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Culture - Musique

Pourquoi, soudain, tous les yeux sont rivés sur Camélia Jordana

Son double album « facile x fragile » à peine sorti, l’artiste militante, qui a abattu la frontière entre pointu et populaire, est déjà incontestablement l’une des figures marquantes du paysage musical (et cinématographique) francophone. Anatomie d’un succès soudain.

Pourquoi, soudain, tous les yeux sont rivés sur Camélia Jordana

Camélia Jordana distille une pop addictive et beaucoup moins naïve qu’il n’y paraît. Photo Hellena Burchard

Elle a été révélée en 2009 par Nouvelle Star, le télécrochet de M6 à l’audience bien bétonnée. Depuis, Camélia Jordana a eu le temps d’empiler quatre opus à sa discographie, dont LOST, le troisième, qui, quoique n’ayant pas rencontré le grand public, lui a tout de même valu une Victoire de la musique en 2019 pour le meilleur album de musiques du monde. Un an plus tôt, en 2018, elle glanait une autre distinction, cette fois pour récompenser l’actrice montante qu’elle est aussi, à savoir le césar du meilleur espoir féminin pour son rôle dans Le Brio d’Yvan Attal. Tout cela pour dire qu’alignant tournages et tournées, Camélia Jordana s’est taillé, en douze ans, une place certaine dans les stratosphères musicale et cinématographique françaises. Pourtant, jamais avait-on autant parlé d’elle, jamais l’avait-on croisée sur tellement de plateaux télé ou de couvertures de magazine que depuis l’annonce puis la sortie, le 29 janvier, de son quatrième (double) album en date facile x fragile dont la chanson Facile lui a valu une nomination aux Victoires de la musique dans la catégorie chanson originale. L’occasion de se pencher sur l’anatomie d’une notoriété soudaine et qui monte en flèche, et de se demander pourquoi, tout d’un coup, tous les yeux sont rivés sur Camélia Jordana.

« facile x fragile », un quatrième opus qui résume tout Camélia Jordana. Photo DR

Assumer la popularité

Puisqu’il est question de musique ici, oublions sa nomination aux césars 2021 dans la catégorie meilleure actrice pour son rôle dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mourret, oublions le long métrage qu’elle est en train de coécrire avec la scénariste Raphaëlle Desplechin, oublions aussi son rôle à venir dans Vous n’aurez pas ma haine, le film de Kilian Riedhof, adapté du livre d’Antoine Leiris, et concentrons-nous sur facile x fragile. En guise de teaser de ce double album, Camélia Jordana avait sorti au printemps dernier deux singles, Facile puis Silence, aussitôt intronisés tubes de l’année, d’autant que le premier a en effet été le titre le plus diffusé en radio en 2020. Dès lors, on voyait la chanteuse, autrice et productrice s’égarer des sentiers de la musique « pas très digeste », qui enveloppait ses précédents disques, pour proposer, et à juste titre, une pop plus facile d’accès. Si la face fragile de son double album est peuplée de fables plutôt dépouillées dont les cordes vocales de la chanteuse de 28 ans sont l’instrument central, c’est sans doute son abord facile, sorte de coffre-fort abritant des pépites pop entêtantes et addictives qui font déjà de ce disque un carton avéré. Cet attrait populaire, sur lequel une pseudo intelligentsia parisienne s’était pourtant accordée à cracher, Camélia Jordana, au contraire, l’assume pleinement. De fait, on la retrouve autant sur la scène des NRJ Music Awards que celle des Victoires de la musique, autant sur des plateaux de variété le samedi en prime time qu’au micro d’Augustin Trapenard sur France Inter, aussi à l’aise en couverture de Télé Star qu’en interview pour Libération. Et c’est bien en abattant cette paroi de béton entre populaire et pointu, en revendiquant absolument sa part TF1 comme son pan Canal+ que Camélia Jordana a décomplexé la notion de chanteuse main stream.

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Dans le sillage d’une Angèle ou d’une Juliette Armanet, elle est la preuve vivante qu’on peut encore faire de la bonne musique, même si facile, sans prétention et qui se télécharge par millions de clics. C’est ainsi qu’elle a réussi à se mettre Le monde en main, comme disent les paroles de la chanson du même titre. Cela dit, il serait réducteur de mettre la réussite de Camélia Jordana sur le compte de cette pop acidulée qui se dévore comme ces bonbons qu’on s’enfile jusqu’à l’écœurement. Si le nom de cette jeune femme, qui se définit comme « française et arabe – française parce que je suis une fille de la République et algérienne dans le sang » –, a trouvé un tel écho, tant dans l’audimat que dans la presse ou les réseaux sociaux, c’est parce qu’elle double son art d’un activisme très brandi.

Une fille en colère

Revenons au 23 mai 2020. Sur le plateau de On n’est pas couché de Laurent Ruquier, elle lançait une bombe : « Quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France », dénonçant ainsi les violences policières envers « les gens qui se font massacrer en banlieue pour nulle autre raison que la couleur de leur peau ». Tant et si bien que le ministre de l’Intérieur d’alors, Christophe Castaner, lui avait même répondu sur Twitter, faisant monter le buzz autour de la chanteuse qui, quelques jours plus tard et presque pour faire de la surenchère, avait chanté du gospel sur la place de la République en hommage à George Floyd et Adam Traoré. N’hésitant donc pas à s’inscrire en faux contre ce qu’elle estime être du racisme systémique dont elle a longtemps essuyé les plâtres, s’indignant à tout-va contre le patriarcat, dénonçant dans la rue la loi sur la sécurité globale et s’improvisant étendard vivant du féminisme né du #metoo, jusqu’à même travailler sur un documentaire intitulé #postmetoo autour de cette cause-là, Camélia Jordana ne se suffit pas de chanter pour son époque. Elle veut l’incarner. Elle est l’estampe des filles (arabes) en colère, simplement parce que, pour elle, il est impossible d’être une femme arabe en 2020 sans être en colère, à moins d’être complètement déconnectée de la réalité. Et sur cette colère-là, cette colère dont elle a mis du temps à trouver les bons mots, « j’ai dû m’éduquer et m’instruire sur le politique et les thèmes de notre temps, je manquais de bagage théorique », concédait-t-elle même au Monde ; cette colère-là, un peu bordélique et qui se lit jusque dans la plus infime vibration de sa voix de velours déchiré, elle éclabousse aussi, forcément, facile x fragile. Alors, oui, certes, dans ce disque-là, elle reproche (et à raison) aux hommes d’occuper tout l’espace (sonore), « tu parles trop, chaque fois que tu l’ouvres, ça te fait défaut », leur fredonne-t-elle dans Silence. Certes, elle appelle : « Mesdames, mes femmes, prenons les armes », dans Les Femmes, qui sonne comme un hymne féministe. Certes, elle se veut batailleuse comme jamais, « Je crois que tu ne sais pas comment elle est béton, mon équipe (..) Que tu le veuilles ou non, je te plie en un coup de clic », slam-t-elle dans J’oublie vite. Mais pas que. Car si la critique s’est empressée de ranger facile x fragile dans le rayon des albums féministes, il y a quelque chose de bien plus intelligent qui l’habite. Il y a Les garçons : « Moi, je les aime, je les aime, les hommes/ Ils m’emmènent d’îles en drame. » Il y a Si j’étais un homme, « Ah ! si j’étais homme/ Je demanderais pardon/ Pour les guerres et les trophées/ Les corps, les abandons. » Il y a sa volonté d’incriminer les hommes, mais aussi de les inclure dans le débat, de les responsabiliser sans leur faire la guerre et de les comprendre, aussi, peut-être. En fait, comme ça, à travers sa pop addictive, moins naïve qu’elle n’y paraît, Camélia Jordana déconstruit le féminisme tel qu’il est perçu par la conscience collective et, au passage, le préjugé selon lequel « les féministes détestent les hommes ». Et rien que pour cela, oui, elle mérite que tous les yeux soient rivés sur elle.


Elle a été révélée en 2009 par Nouvelle Star, le télécrochet de M6 à l’audience bien bétonnée. Depuis, Camélia Jordana a eu le temps d’empiler quatre opus à sa discographie, dont LOST, le troisième, qui, quoique n’ayant pas rencontré le grand public, lui a tout de même valu une Victoire de la musique en 2019 pour le meilleur album de musiques du monde. Un an plus tôt, en...

commentaires (1)

Le panégyrique que vous faites de cette dame est loin d'être justifié, son seul mérite est d'avoir terminé troisième d'une émission télé et sa notoriété est due au fait qu'elle s'érige en égérie d'un violeur multi récidiviste décédé suite à une arrestation houleuse par la police .Elle trouve partout un micro afin d'exprimer sa détestation de l'homme blanc et pense que Brigitte Bardot et Catherine Deneuve n’avaient pas été assez féministes à son goût et avaient vécu avec l'idée que se prendre une main au "bas du dos" était quelque chose de normal et même sympathique .. Comme dirait un chroniqueur, connu, elle ne chante pas elle éructe et pour terminer le titre radio le plus diffusé n'est pas d'elle aucun titre français n'ayant atteint le top dix ... 

C…

06 h 52, le 14 février 2021

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Commentaires (1)

  • Le panégyrique que vous faites de cette dame est loin d'être justifié, son seul mérite est d'avoir terminé troisième d'une émission télé et sa notoriété est due au fait qu'elle s'érige en égérie d'un violeur multi récidiviste décédé suite à une arrestation houleuse par la police .Elle trouve partout un micro afin d'exprimer sa détestation de l'homme blanc et pense que Brigitte Bardot et Catherine Deneuve n’avaient pas été assez féministes à son goût et avaient vécu avec l'idée que se prendre une main au "bas du dos" était quelque chose de normal et même sympathique .. Comme dirait un chroniqueur, connu, elle ne chante pas elle éructe et pour terminer le titre radio le plus diffusé n'est pas d'elle aucun titre français n'ayant atteint le top dix ... 

    C…

    06 h 52, le 14 février 2021

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