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Éclairage

Nouvelles manifestations anti-Assad à Soueida

Les habitants dénoncent des conditions de vie misérables, liées à la chute de la livre, mais n’épargnent plus le régime syrien.

Nouvelles manifestations anti-Assad à Soueida

Des manifestants à Soueida mardi, chantant des slogans contre le régime syrien. Photo AFP

En quelques mois, le ton des protestations à Soueida a changé. Des manifestations avaient éclaté dans la province du Sud syrien en début d’année pour dénoncer les conditions économiques désastreuses. Aujourd’hui, comme en 2011, des appels à faire tomber Bachar el-Assad se font désormais entendre. « On ne manifeste pas uniquement contre la faim, mais pour changer ce régime corrompu tout entier. On n’en peut plus, c’est un cri de désespoir », confie Rawad, un manifestant, contacté par L’Orient-Le Jour via WhatsApp. Cet homme de 35 ans est sans emploi depuis plusieurs mois à cause de la crise et des mesures de confinement liées au coronavirus.

Cette région située au sud de Damas, et contrôlée par le régime, est le cœur syrien de la minorité druze qui est restée neutre durant le conflit. En janvier, la dépréciation de la livre syrienne était alors arrivée à un record avec un taux sur le marché noir de plus de 1 000 LS pour un dollar. Aujourd’hui, le billet vert s’arrache désormais à 3 000 LS, soit plus de quatre fois le taux officiel, fixé en mars par la Banque centrale à 700 livres pour un dollar. Avant la guerre, un dollar valait 47 livres. Depuis quatre jours consécutifs, des dizaines d’habitants de Soueida sont dans la rue pour crier leur colère contre une flambée des prix due à cette dégringolade inédite. Pour les habitants des régions sous contrôle de l’État, la survie se mesure en termes économiques et sociaux. Très vite, des revendications plus politiques ont émergé parmi les protestataires rassemblés devant le siège de la mohafazat, puis dans les rues de la ville. Au-delà de la chute de la livre, qui est le principal détonateur de la colère, d’autres facteurs entrent en jeu.

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« Les récents incendies de champs agricoles dans la province de Soueida ont mis en colère les habitants en raison de la lenteur de la réaction du gouvernement et de son incapacité à protéger la zone », explique Souheil el-Ghazi, chercheur et activiste de l’opposition syrienne, contacté par L’OLJ. « Des vidéos prises par des soldats du régime incendiant des champs de blé ont circulé il y a quelque temps. Ils sont fiers de leurs crimes. Le gouvernement ne veut pas que la région soit autosuffisante en pain, pour obliger les gens à se tourner vers les importations de blé iranien », raconte Rami, un activiste originaire de Soueida, réfugié au Liban. Les tensions persistent également avec les milices locales à Deraa, constituées par d’anciens groupes de l’opposition retournés dans le giron du régime après les accords de réconciliation de la région à l’été 2018. « De nombreux habitants de Soueida estiment que le régime ne fait pas assez pour arrêter les exactions de ces milices et les trafics de drogue », poursuit Souheil el-Ghazi.

Dimanche, les manifestants ont entonné « révolution, liberté, justice sociale » ou encore « la Syrie veut la liberté », non sans rappeler les premières heures du soulèvement de 2011 contre le pouvoir en place. Une vidéo relayée mardi par le média local Soueida24 montrait des dizaines de manifestants dans les rues du chef-lieu de la province appelant à la libération des prisonniers politiques et scandant « le peuple veut la chute du régime ». « Personne ne nous fera taire », lance un jeune homme.

Ces manifestations sont les plus importantes dans la ville depuis 2011. Hier, quelques dizaines de personnes, hommes et femmes, se sont réunis sur la place al-Fakhar pour dénoncer la corruption et réclamer le départ de Bachar el-Assad, des Iraniens, du Hezbollah et des Russes. Ils ont également appelé à la libération de Raed el-Khatib, un activiste arrêté la veille par les forces de sécurité. « Hier, nous sommes descendus pour lui, car nous ne savons rien de son sort. Les forces sécuritaires ont dispersé les militants et alors que je rentrais chez moi, quatre policiers en civil mais armés m’ont tabassé. Des passants sont venus à ma rescousse, sinon j’aurais été emporté comme Raed », raconte Rawad, qui a été blessé à la tête.

« On veut vivre »

Le régime cherche à intimider les militants afin d’éviter que les manifestations se généralisent. « Ils se moquent du nombre de gens dans la rue ou tentent de qualifier ces manifestations de “protestations contre la faim” », raconte Rami. Tant que des slogans tels que « On veut vivre » sont brandis, les forces sécuritaires n’ont pas immédiatement recours à la répression. Hier, des photos montrant des doigts d’honneur en direction de portraits de Bachar el-Assad affichés à Soueida circulaient sur les réseaux sociaux. « Le régime essaie également de pousser les dirigeants religieux druzes à dénoncer les manifestations, mais il n’a pas encore pu tous les réunir », explique Souheil el-Ghazi. Yasser*, un chef d’une des factions armées druzes, confiait à L’OLJ en avril se ranger derrière les manifestants et avoir envoyé un message au régime qu’ils « seraient prêts à répondre s’ils sont attaqués ».

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Pour tenter de contrer l’impact de ces manifestations au sein de leur base, les autorités locales ont lancé hier une contre-manifestation devant le bâtiment du gouvernorat pour condamner les sanctions américaines, notamment celles liées à la loi César, qui devront entrer en vigueur le 15 juin. Une mise en scène classique du gouvernement syrien. Dans un enregistrement audio, qui a circulé hier, la chef de l’Union nationale des étudiants syriens à Soueida ordonnait aux étudiants de se joindre à la manifestation progouvernement d’hier matin, sous peine de sanctions. « La protestation prorégime montre que le gouvernement utilise les mêmes vieilles tactiques d’intimidation, en montrant un soutien local. On peut s’attendre à une augmentation des incidents sécuritaires pour faire croire aux gens que l’opposition en est responsable », déplore Souheil el-Ghazi. « Même si les gens sont habitués à ces méthodes, laisseront-ils leurs proches se rendre à une manifestation s’il y a des rumeurs d’attentats dans la ville? » confie Rami. Une photo, dont L’Orient-Le Jour n’a pu vérifier l’authenticité, circulait hier sur les réseaux sociaux. On y voit la statue de Hafez el-Assad recouverte d’un drapeau syrien et cachée par les autorités dans la cour d’un poste de police de Soueida. Vingt ans jour pour jour après la mort de l’ancien président syrien, le régime craignait-il que les manifestants la déboulonnent ?

*Le prénom a été changé.


En quelques mois, le ton des protestations à Soueida a changé. Des manifestations avaient éclaté dans la province du Sud syrien en début d’année pour dénoncer les conditions économiques désastreuses. Aujourd’hui, comme en 2011, des appels à faire tomber Bachar el-Assad se font désormais entendre. « On ne manifeste pas uniquement contre la faim, mais pour changer ce...

commentaires (5)

Je crois que Assad va bientôt se faire dégager il a fait tout le sale boulot maintenant il est temps de changer le régime tout en conservant la structure de l'état afin de reconsteuire la Syrie et ramener les réfugiés

Liban Libre

16 h 11, le 11 juin 2020

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Je crois que Assad va bientôt se faire dégager il a fait tout le sale boulot maintenant il est temps de changer le régime tout en conservant la structure de l'état afin de reconsteuire la Syrie et ramener les réfugiés

    Liban Libre

    16 h 11, le 11 juin 2020

  • Assad is a dead man walking ..poutine en a déjà assez de colmater les brèches et investir dans ce régime pourri.,qui, et la situation économique le montre, n'a aucune chance de lui rendre son investissement

    Liban Libre

    16 h 09, le 11 juin 2020

  • On le disait quand certains jubilaient du fait qu’Assad ai gagner la guerre !!!

    Bery tus

    15 h 22, le 11 juin 2020

  • CA VA ALLER DE NOUVEAU MAL EN SYRIE SURTOUT AVEC LA NOUVELLE LOI AMERICAINE DES NOUVELLES SANCTIONS CONTRE TOUS CEUX QUI AIDENT OU S,APPROCHENT DU REGIME SYRIEN QUI QU,ILS SOIENT... ET IL Y EN A UN TAS DES NOTRES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 06, le 11 juin 2020

  • On dirait qu'ils n'en ont pas assez de la guerre !

    Chucri Abboud

    02 h 35, le 11 juin 2020