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Agenda - Hommage

Joe Rahmé, comme un cèdre qu’on abat...

T’écrire un hommage  ? Raconter notre vie ensemble  ? Un livre n’y suffirait pas. Nous avons tellement à dire et l’histoire d’une vie ne possède aucun contenant.

Nous nous limiterons alors au contenu.

Des liens d’amitié antérieurs avaient existé entre Marie-Claude et papa, du temps de leur jeunesse. Puis les coïncidences de la vie ont fait que nous sommes devenus voisins, grandissant ensemble, vous deux avec nos parents et nous autres avec nos amis/frères, vos enfants.

Entre le 3e étage à Mar Mikhaël et le duplex du 6e, pas besoin d’ascenseur, pas besoin d’appels. Les portes de nos appartements et de nos vies étaient ouvertes les unes aux autres.

Le fameux 2 avril 1981, tu étais venu nous sortir de l’abri de fortune dans lequel Fady et moi étions réfugiés, notre quartier ayant été sévèrement endommagé et notre immeuble asphyxié par l’incendie qui s’était déclaré dans le dépôt de térébenthine adjacent à l’immeuble.

Tu nous avais donné ta voiture, tes clés, et tu as demandé à Fady de conduire, et tu nous as intimé l’ordre d’aller à Kaslik chez vous, là où nos deux familles étaient déjà réunies.

Je n’oublierai jamais cette expédition terrifiante et l’exode sur les routes.

Notre vie était devenue une vie de nomades, mais de nomades heureux de vivre ensemble. Qui dormait où et comment importait peu, l’essentiel était de nous savoir saufs.

De «  L’Auberge des jeunes  » aux Cèdres, en passant par la cueillette des pommes à Akoura, jusqu’à Kaslik où nous avions cohabité ensemble pour fuir cette guerre incivile qui nous a empoisonné la vie, nous étions devenus une seule et même famille.

Joe, tu étais ce rocher rassurant, sûr de lui, sur lequel nous étions nombreux à nous appuyer. Tu étais la sagesse incarnée et surtout précautionneux et soucieux du bien-être de ta famille. Père protecteur entre tous. Exemplaire.

Tu étais ce roc inébranlable qui résistait à toutes les intempéries.

Fier et altier comme tes cèdres, solidement ancré comme tes racines bécharriotes.

Les épreuves de la vie nous ont anéantis à tour de rôle avec la douleur la plus épouvantable qui puisse être infligée à des parents : perdre un enfant. Il y a eu le dramatique accident de Carine, ses trois années et demie de coma et son départ pour l’au-delà. Jawad qui partageait avec elle le bleu des yeux et celui des cieux allait la retrouver quelque deux décennies plus tard, brisant ton cœur de père comme celui du nôtre l’avait été.

Le cataclysme du 4 août est venu à bout de toi, te privant d’un de tes sens les plus précieux. Ces silos qui étaient notre protection durant toutes les années de guerre sont tombés, emportant avec eux ton invincibilité.

Durant les cinq mois auxquels tu as survécu malgré toi, tu étais devenu ce cèdre qu’on a abattu, mais qui voulait se laisser mourir pour mieux renaître ailleurs.

Parce que lorsqu’on a semé des graines comme les tiennes, de celles qui poussent dans les terres les plus arides, on ne meurt jamais.

Tes enfants et tes petits-enfants poursuivront le chemin, avec pour guide l’étoile du berger qui brille désormais au firmament et qui les guide.

Ce qui a été taillé dans un roc, tout comme toi, ne disparaît jamais.

Au revoir Joe. Embrasse nos aimés communs et garde un œil sur nous et sur le Liban.

Ton souvenir restera éternel dans nos cœurs reconnaissants.

Alec et Bélinda IBRAHIM

T’écrire un hommage  ? Raconter notre vie ensemble  ? Un livre n’y suffirait pas. Nous avons tellement à dire et l’histoire d’une vie ne possède aucun contenant.Nous nous limiterons alors au contenu.Des liens d’amitié antérieurs avaient existé entre Marie-Claude et papa, du temps de leur jeunesse. Puis les coïncidences de la vie ont fait que nous sommes devenus voisins, grandissant ensemble, vous deux avec nos parents et nous autres avec nos amis/frères, vos enfants.Entre le 3e étage à Mar Mikhaël et le duplex du 6e, pas besoin d’ascenseur, pas besoin d’appels. Les portes de nos appartements et de nos vies étaient ouvertes les unes aux autres.Le fameux 2 avril 1981, tu étais venu nous sortir de l’abri de fortune dans lequel Fady et moi étions réfugiés, notre quartier ayant été sévèrement endommagé...