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Sport - Olympisme

Le plus long marathon de l’histoire...

Seul athlète français aux JO de 1904, Albert Corey a remporté deux médailles d’argent attribuées aux États-Unis, selon les règles de l’époque. Et changer la nationalité d’une médaille relève du parcours d’obstacles, surtout que le CIO ne se montre pas coopératif.

Le plus long marathon de l’histoire...

Sur une photo usée, aux noirs et blancs délavés, Albert Corey, fils de vignerons bourguignons sans le sou, fait vraiment amateur dans son marcel trop grand, son short fripé et ses chaussures de cuir à lacets. Toutefois, il a été faussement déclaré américain quand il a remporté deux fois l’argent – au marathon et dans une course internationale en équipe – aux Jeux olympiques de 1904, à Saint Louis dans le Missouri (États-Unis). Philippe Lopez/AFP

Le plus long marathon : fils de vignerons bourguignons, Albert Corey a été faussement déclaré américain quand il a remporté l’argent aux Jeux olympiques de 1904, à Saint Louis (Missouri). 117 ans après, un conseiller municipal de son village natal fait réparer l’injustice. Sur la photo usée, aux noirs et blancs délavés, il fait vraiment amateur dans son marcel trop grand, son short fripé et ses chaussures de cuir à lacets. C’est pourtant bien l’argent que Corey décrochera au marathon des JO de 1904. « Une belle histoire », s’émerveille Clément Genty, ingénieur et historien amateur. « J’ai appris son existence dans un journal et j’ai fait des recherches », explique le conseiller municipal de Meursault, où Albert Corey naît en 1878.

Cette même année, le phylloxera ravage la vigne de ce petit village, qui n’est pas encore une prestigieuse appellation. Pour Étienne Corey, vigneron et père d’Albert, c’est l’exode dans la banlieue parisienne. Pour Albert, ce sera l’armée, où il s’engage en 1896. Corey y découvre une prédisposition pour l’endurance, battant notamment le record des 160 km en 1899. Le coureur en uniforme devient une vitrine pour l’armée, qui finance ses exploits. Mais le 2 janvier 1903, il manque à l’appel. On le retrouve un an plus tard briseur de grèves dans les immenses abattoirs de Chicago. Parallèlement, il tente de percer dans le monde de l’athlétisme. Pas facile avec son anglais plus qu’approximatif et sa dégaine de « clochard », comme dira de lui le Washington Times. Alors, il y va au culot et, quand il apprend que les JO vont se tenir sur le sol américain, il dit avoir couru le marathon de Paris en 1900. C’est vrai, mais il joue sur la confusion avec le marathon olympique de la même année pour faire croire à cette participation beaucoup plus prestigieuse. Le stratagème fonctionne et la Chicago Athletic Association (CAA) l’envoie à Saint Louis.

Le destin sous forme de voiture

La presse s’émeut alors de la « success story » de ce « frenchman », un « employé des abattoirs », devenu la « new star for marathon ». Corey est de plus le seul Français à ces Jeux, trop éloignés et donc trop onéreux pour que la France y envoie des athlètes. Le 30 août 1904, il s’élance sous une chaleur accablante et avec le handicap d’un seul ravitaillement en eau : les organisateurs ont eu la curieuse idée de vouloir tester les effets de la déshydratation. Plus de la moitié des quelque trente participants abandonneront. Corey, lui, fanfaronne en achevant les 40 km (la distance de l’épreuve n’avait pas encore été fixée à 42,195 km) : « J’aurais pu faire un tour de plus. » Il finit 3e, mais le 1er est disqualifié : il avait fait une partie du trajet en voiture.

Le « frenchman » aurait donc dû porter la première médaille d’argent française, le système de récompense or-argent-bronze ayant été inventé lors de ces JO. « Mais il appartenait à un club américain. Il a donc été considéré comme américain, suivant les règles de l’époque », explique Clément Genty. Le conseiller municipal ne l’entend pas de cette oreille, d’autant plus que Corey a remporté aux mêmes JO une deuxième médaille d’argent, cette fois en course internationale en équipe. Il remue alors ciel et terre, pour enfin réussir : « M. Corey est le seul participant et médaillé de nationalité française lors de cette édition des Jeux », a admis le Centre d’études olympiques du CIO (Comité international olympique) dans une lettre du 25 janvier dernier. La récompense posthume est d’autant plus méritée que la carrière sportive d’Albert Corey n’ira guère plus loin que les Jeux de 1904 : en 1909, il est percuté par une voiture et ne retrouvera jamais son niveau d’avant. Il rentre en France à l’été 1910 et reprend une carrière militaire. Il meurt en 1926 à Paris, vraisemblablement de tuberculose.

On n’en savait rien…

« C’est une drôle d’histoire », résume son arrière-petit-fils Serge Canaud, 69 ans, encore sous le choc d’avoir appris le passé inconnu de son ancêtre, grâce à un coup de fil de Clément Genty. « Je suis tombé des nues », dit-il depuis le petit village jurassien de Moirans-en-Montagne où il coule sa retraite. « Jamais dans notre famille on n’avait parlé de ça, l’Amérique et les Jeux. On n’en savait rien », assure-t-il.

Ainsi, avec le rétablissement de la nationalité française d’Albert Corey, la France devrait gagner deux trophées. Mais changer la nationalité d’une médaille relève du parcours d’obstacles. Clément Genty a certes réussi à faire rétablir la nationalité française d’Albert Corey, mais il désespère de modifier celle de ses deux médailles d’argent. « Conformément aux règles en vigueur à l’époque, les médailles obtenues par l’athlète sont créditées au pays du club qui l’a inscrit », a tranché le Centre d’études olympiques. Il accepte donc de reconnaître la nationalité de Corey, mais pas celle de ses médailles. Alors qu’approchent les JO de Paris 2024, certains crient à l’injustice sportive et promettent de porter l’affaire devant les tribunaux.

Avec deux médailles de plus, la France compterait 842 trophées et places d’honneur aux JO et deviendrait la seule nation, avec la Grande-Bretagne, à avoir été médaillée sur l’ensemble des JO d’été. Toutefois, du côté du CIO, on ne semble pas très disposé à entendre raison : « Il n’est pas ici question de changer le pays auquel sont attribuées ces médailles », a indiqué son service de presse. Le marathonien bourguignon, lui, aurait probablement voulu qu’on reconnaisse ses médailles comme françaises. Car son rêve américain a tourné court : en 1908, la France lui propose une place aux Jeux de Londres, mais Corey donne la priorité aux États-Unis. Cependant, ces derniers rejettent sa candidature à la dernière minute. Pour se venger, c’est un maillot bleu-blanc-rouge que Corey arbore au marathon de Chicago en 1908. Il finira alors 1er de la course.

Source : AFP


Le plus long marathon : fils de vignerons bourguignons, Albert Corey a été faussement déclaré américain quand il a remporté l’argent aux Jeux olympiques de 1904, à Saint Louis (Missouri). 117 ans après, un conseiller municipal de son village natal fait réparer l’injustice. Sur la photo usée, aux noirs et blancs délavés, il fait vraiment amateur dans son marcel trop grand,...

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