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Politique - La Psychanalyse, ni ange ni démon

Sans mémoire, pas d’avenir

Dans son édito publié dans L’OLJ du mardi 13 avril, Un bref devoir de mémoire, Michel Touma revient sur les traumatismes subis par les Libanais du fait de l’assassinat de leurs principaux leaders politiques et religieux. Pyromane et pompier, le régime syrien s’en donnait à cœur joie.

Prosyriens ou antisyriens, les Libanais ont oublié qu’ils sont d’abord libanais. Ce fut l’un des premiers dénis de mémoire. Ce clivage, entre le bien et le mal, que la psychanalyse nous apprend à reconnaître dans les six premiers mois du nourrisson, malheureusement, les Libanais y sont restés fixés : c’est toujours la faute de l’autre. L’actualité du blocage politique aujourd’hui le montre bien.

C’est dire le degré de régression qui nous habite : nous sommes des nourrissons habillés en adultes. En témoigne le degré d’allégeance, de type maternel, aux communautés religieuses, aux partis, aux clans, aux puissances étrangères, etc.

La mémoire de la guerre récente, depuis 1975, confirme cette régression. C’est toujours la faute de l’autre. Les Palestiniens, les Israéliens, les Syriens et maintenant des Iraniens qui nous divisent ? C’est parce que nous sommes divisés que ces derniers s’engouffrent dans nos divisions. La formule de Georges Naccache serait-elle une sombre fatalité ? Les deux dernières manifestations de masse prouvent le contraire : le 14 mars 2005 et le 17 octobre 2019. Les Libanais y ont montré qu’ils étaient libanais avant d’être chrétiens ou musulmans.

Que nous manque-t-il donc pour enrayer la haine qui nous déchire, de génération en génération depuis 1975 ?

L’aveu et la demande du pardon.

Avouer à la famille d’un mort qu’on l’a torturé puis tué et leur demander pardon désamorce la haine. Reconnaître notre responsabilité et notre culpabilité dans les meurtres commis pendant la guerre permet aux familles de connaître enfin le nom des assassins de leur défunt. Tant que cela n’a pas eu lieu, le deuil des familles est impossible. L’aveu va donc permettre aux familles de commencer un deuil, suspendu parfois pendant des années. Et c’est pour cela qu’ils accordent plus facilement leur pardon. L’expérience de la « Commission de la vérité et de la réconciliation » créée en 1995 par Nelson Mandela en Afrique du Sud en témoigne.

Pour mémoire

Deuil fini, deuil infini

La vérité guérit, ce que démontre au quotidien l’expérience de la psychanalyse. Car cacher la vérité, à un niveau individuel ou collectif, nécessite un effort permanent, le refoulement. Le refoulement est un acte défensif contre le retour de la vérité et demande une dépense permanente d’énergie. La psychanalyse déconstruit ce refoulement et fait apparaître la vérité. Quand un patient commence une analyse, c’est toujours la faute du père, de la mère, des frères et sœurs, etc. C’est ce qu’on appelle une « projection ». Lorsque la vérité éclate, le patient réalise qu’il a été son propre ennemi, l’auteur de ses propres malheurs. Il a en fait réécrit sa propre histoire en en devenant le coauteur.

Sur un plan collectif, quelque chose d’analogue se produit. Reconnaître que nous avons été les auteurs de nos propres malheurs sans plus projeter, rejeter la faute sur l’autre nous permet de réécrire notre propre histoire. C’est exactement ce qui nous arrive au Liban. Nous n’avons pas d’histoire commune parce que nous nous accrochons toujours à notre propre version de l’histoire : c’est toujours la faute de l’autre. Lorsque nous reconnaîtrons notre propre responsabilité dans les atrocités que nous avons commises, que nous retrouverons notre mémoire, nous pourrons alors réécrire ensemble notre histoire. Sinon, la haine continuera de se transmettre de génération de génération et nous amènera là où nous sommes, sans avenir.


Dans son édito publié dans L’OLJ du mardi 13 avril, Un bref devoir de mémoire, Michel Touma revient sur les traumatismes subis par les Libanais du fait de l’assassinat de leurs principaux leaders politiques et religieux. Pyromane et pompier, le régime syrien s’en donnait à cœur joie.Prosyriens ou antisyriens, les Libanais ont oublié qu’ils sont d’abord libanais. Ce fut l’un...

commentaires (2)

Selon le philosophe Michel Onfray, le freudisme et la psychanalyse reposent sur "une affabulation de haute volée appuyée sur une série de légendes"(Le Crépuscule d'une idole-Grasset et Fasquelle, 2010). Cela dit, l'article en lui-même est très bien écrit, et je serais bien incapable de le contredire!

Georges MELKI

15 h 38, le 21 avril 2021

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Commentaires (2)

  • Selon le philosophe Michel Onfray, le freudisme et la psychanalyse reposent sur "une affabulation de haute volée appuyée sur une série de légendes"(Le Crépuscule d'une idole-Grasset et Fasquelle, 2010). Cela dit, l'article en lui-même est très bien écrit, et je serais bien incapable de le contredire!

    Georges MELKI

    15 h 38, le 21 avril 2021

  • Excellente analyse. Dans ce cycle de vérité, pardon, nous en sommes encore au Km Un ! Mais ces manifestations / révoltes qui rassemblent des communautés, groupes, autrefois antagonistes ne sont ils pas les prémices d'une société pluriel qui a su entendre, comprendre, des bruissements de vérité et ayant entamé le processus du pardon, est désormais capable de sunir à l'autre dans le refus du crime, de l'injustice, du diktat imposé par les politiques et leurs parrains étrangers? PN

    Naayem Francoise

    01 h 49, le 21 avril 2021

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