Après la France, c’était hier au tour des États-Unis, de la Ligue arabe et des Nations unies de faire part de leur inquiétude face aux menaces d’effondrement total qui pèsent sur le Liban, du fait de l’aggravation de la querelle politique autour du gouvernement.
Ces nouvelles pressions internationales viennent s’ajouter aux déclarations faites la veille par la France et l’Union européenne, dont les dirigeants devraient évoquer la crise libanaise durant leur réunion par visioconférence demain à Bruxelles. Lundi, le chef de la diplomatie française Jean-Yves le Drian avait demandé à l’UE d’actionner « des leviers » contre les responsables politiques libanais pour qu’un gouvernement soit formé et des réformes lancées au Liban, un pays qui selon lui « va à la dérive ».
Toutes les parties politiques doivent « faire prévaloir l’intérêt national et mettre un terme à l’obstruction politique, qui aggrave les souffrances du peuple libanais », a souligné pour sa part la Ligue arabe dans un communiqué. « Le secrétaire général, Ahmad Aboul Gheit, est très inquiet de ce qu’il se passe » au Liban et des « querelles » qui risquent de mener le pays vers une « crise aiguë dont les caractéristiques sont désormais manifestes », souligne le texte. « Nous sommes prêts à faire ce que l’on nous demande pour apaiser la situation et parvenir à une équation permettant au Premier ministre désigné de former son gouvernement, conformément à l’initiative française et sans obstruction », a annoncé la Ligue arabe. Et de rappeler que le futur cabinet devra, « pour sauver le pays, mettre en œuvre des réformes essentielles qui répondent aux aspirations du peuple ».
Stratégie du bord du gouffre
De son côté, le département d’État américain a réitéré son appel aux dirigeants libanais à mettre un terme à leur « stratégie partisane du bord du gouffre » pour former un nouveau gouvernement. « Nous sommes inquiets face aux derniers développements au Liban et à l’inaction apparente des dirigeants du pays devant les crises multiples », a déclaré Jalina Porter, porte-parole adjointe de la diplomatie américaine lors d’un point de presse. « Les responsables libanais doivent mettre de côté leur stratégie partisane du bord du gouffre et former un gouvernement », a-t-elle insisté, soulignant que la nouvelle équipe ministérielle devra « rapidement mettre en œuvre les réformes essentielles et attendues depuis longtemps, restaurer la confiance des investisseurs et sauver l’économie du pays ».
Parallèlement, l’ancien secrétaire d’État adjoint américain pour le Moyen-Orient, David Schenker, a accusé nommément le député Gebran Bassil de bloquer la formation du gouvernement pour satisfaire ses ambitions personnelles, au cours de deux interviews aux chaînes al-Hurra et al-Arabiya, après avoir mis en relief « la gravité de la corruption » au niveau de la classe politique qu’il a accusée de « se soucier peu des besoins du peuple ».
Reçue dans la matinée à Baabda par le président Michel Aoun, la coordinatrice adjointe des Nations unies pour le Liban, Najat Rochdi, a appelé les dirigeants à « se concentrer urgemment sur la formation d’un gouvernement efficace », estimant qu’il s’agit d’une « étape cruciale pour pouvoir résoudre les crises multiples et graves et mettre en œuvre les réformes attendues ». « Cette étape ne peut plus être repoussée », a-t-elle insisté, dans un communiqué publié plus tard par le bureau de l’ONU à Beyrouth. Elle a invité les protagonistes à « mettre de côté leurs divergences, assumer leurs responsabilités, mettre un terme à la paralysie, écouter les appels désespérés des Libanais et offrir des solutions au peuple ».
Dans le même temps, le chef de l’Église maronite, le patriarche Béchara Raï, prenait contact avec le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres. Lors de cet appel, le responsable onusien a exprimé « sa grande préoccupation » et rappelé l’importance de la formation rapide d’un gouvernement et de ne pas entraîner le pays dans « des conflits ». De son côté, le patriarche maronite a dénoncé « l’incapacité » des dirigeants à « s’asseoir ensemble pour se mettre d’accord sur un projet de sauvetage, alors que la faim et la pauvreté se répandent et que la monnaie nationale s’écroule et pousse le pays vers un effondrement total ». « Les Libanais attendent que l’ONU joue un rôle de premier plan » face à cette accumulation de crises, a-t-il ajouté, avant de faire part au secrétaire général des « raisons qui l’ont poussé à demander la neutralité et l’organisation d’une conférence internationale sur le Liban ».


Merci de proposer des "leviers", M. Le Drian, vous avez juste oublié qu'ils ne serviront qu'à "aggraver les souffrances du peuple libanais". Comme si les Libanais ne souffraient pas assez pour qu'on leur ajoute des sanctions! Les "punissables", eux s'en tireront toujours!
22 h 09, le 24 mars 2021