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Politique - Liban

Michel Murr, vétéran de la politique libanaise, est décédé des suites du Covid-19

Le député du Metn, qui a été vice-Premier ministre et vice-président du Parlement, est mort à l'âge de 88 ans.

Michel Murr, vétéran de la politique libanaise, est décédé des suites du Covid-19

Le député Michel Murr, le 16 mai 2008 à l'aéroport de Beyrouth, avant de se rendre au Qatar. Photo d'archives AFP

Le député libanais du Metn Michel Murr est décédé à l'âge de 88 ans des suites du coronavirus, rapporte dimanche matin l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Dans un communiqué, la famille du défunt a appelé les proches et partisans de Michel Murr à prier pour le repos de son âme depuis leur domicile afin de respecter les mesures préventives contre le coronavirus. La famille a ensuite annoncé qu'elle organiserait une messe en hommage à Michel Murr "lorsque les conditions le permettraient".

Né le 29 septembre 1932 dans le village de Bteghrine dans le Metn, cet ingénieur et homme d'affaires grec-orthodoxe a été à plusieurs reprises durant les années 1990 et jusqu'aux années 2000 vice-Premier ministre, un poste traditionnellement réservé à la communauté grecque-orthodoxe, et ministre de l'Intérieur.

La santé de Michel Murr était déjà fragile ces dernières années et il n'assistait quasiment plus aux réunions de la Chambre, dont il était le doyen. Il était hospitalisé après avoir contracté récemment le coronavirus.

Diplômé en génie civil de l'Université Saint-Joseph en 1955, Michel Murr a commencé sa carrière en Sierra Leone où il fonde une compagnie de BTP et fait fortune.

Un vétéran de la vie politique

Ce notable du Metn se présente pour la première fois aux législatives en 1960 en s'alliant au Parti syrien national social (PSNS), mais sans succès. De même en 1964. Ce n'est que quatre ans plus tard, en 1968, qu'il est élu à la Chambre après s'être allié au parti chrétien Kataëb dirigé à l'époque par son fondateur, Pierre Gemayel. Il échoue à se faire réélire en 1972.

Durant la guerre civile de 1975-1990, Michel Murr soutient les Kataëb ainsi que les Forces libanaises fondées par Bachir Gemayel, notamment lorsque le parti est dirigé par l'ex-ministre Élie Hobeika, qui conclu l'Accord tripartite avec le chef du Législatif Nabih Berry et le leader druze Walid Joumblatt. Un accord auquel Michel Murr a apporté sa contribution, sous la houlette du régime syrien de Hafez el-Assad. Après la fin de la guerre civile et la signature de l'Accord de Taëf de 1989, Michel Murr est élu député sans interruption en 1992, 1996, 2000, 2005 et 2009 et 2018. Il dirigeait jusqu'à son décès le "Bloc du Metn", un groupe politique indépendant, après son retrait de la formation parlementaire affiliée au Courant patriotique libre fondé par le président de la République, Michel Aoun, et dirigé actuellement par le député Gebran Bassil.

Michel Murr, considéré comme un des piliers de l'ancienne tutelle syrienne au Liban, a également été ministres à plusieurs reprises durant les quarante dernières années, accédant notamment aux postes de l'Intérieur et de la Défense. Il a aussi été élu vice-président du Parlement en 2004. Vétéran de la politique, il aurait contribué à l'élection de plusieurs présidents de la République qui ont marqué la scène libanaise, notamment Élias Sarkis, Bachir Gemayel, Émile Lahoud ainsi que Michel Sleiman.

Michel Murr (2e de g), en compagnie de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri (à sa gauche), le 27 décembre 1996 à Beyrouth. Photo d'archives AFP / Joseph BARRAK

Tentative d'assassinat en 1991

En 1991, Michel Murr échappe à une tentative d'assassinat à la voiture piégée à Antélias. L'actuel chef des Forces libanaises, Samir Geagea, avait été accusé pour cet attentat Quatorze ans plus tard, c'est son fils, l'ex-ministre de l'Intérieur Élias Murr, qui lui aussi échappe à une tentative d'assassinat à la voiture piégée dans la localité de Rabieh, près de la ville d'Antélias, une attaque à l'issue de laquelle il est gravement blessé.

Fin 1999, Murr devait diriger la délégation libanaise qui allait négocier avec le voisin israélien, à la veille du retrait de l'Etat hébreu du sud du Liban en 2000. Son fils Elias, gendre de l'ancien président pro-syrien Emile Lahoud, avait par la suite pris le flambeau, devenant ministre de l'Intérieur puis ministre de la Défense.

Marié en 1957 à Sylvie Abou Jaoudé, Michel Murr était père de trois enfants : l'ex-ministre Élias Murr, Mirna Murr qui était la présidente de la fédération des municipalités du Metn, et Lana Murr. Il est également le grand-père de la journaliste et ancienne députée Nayla Tuéni et beau-père du grand journaliste Gebran Tuéni, assassiné en 2005.

Avec le décès de Michel Murr, il y a actuellement 119 députés qui siègent à la Chambre, sur un total de 128 sièges, après la démission de huit élus dans la foulée de l'explosion meurtrière du 4 août au port de Beyrouth. Les autorités n'ont toujours pas organisé de législatives partielles afin de pouvoir à ces vacances, contrairement à ce que stipule la loi.

Hommages

De nombreux responsables politiques de tous bords ont rendu hommage au député. Le Premier ministre désigné, Saad Hariri, a estimé dans un tweet que Michel Murr a joué "un rôle dans la plupart des étapes charnières de l’histoire du Liban. Avec son départ, c’est une page du leadership du Metn et de la politique libanaise qui se tourne".

"Nous avons été en conflit avec Michel Murr à l’époque de la tutelle (syrienne) et nous nous sommes entendus après la fin de la tutelle", a rappelé pour sa part le chef du CPL, Gebran Bassil. "Au niveau des législatives, nous avons été alliés puis nous nous sommes séparés, mais nous avons toujours apprécié l’amour des gens pour lui", a-t-il ajouté.

Le député pro-syrien de la Békaa Jamil Sayyed a pour sa part estimé sur Twitter que "Michel Murr n’a jamais rien caché de ce qu’il était. La politique coulait dans ses veines (…) Vous pouvez l’aimer ou ne pas l’aimer, mais son départ ne peut que vous attrister", a-t-il ajouté.

Sleimane Frangieh, chef du Courant Marada, a quant à lui souligné que "Michel Murr était un rival honnête et un ami très cher. Le Metn et l’ensemble du Liban viennent de le perdre".


Le député libanais du Metn Michel Murr est décédé à l'âge de 88 ans des suites du coronavirus, rapporte dimanche matin l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).Dans un communiqué, la famille du défunt a appelé les proches et partisans de Michel Murr à prier pour le repos de son âme depuis leur domicile afin de respecter les mesures préventives contre le coronavirus. La...

commentaires (8)

Il avait une incroyable sensibilité. A son bureau à Dora il recevait jadis énormément, et bien entendu, il était impossible pour lui de boire un café avec chaque visiteur. Mais à chaque tournée on lui servait une tasse qui contenait une toute petite goute pour partager quand même ! Avec son départ c'est toute une page de lumière et de bienveillance qui se plie dans le sombre livre de la guerre. Beaucoup lui doivent leur vie, il téléphonait, il libérait, il aidait, il intervenait chaque fois qu'il pouvait le faire ! Paix à son âme.

Shou fi

21 h 14, le 31 janvier 2021

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Commentaires (8)

  • Il avait une incroyable sensibilité. A son bureau à Dora il recevait jadis énormément, et bien entendu, il était impossible pour lui de boire un café avec chaque visiteur. Mais à chaque tournée on lui servait une tasse qui contenait une toute petite goute pour partager quand même ! Avec son départ c'est toute une page de lumière et de bienveillance qui se plie dans le sombre livre de la guerre. Beaucoup lui doivent leur vie, il téléphonait, il libérait, il aidait, il intervenait chaque fois qu'il pouvait le faire ! Paix à son âme.

    Shou fi

    21 h 14, le 31 janvier 2021

  • Comme quoi malgré les millions et la puissance politique, tous les hommes sont égaux devant le Seigneur (et devant le Covid qui ne peut être acheté). RIP

    Gros Gnon

    21 h 02, le 31 janvier 2021

  • Allah yérhamo, mais pour moi, plus magouilleur qu'Homme d'État.

    DJACK

    20 h 14, le 31 janvier 2021

  • RIP M murr. Assez contoversé comme personnalité ayant travaillé aussi bien avec les syriens, qu'avec Bachir, avec tout le monde sans jamais être contre quiconque. Que les gens vous appréciaient ou non "politiquement", ceci n'empêche que vous êtiez un géant du monde politique .Alors qu'aujourd'hui, il n'y a que des des nains.

    radiosatellite.online

    16 h 05, le 31 janvier 2021

  • ( dont il était l'aîné des élus ) dont il était le doyen !

    Le Point du Jour.

    15 h 13, le 31 janvier 2021

  • MES SOUVENIRS HORRIBLES EN 75 DU "BOURG EL MUR" LES MERCENAIRES QUI TIRENT DE TOUS LES CÔTÉS SUR LES PASSANTS . CE BOUG ÉTAIT CONSTRUIT EN BÉTON ARMÉ DEUX ANS AVANT LA GUERRE SANS TERMINER LES TRAVAUX DE L'HABILLAGE ? BIZARRE .

    Gebran Eid

    14 h 28, le 31 janvier 2021

  • Adieu M. Murr, je vous aimais bien. Avec sa génération d’homme politique disparaîtra un mode de gouvernance que la jeunesse libanaise d’aujourd’hui n’en veut plus. Il était l’habilité même, s’alliant, comme le montre l’article, avec le plus fort du moment, des phalangistes à l’heure de leur hégémonie, avec les syriens, nous dit-on, pour préserver son fief. Un sens aigu du business, c’était Michel El Murr le bâtisseur, un stade sportif, des Bourj el Murr à sa démesure. Bulldozer électoral, dans tous les sens du terme, (ne l’oublions pas, ses électeurs l’aimaient, et le gratifiaient à leur tour). Patriote, il aimait le Metn, il en avait l’accent du lieu. Faiseur de roi et de président, il pouvait bien faire tomber, selon sa légende électorale, Amin Gemayel pour succéder à son fils, lors d’élections mémorables. Tout est fait pour préserver son fief électoral, il a même fait venir par bus entiers des électeurs de je ne sais où, et comble de l’ironie, des ragots circulaient qu’il a déjà procédé à leurs naturalisations, et ça, si c’était vrai, mais pas très net, et j’ose dire que Bou’Elias a survécu à tout. RIP.

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    14 h 23, le 31 janvier 2021

  • "....dont il était l'aîné des élus." le doyen d'age?????

    Georges Yared

    13 h 24, le 31 janvier 2021

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