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Lifestyle - Un peu plus

« El-Jomaa el-haziné »

« El-Jomaa el-haziné »

Les impressionnantes ruines de Baalbeck. Photo d’illustration Bigstock

Nous sommes déprimés, c’est un fait. Nous sommes tristes. Nous le sommes où que l’on soit, ici ou ailleurs. Qu’on soit resté bon gré ou mal gré. Qu’on ait décidé de partir vers des horizons plus lumineux ou qu’on soit resté dans les ténèbres. Aucun Libanais ne va vraiment bien.

Le fait de voir son pays se désintégrer et mourir à petit feu nous consume nous aussi. Même si on est parti depuis longtemps et que notre vie est plus douce que celle des personnes qui vivent au Liban. Même si on a tiré un trait sur le Liban et qu’on n’y est pas venu depuis des années. Au fond de nous, au fin fond de nous, il y a cette petite douleur de voir ses origines voler en éclats. Même si on ne s’en rend pas compte. On ne peut pas effacer cette terre qui coule dans nos veines, même si on est tombé en désamour avec le pays du Cèdre, comme on aime à l’appeler.

Cette tristesse n’est pas la même pour chacun, bien évidemment. À l’instar du traumatisme qu’on nous a infligé lors de la mise à terre de Beyrouth. Chacun porte en lui son fardeau. Il y a la souffrance des intrépides du Liban qui se sentent impuissants. Il y a les tourments de ceux qui se battent, tombant parfois dans la désillusion et qui se disent parfois que ça ne vaut pas la peine de continuer cette longue et interminable guerre contre le système. Il y a la peine des résignés. Ceux qui savent qu’ils ne peuvent pas partir quelles que soient leurs raisons. Leur âge, leur situation financière. Il y a l’angoisse des jeunes qui voient leur avenir sombre. Il y a les préoccupations de ceux qui ont tout perdu et qui ne savent plus comment nourrir leur famille et comptent leurs livres libanaises qui n’ont plus de valeur, ne sachant pas de quoi demain sera fait. Il y a l’affliction de ceux qui n’ont plus de choix que de partir, laissant derrière eux leurs parents, leurs proches et portant en eux ce goût amer de croire qu’ils ont trahi leur pays. Même si leurs arguments sont légitimes, même s’ils disent que le Liban leur a tout pris, qu’ils ont assez donné. Ils ont l’impression d’abandonner les rives de cette contrée qui ne leur a rien fait de mal finalement. Il y a le calvaire de ceux qui ont le mal du pays. Qui se sentent apatrides. Qui ne savent pas s’ils pourront y venir. Parce qu’ils n’en ont pas les moyens, parce qu’ils partent à l’autre bout du monde, ou parce qu’ils n’en ont pas la force.

Mais la souffrance comme la tristesse ne sont pas éternelles. Elles ont une fin. Et même si le Liban, tel qu’on l’a connu, tel qu’on l’a aimé, n’existe plus, il ne mourra pas. Il ne s’éteindra pas. Pas comme ce fichu Phénix qui soi-disant renaît de ses cendres. Il a passé l’arme à gauche depuis longtemps. Le Liban n’est pas un Phénix. Il n’est pas (ou plus) résilient. Le Liban n’est pas jeune et il a connu les pires souffrances tout au long de son histoire. Son peuple a résisté, ici ou ailleurs. Il a tenu tête aux envahisseurs, aux occupants, à la famine, aux tremblements de terre, aux incendies et surtout à la monstruosité de ses dirigeants. Et il le fera une fois de plus. Il tient tête face à ces quelque 5 000 personnes qui ont bu jusqu’à la lie le sang d’un pays à qui ils ont tout pris. Et la fin de ces quelque 5 000 personnes, ces politiques, ces banquiers, ces voleurs, ces voyous, ces criminels surtout, est proche. Tout a une fin.

Et pendant ce temps, dans ce cauchemar que nous vivons, ce tunnel sans lumière dont on ne voit pas le bout, ce marasme dans lequel nous nous noyons jour après jour, et où la patience nous abandonne peu à peu, le Liban restera vivant. Il restera vivant dans l’action des hommes et des femmes sur le terrain ; dans celle des expatriés qui se mobilisent comme jamais ; dans l’accomplissement de ceux qui ont réussi ici ou ailleurs. Dans ses ambassadeurs. Et surtout, il restera vivant à travers son histoire millénaire, il restera vivant dans les colonnes de Baalbeck, dans la plaine de la Békaa, sur les rivages de Batroun, dans les souks de Tripoli et de Saïda, dans les rues de Hamra, dans la voix de Feyrouz, dans sa musique, dans sa gastronomie. Dans sa man’ouché, sa taboulé, son arak, son hommos, dans ces mets appréciés dans le monde entier. Dans cette langue chantonnante. Dans son hospitalité, sa générosité. Et une fois ce désespoir terminé, il se relèvera. Que ce soit demain ou dans des années, il se relèvera.


Nous sommes déprimés, c’est un fait. Nous sommes tristes. Nous le sommes où que l’on soit, ici ou ailleurs. Qu’on soit resté bon gré ou mal gré. Qu’on ait décidé de partir vers des horizons plus lumineux ou qu’on soit resté dans les ténèbres. Aucun Libanais ne va vraiment bien.
Le fait de voir son pays se désintégrer et mourir à petit feu nous consume nous aussi. Même...

commentaires (6)

It is true that members of the diaspora, myself included, are suffering too, however much less than those who cannot leave. I know I will do my utmost to support Lebanon and the Lebanese people. We will work with those who have remained and continue the true resistance, to help rebuild our society and for regime change. We will donate to non-governmental organizations, new and emerging progressive political parties, schools and universities to boost their programs and increase the number of scholarships for those who cannot afford it. We, the diaspora, are 14 million strong. We shall help Lebanon rise again.

Mireille Kang

23 h 15, le 02 avril 2021

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Commentaires (6)

  • It is true that members of the diaspora, myself included, are suffering too, however much less than those who cannot leave. I know I will do my utmost to support Lebanon and the Lebanese people. We will work with those who have remained and continue the true resistance, to help rebuild our society and for regime change. We will donate to non-governmental organizations, new and emerging progressive political parties, schools and universities to boost their programs and increase the number of scholarships for those who cannot afford it. We, the diaspora, are 14 million strong. We shall help Lebanon rise again.

    Mireille Kang

    23 h 15, le 02 avril 2021

  • Il est sur que tous les libanais et quelque soit leur pays d’adoption ou leur statut social souffrent avec leur pas et ses citoyens et ça n’est qu’une goutte minime de ce qu’endurent les libanais sur le terrain qui eux subissent la double peine d’être des otages des criminels comme de ce virus qui en arrivant à vacciner le peuple finiront par subir l’autre virus celui la incurable qui sont les voleurs assassins qui jouent avec leur vie.ils ont traversé les tunnels sombres qui se sont succédés depuis des décennies en espérant enfin apercevoir une lueur de lumière et au lieu de cela ils se retrouvent menacés de vivre dans le noir même chez eux à cause du manque de conscience et d’humanité chez leurs bourreaux pourris qui se prennent pour Dieu le père et les condamnent à une fin certaine même lente. Non je refuse que le Liban remette à demain sa résurrection dans l’espoir que cela finira par arriver. Il faut des actions concrètes de la part de tout le peuple libanais pour que le Liban ne soit pas abandonné aux mains des mercenaires et vendus et ce quelque soit le prix. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Il est de notre devoir de tous de sauver notre pays et de retrouver notre dignité et notre liberté. Si un miracle devrait avoir lieu c’est maintenant et ce sera l’union de tous les libanais sous notre drapeau sur lequel trône un cèdre majestueux symbole de son peuple qu’on essaie d’humilier et de mettre à genoux.

    Sissi zayyat

    16 h 59, le 02 avril 2021

  • 3echtum wa 3acha Loubnan - Oui , il se relèvera malgré tout .. nous , les expatriés ferons tout pour l’aider à se relever ????

    Rima Adjadj-Jarrah

    16 h 53, le 02 avril 2021

  • Merci pour ce texté c est un poème. Mais il faut changer non seulement la forme mais aussi le fond L éducation gratuite pour tous la santé gratuite pour tous électricité officielle 24 h / 24 , énergie renouvelable , abolition de l esclavage moderne largement pratiqué au Liban , tri des déchets diminution de la pollution, répression de la corruption endémique au Liban Nous aurons alors un nouveau Liban Dr fadi labaki

    fadi labaki

    14 h 10, le 02 avril 2021

  • Merci Chère Medea...Vous avez mis le doigt sur la plaie et dérivez EXACTEMENT ce que je ressens en ce Vendredi Saint loin de ma terre et des miens . J’avais quitté le pays écolier en 1989 sous les bombes et j’y étais retourné plus récemment pour apprendre à mes enfants qui ils sont et d’où ils viennent nous avons hélas du repartir suite à l’explosion et à tout le reste. J’ai espoir qu’un jour l’histoire jugera le pourquoi et par qui ces 2 départs à 31 ans d’intervalle

    Liban Libre

    13 h 48, le 02 avril 2021

  • Merci Médéa!! L'espoir du Liban survivra quand même!!

    Wlek Sanferlou

    01 h 44, le 02 avril 2021

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