el-Khatib

https://youtu.be/mCHp9yFls20


Le Liban a toujours été scindé en diverses communautés. Certains Libanais ont des liens entre eux qu’ils ont bâtis au fil du temps, d’autres sont bloqués dans leur groupe, à mille lieues de ce que d’aucuns vivent. Et la différence est depuis toujours le fer de lance de la classe politique qui a investi tout son temps pour que celle-ci reste ancrée dans le peuple, naviguant entre...

commentaires (1)

tant pis , il restera toujours de l'herbe( sale bien entendu) a bouffer, du the aussi ( avant sa date d'expiration, vu le cas quoi ) !

gaby sioufi

17 h 33, le 30 avril 2021

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Commentaires (1)

  • tant pis , il restera toujours de l'herbe( sale bien entendu) a bouffer, du the aussi ( avant sa date d'expiration, vu le cas quoi ) !

    gaby sioufi

    17 h 33, le 30 avril 2021

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