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Culture - Documentaire

Britney Spears, de l’autre côté du miroir

Sous la tutelle de son père Jamie Spears depuis octobre 2008, mais avant tout cela dévorée par la machine du show-biz et les meutes de paparazzis qui l’ont traquée jusque dans les tréfonds de son détraquement, la star fait aujourd’hui l’objet d’une enquête-documentaire, « Framing Britney Spears », produite par le « New York Times » et disponible en streaming sur la plateforme Hulu.

Britney Spears, de l’autre côté du miroir

Le parcours de la star, décortiqué dans le documentaire « Framing Britney Spears », nous rappelle celui d’« Alice au pays des merveilles ». Photo AFP

S’il ne fallait retenir qu’une étape de la carrière explosive puis explosée de Britney Spears, un moment qui résumerait au mieux son destin aux infinis retournements, ça serait sans doute ses débuts au Mickey Mouse Club, chez Disney. C’est qu’il est impossible, en repassant le rocambolesque film de la vie de cette pop star planétaire, de ne pas immédiatement penser aux sorts de ces crédules princesses Disney – peut-être Blanche-Neige, peut-être Cendrillon ou la Belle au bois dormant –, fatalement prises aux filets d’une redoutable marâtre et dont les contes de fées tournent invariablement au cauchemar. Dans le cas de Britney Spears, une certaine facilité nous ferait dire que cette marâtre-là n’est autre que son père, Jamie Spears. Ce père contre lequel s’indigne sans répit le mouvement #FreeBritney depuis octobre 2008, date à laquelle il a réussi à décrocher la tutelle de sa fille dont il téléguide (unilatéralement) désormais tout, son argent, sa carrière, ses mouvements et même son compte Instagram. Mais pas que. Si le documentaire Framing Britney Spears (produit par le New York Times et disponible en streaming sur la plateforme Hulu) expose et dénonce, par le biais de témoignages et de documents légaux, le contrôle absolu et abusif qu’exerce Jamie Spears sur sa fille de 39 ans, cette enquête invite surtout à interroger la misogynie et la cruauté du show-biz et des médias américains.


Une flopée de fans ont formé un mouvement activiste en bonne et due forme, intitulé #FreeBritney. Photo tirée du documentaire « Framing Britney Spears »

Toxique

Dans le fond, une fois ce documentaire visionné, on se rend compte aussi à quel point le parcours de Britney Spears nous rappelle celui d’Alice au pays des merveilles. Comme l’héroïne de Lewis Caroll, la star américaine venue du Louisiana profond a un jour de 2007 trébuché de l’autre côté du miroir où elle est incontestablement devenue la proie de son industrie, des tabloïds américains et, pour tout dire, des hommes qui se sont joués d’elle. Mais, avant cela, avant d’avoir traversé ce miroir vers sa face obscure, les millennials avaient découvert Britney Spears en 1998, à la faveur de son mythique tube Baby One More Time. À l’époque, il fallait l’écouter en entonner le refrain « Hit me Baby, One More Time » avec sa tenue de collégienne doucement subversive, pour déjà deviner les contours d’une personnalité bien plus complexe que racontée. Toxique aussi, comme le prédisait le single du même titre, en 2003. Toxique comme l’est tout succès lorsqu’il monte à la tête d’une ingénue adolescente qui n’en possède pas le mode d’emploi.

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On parle de 200 millions d’albums vendus à ce jour, d’un patrimoine évalué à plus de 60 millions de dollars. Toxique comme ce cocktail de substances dont elle avait fait son régime alimentaire et qui l’ont jetée à plusieurs reprises en cure de désintoxication. Oops, I did it again? Toxique comme le rôle de baby doll lubrique dans lequel son industrie et les médias l’ont enfermée, scrutant sa virginité à la loupe telle une poupée bonne à rien d’autre que faire monter le taux de testostérone du public masculin. En ce sens, dans Framing Britney Spears, on entend un scabreux présentateur de télé lui dire « Ta poitrine », à chaque fois que la pop star essaye de placer un mot à propos de sa musique. Toxique, comme les faux managers et les vrais profiteurs qui l’ont vampirisée, notamment son père dont elle est la chose aujourd’hui et même son ex-petit copain Justin Timberlake qui lui a fait porter le chapeau de leur rupture dans son titre victimaire Cry Me a River. À la sortie de ce single qui, accessoirement, a fait toute la notoriété de Timberlake, la presse, de concert, s’était déchaînée contre Spears. Toxique comme cette horde de paparazzis qui n’ont cessé de traquer son moindre battement de cils, jusqu’à carrément la détraquer. Toxique, donc, comme la triple alliance de la starification, l’hypersexualisation et la surmédiatisation dont on finit toujours par se brûler les ailes.


Les tabloïds n’ont pas ménagé la star US. Photo tirée du documentaire « Framing Britney Spears »

#FreeBritney

Toxique, c’est d’ailleurs l’autre nom qu’aurait pu porter le documentaire Framing Britney Spears dont la première partie détaille chacun des pas qui ont mené Britney Spears de son Mississippi natal à la conquête de la stratosphère pop, puis vers sa chute sans parachute. Une véritable descente aux enfers qui a débuté en 2007, lorsque l’icône pop, sous les yeux d’une centaine de paparazzis, fait irruption dans un salon de coiffure de Los Angeles, s’empare d’un rasoir et envoie balader sa chevelure comme si elle voulait faire éclater l’image de la machine à fantasme qu’on avait choisie pour elle. C’est de fait sur cette annus horribilis, et toutes celles qui ont suivi, que se penche davantage Framing Britney Spears. Après avoir perdu ses cheveux et pour tout dire la tête, cette dernière s’est vu tour à tour retirer la garde de ses deux enfants, son intimité, sa liberté et, le pire, le contrôle de sa propre personne, dès lors que son père, Jamie Spears, a réussi à convaincre la justice américaine de la mettre sous sa tutelle au motif « qu’elle n’a plus la capacité psychologique de prendre des décisions pour elle-même ».

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Depuis, elle vit enfermée dans une mansion glauque de Los Angeles d’où elle donne des nouvelles d’elle mais seulement au compte-gouttes et à travers des messages un rien étranges. My Loneliness Is Killing Me ? Et voilà qu’une flopée de fans ont formé un mouvement activiste en bonne et due forme, intitulé #FreeBritney et dont les multiples pétitions (l’une d’entre elles, signée par plus de 100 000 personnes, a été même adressée à la Maison-Blanche) réclament la libération de Britney Spears de la tutelle totale exercée par son père qui, en plus de son pouvoir quasi démiurge sur elle, touche 1,5 % des recettes de son activité. « Elle porte toujours les mêmes vêtements, même à des mois d’intervalle », « On ne la voit que chez elle », « Elle nous envoie des messages cryptés de SOS à travers les images et vidéos qu’elle poste. Elle va mal », s’accordent à répéter les défenseurs de la cause Britney Spears qui, à leurs heures perdues, dissèquent le compte Instagram de leur idole où celle-ci semble être l’actrice prisonnière d’une trame ficelée au millimètre. Et si ce mouvement a vu ses rangs grossir au fil des années, s’il a même réussi à convaincre le New York Times de mener cette enquête à laquelle participent des ex-assistants, stylistes et amis de Spears qui plaident tous en sa faveur, il serait réducteur de seulement jeter la pierre au père. Car ce que laisse entrevoir Framing Britney Spears, c’est d’abord la cruauté des médias qui ont éhontément broyé la pop star et se sont plu à faire du profit sur le dos de sa dépression. Innombrables sont les extraits d’interviews où, sous le poids des questions indiscrètes, on la voit fondre en larmes, visiblement troublée et profondément troublante. C’est ensuite l’absurdité de la justice américaine qui continue de promouvoir des pratiques comme ce système de tutelle. « Le comble, c’est qu’à travers cette tutelle, l’argent de Britney Spears sert à financer les avocats de la partie adverse. C’est inconcevable », ironise à ce fait l’un des fans hardcore de la star. C’est aussi et surtout la misogynie d’une industrie qui instrumentalise les femmes seulement parce qu’elles sont une cible plus facile, comme le résume si bien Wesley Morris, l’un des critiques du New York Times, qui intervient dans le documentaire : « Lorsqu’il s’agit d’attaquer une femme, il y a tout un mécanisme en place. » Alors, c’est de son père, oui, mais de toutes ces autres choses aussi, qu’il faut aujourd’hui libérer Britney Spears.


S’il ne fallait retenir qu’une étape de la carrière explosive puis explosée de Britney Spears, un moment qui résumerait au mieux son destin aux infinis retournements, ça serait sans doute ses débuts au Mickey Mouse Club, chez Disney. C’est qu’il est impossible, en repassant le rocambolesque film de la vie de cette pop star planétaire, de ne pas immédiatement penser aux sorts de...

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