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Moyen-Orient - Syrie

À Soueida, les habitants réclament la vérité sur la mort suspecte d’un jeune homme

Arrêté dans le sud-ouest de la capitale syrienne pour trafic de tabac de contrebande, Randy Houdaïfa, qui a succombé à ses blessures samedi dernier, aurait été abattu par une patrouille de sécurité du régime syrien.

À Soueida, les habitants réclament la vérité sur la mort suspecte d’un jeune homme

Sur cette photo, rendue publique par le site d’information Suwaida 24, des Syriens manifestent dans la ville de Soueida, le 9 juin 2020. Photo AFP/HO/Suwaida24

Ce sont deux versions totalement contradictoires qui circulent sur la mort de Randy Houdaïfa, jeune Syrien âgé de 22 ans originaire de la province de Soueida (sud de la Syrie) et qui vivait à Jaramana, ville située en banlieue de Damas. Selon le père du défunt qui s’est confié dimanche à la radio syrienne al-Madina FM, son fils aurait été arrêté à al-Soumaria, un quartier de la capitale, par une patrouille de sécurité du régime alors qu’il achetait du tabac à un trafiquant avant d’être violemment battu par cette dernière dans une voiture et jeté à la rue. « Mon fils est décédé après avoir été frappé par les officiers à la tête », a déclaré en pleurs Firas Houdaïfa avant d’ajouter : « L’affaire de mon fils fait l’objet d’un meurtre. Ils l’ont battu de sang-froid (...). Mon fils, ma main droite, ils l’ont coupée. » Selon le père endeuillé, Randy Houdaïfa aurait cherché à acheter du tabac pour le revendre dans le petit commerce qu’ils tenaient tous les deux dans la région de Jaramana. Son plan aurait été contrecarré par la patrouille de sécurité, qui l’aurait frappé jusqu’à ce qu’il perde connaissance et jeté dans la rue à ce moment-là.

Une version qui diffère largement de celle des autorités, qui ont indiqué, dans un compte-rendu publié par le gouvernement de Bachar el-Assad, que le jeune homme était décédé en se blessant grièvement après s’être jeté de la voiture pour échapper à son arrestation. Le régime soutient que les membres de la patrouille auraient amené le blessé à l’hôpital, ce que conteste Firas Houdaïfa, qui indique que son fils aurait été secouru par un agent de la circulation. Admis à l’hôpital al-Mouwassat à Damas, Randy Houdaïfa aurait passé 10 jours dans le coma avant de succomber à ses blessures, samedi dernier.Interviewé dimanche par la radio al-Madina FM, le directeur général de l’agence antiterroriste, Ammar Younous, a confirmé la version donnée par le gouvernement tout en assurant que la patrouille avait été suspendue dans l’attente d’une enquête et que l’affaire est actuellement portée devant la justice. Le père a nié le récit de ce dernier et a déclaré que son fils avait reçu des « coups de poing au poignet », démentant la version de la chute avancée par les autorités. Firas Houdaïfa a poursuivi en indiquant suivre le procès, malgré des menaces reçues par téléphone et une proposition de somme d’argent pour fermer les yeux sur le meurtre.

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Le correspondant à Damas du média al-Etihad Press a également indiqué que le dossier « Randy » à l’hôpital al-Mouwassat avait intentionnellement été dissimulé dimanche. « La patrouille n’a pas été en mesure d’arrêter la personne qui vendait des cigarettes de contrebande alors elle a emmené la personne qui essayait de gagner sa vie. Par ailleurs, le commandant de la police a déclaré que la patrouille avait hospitalisé Randy à l’hôpital al-Mouwassat de Damas, qui est loin d’al-Soumaria, ce qui démontre qu’ils n’avaient que faire de ce dernier », explique Souhail al-Ghazi, chercheur et activiste de l’opposition syrienne, interrogé par L’Orient-Le Jour. « C’est un épisode de plus du régime qui ferme les yeux sur les criminels affiliés aux milices, mais tente de faire appliquer la loi sur les pauvres quelle que soit leur secte », ajoute le chercheur. Certains habitants de Soueida avancent que le jeune homme aurait été arrêté pour non-paiement de redevances et de pots-de-vin aux membres de la patrouille.

Gagne-pain

Sur les réseaux sociaux, la mort de Randy Houdaïfa n’est pas passée inaperçue et a même été dénoncée par des partisans du président syrien. Plusieurs pages Facebook, en particulier tenues par des Syriens originaires de Soueida, ville natale de la victime, ont réclamé justice après ce meurtre. « Mort d’un martyr, assassiné pour gagner sa vie par les mains de traîtres injustes », indique l’une de ces pages. La militante et partisane de Bachar el-Assad, Nada Mashriki, s’est également interrogée, sur son site d’information hébergé sur Facebook, sur la véritable raison de l’arrestation de Randy Houdaïfa, à la recherche de tabac pour « gagner sa vie pour la journée ». Les habitants dénoncent régulièrement l’inaction du régime qui s’en prend aux victimes au lieu des responsables de trafic de drogue. « L’affaire suscite un mécontentement généralisé car elle implique la mort d’un jeune homme qui ne possède qu’un petit magasin de tabac, seule source de revenus de la famille », observe Souhail al-Ghazi.

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À la recherche d’un seul gagne-pain, la situation du jeune homme fait écho à celle de nombreux autres habitants de Soueida. De nombreuses manifestations anti-Assad avaient secoué la province druze l’été dernier pour dénoncer les conditions de vie misérables de la population. Plusieurs affaires similaires ont par ailleurs prouvé que des membres du régime y étaient mêlés. « La police des douanes a effectué des raids similaires dans la ville d’Alep, ce qui a provoqué la colère d’hommes d’affaires et de commerçants jusqu’à ce que les douanes décident d’arrêter ces raids, qui sont illégaux. Les propriétaires de magasins mobiles ont déclaré que lors de ces patrouilles douanières figuraient des hommes affiliés à Khader Ali al-Taher (Abou Ali Khader) qui tente maintenant de contrôler le marché des téléphones mobiles en Syrie via la société Emmatel et qui est un proche de Maher el-Assad, commandant en chef de la 4e division blindée », ajoute Souhail al-Ghazi.


Ce sont deux versions totalement contradictoires qui circulent sur la mort de Randy Houdaïfa, jeune Syrien âgé de 22 ans originaire de la province de Soueida (sud de la Syrie) et qui vivait à Jaramana, ville située en banlieue de Damas. Selon le père du défunt qui s’est confié dimanche à la radio syrienne al-Madina FM, son fils aurait été arrêté à al-Soumaria, un quartier de la...

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