Une équipe de la Croix-Rouge libanaise vient d’accompagner une malade présentant des symptômes de Covid-19 à l’hôpital Saint-Georges des grecs-orthodoxes, à Achrafieh. Photo Marc Fayad
Les autorités libanaises ont décidé de prolonger le bouclage total du pays jusqu’au 8 février en raison de la hausse alarmante de la propagation du coronavirus, et demandé aux forces de sécurité de se montrer très fermes dans l’application de cette décision.
Selon le dernier bilan du ministère de la Santé hier, 67 décès et 4 595 cas de Covid-19 ont été enregistrés au cours des dernières 24 heures. Ces chiffres portent le taux de contamination par rapport au nombre de tests effectués pour les deux dernières semaines à 21,2 %, un taux qui ne cesse d’augmenter et d’inquiéter. Ces statistiques font grimper à 269 241 le nombre cumulé des contaminations depuis la détection du premier cas de Covid-19 au Liban en février 2020, au nombre desquelles 2 151 décès et 158 828 guérisons. Parmi les cas toujours actifs, 2 275 personnes sont hospitalisées dont 864 en soins intensifs. Une cinquantaine d’hospitalisations ont été enregistrées depuis mercredi, mais en raison du bilan élevé des décès, le nombre total de patients actuellement dans les hôpitaux du pays est en baisse par rapport à mercredi. Neuf personnes ont en outre été admises en soins intensifs.
Plus tôt dans la journée, et à cause de ces chiffres alarmants, le Conseil supérieur de défense, réuni à Baabda sous la présidence du chef de l’État Michel Aoun, et en présence du Premier ministre sortant Hassane Diab, a entériné la prolongation du bouclage jusqu’au 8 février à 5h. Cette décision avait été adoptée le matin au Grand Sérail durant la réunion du comité ministériel ad hoc que préside M. Diab.
Les exceptions seront reconsidérées et certains cas urgents seront exemptés sur la base d’une décision du Premier ministre après consultation des ministres concernés.
« La décision de bouclage total a été respectée dans une grande proportion, en dépit de quelques violations auxquelles il faut remédier », a déclaré le président Aoun au début de la réunion du Conseil de défense. Il a cependant souligné que « le nombre de contaminations augmente, tout comme le nombre de décès dus à ce virus dangereux, ce qui nous oblige à maintenir ces mesures et à veiller plus strictement à leur application ». Le chef de l’État a rendu hommage au personnel soignant et salué les médecins et infirmiers décédés en accomplissant leur mission.
Le Premier ministre sortant a de son côté affirmé que « les mesures prises par le gouvernement ont fait du Liban le deuxième pays au monde à appliquer des dispositions aussi strictes pour lutter contre le virus ». Il a ensuite précisé que les demandes d’autorisation de sorties devraient continuer à être présentées via la plateforme électronique et qu’elles seraient étudiées de façon « attentive et responsable ». Le ministère de l’Intérieur avait lancé une plateforme réalisée en 24h la veille du bouclage total décrété le 14 janvier, afin que les citoyens souhaitant sortir demandent au préalable une autorisation en précisant le motif et la durée de leur déplacement.
Pour sa part, le général Mahmoud Asmar, secrétaire général du Conseil supérieur de défense, a annoncé à l’issue de la réunion que « le président de la République a également passé en revue les mesures mises en place pour augmenter le nombre de lits réservés aux malades du Covid-19 dans les hôpitaux et indiqué que les autorités cherchaient à les répartir dans les zones à forte densité de population et où le nombre de contaminations est élevé ».
Mercredi soir, la commission nationale chargée de la lutte contre le coronavirus avait recommandé une prolongation de deux semaines du bouclage strict du pays, censé se terminer le 25 janvier mais qui n’a toujours pas permis de baisser le nombre de contaminations et décès quotidiens, alors que le secteur hospitalier est saturé.
Afin d’enrayer une propagation de la pandémie devenue incontrôlable après les fêtes de fin d’année, les autorités avaient déjà annoncé un bouclage strict du Liban. Un couvre-feu est depuis instauré 24h/24 et l’état d’urgence sanitaire décrété. Seuls le personnel de santé, les journalistes, les militaires, les employés du secteur alimentaire et d’autres travailleurs jugés essentiels sont exemptés. Des mesures renforcées ont également été mises en place pour tous les passagers arrivant à l’aéroport de Beyrouth, notamment l’obligation de s’isoler pendant 72h dans un hôtel, dans l’attente des résultats des tests PCR effectués à l’arrivée, avec certaines exemptions annoncées lundi.
Du côté des scientifiques, les appels à une prolongation et un durcissement du confinement étaient unanimes. « Le bouclage est la clé, il est nécessaire de le prolonger », a estimé le président de l’ordre des médecins Charaf Abou Charaf à la chaîne LBCI. « Nous demandons aux forces de sécurité d’être plus strictes et quiconque met en danger la santé des citoyens devrait être jugé et mis en prison », a-t-il ajouté.
Même son de cloche chez le directeur de l’hôpital gouvernemental Rafic Hariri de Beyrouth, le Dr Firas Abiad : « La semaine dernière, le Liban a enregistré son bilan le plus sombre en termes de décès depuis le début de la pandémie. Une levée ou un assouplissement du bouclage dans le contexte actuel aura sûrement pour conséquence un effondrement du système de santé et fera davantage de morts », a-t-il mis en garde sur son compte Twitter. « C’est inacceptable et inconscient, la propagation doit être contenue. »

