Rechercher
Rechercher

Hommage

Massoud, mon ami, mon frère...

J’aurais peut-être dû utiliser le passé mais, même s’il est parti physiquement, il sera toujours présent pour sa famille et pour ses amis, de même qu’il restera le cauchemar des gens malhonnêtes et de ceux qui ne veulent nul bien à son Liban. Le « Poussy » légende ne mourra jamais, et restera toujours présent le père, le résistant, le chef et l’ami qui, même dans la pire horreur des combats et les circonstances les plus difficiles, ne s’est jamais départi de sa cause sacrée, de ses valeurs et surtout de son humanité.

Je l’ai connu étudiant au sein de la même université, puis chef et camarade de combat alors que je sortais progressivement de mon cocon de fils à papa de bonne famille dans lequel j’avais vécu jusque-là, ignorant tout de la vie et des dangers qui menaçaient notre existence. Entouré de personnes triées sur le volet, il a réussi à en faire une unité d’élite qui a fonctionné comme une grande famille unie jusqu’à aujourd’hui, du fait du charisme de son commandant-ami, de ses qualités de chef soucieux du bien-être et de la sécurité de chacun de ses coéquipiers, et de par le sang des amis perdus au combat. Sa petite famille fondée par la suite a été entièrement adoptée par la grande, et vice versa.

Avec eux tous, il a rêvé et fait rêver. Rêvé d’un Liban idyllique, souverain, libre de toute ingérence étrangère, dirigé par une méritocratie alliant compétence, engagement et honnêteté. Dans son commandement de Beyrouth au sein des Forces libanaises de Bachir, il s’est toujours efforcé d’être le chef militaire, mais également le bâtisseur d’un modèle où la résistance et son commandement étaient à l’écoute et au service de la population. Il a été accusé d’être un adepte du Petit Prince de Saint-Exupéry par ceux qui croyaient que le Prince de Machiavel était plus adapté à la situation.

Les combats meurtriers terminés, la guerre pour lui et ceux qui l’entouraient n’était pas finie. Loin d’accepter les faits accomplis, le rêve de gagner la paix, de bâtir et de reformer envers et contre tout n’était nullement anéanti. Armé de sa foi, de son courage, de sa loyauté, de son humanisme et de ses amis, il a poursuivi le combat. Son premier combat a été celui de la dignité et du bien-être de son entourage, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit : hôpitaux, médicaments, loyers, emplois, démêlés avec les administrations, et j’en passe énormément… J’oserais dire que c’était l’homme des huit béatitudes de l’Évangile, donnant avec amour sans jamais rien attendre en retour, même à ceux par lesquels il avait été parfois trahi, sacrifiant son temps, son énergie et sa famille, puisant dans ses ressources parfois au-delà de ses moyens, sinon sollicitant celles de ses amis et des nombreuses personnes qui avaient aveuglément confiance en lui.

Politiquement, nul parti ou mouvement n’a pu, après Bachir, recueillir sa confiance et son adhésion, même ceux qui ont cru pouvoir l’instrumentaliser à un moment ou à un autre. Certaines tentatives ont eu lieu, mais elles ont très vite tourné court face à un personnage qui a toujours voulu garder sa liberté de penser et d’agir, quel que soit le prix à payer. Nous, ses amis et proches, pouvons le certifier. Ceux qui pensent autrement ont malheureusement mal compris.

Comment dire adieu au frère qui nous a laissé le devoir moral de continuer inlassablement la lutte dans cette même direction, de garder vivants son héritage moral et ses réalisations, qui nous a toujours voulus unis et qui nous a demandé de veiller sur sa petite famille qui a rejoint la grande pour ne plus faire qu’une seule ?

Comment Achrafieh, Rmeil, Saïfi et Medawar vont-ils vivre le vide laissé par ce sourire paternel bienveillant dont la voiture s’arrêtait tous les 10 mètres pour saluer ou prendre des nouvelles ?

Va donc en paix mon cher ami. Va donc retrouver ceux qui parmi nous sont partis plus tôt au cours du combat et qui t’ont beaucoup manqué depuis. Je suis certain que tu pourras être encore plus efficace de là-haut que tu n’aurais pu l’être ici-bas. Tu sauras sans aucun doute trouver les mots qui convaincront notre Seigneur de renouveler – sans trop tarder si possible – le miracle qui a si souvent sauvé notre pays dédié à sa sainte mère, en dépit des exactions de ses habitants. De notre part, confiants dans la Providence divine, nous ne baisserons pas les bras et continuerons à espérer et à œuvrer comme nous l’avons toujours fait ensemble, même lors des moments désespérants où tout semblait perdu.



J’aurais peut-être dû utiliser le passé mais, même s’il est parti physiquement, il sera toujours présent pour sa famille et pour ses amis, de même qu’il restera le cauchemar des gens malhonnêtes et de ceux qui ne veulent nul bien à son Liban. Le « Poussy » légende ne mourra jamais, et restera toujours présent le père, le résistant, le chef et l’ami qui, même dans...