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Moyen-Orient - Éclairage

En Arabie saoudite, un médecin saoudo-américain condamné malgré les pressions de Washington

Walid Fitaihi, médecin, conférencier et animateur de télévision comptant des millions de followers sur les réseaux sociaux, doit purger une peine de six ans de prison.


En Arabie saoudite, un médecin saoudo-américain condamné malgré les pressions de Washington

Walid Fitaihi, médecin, conférencier motivateur et animateur de télévision comptant des millions de followers sur les réseaux sociaux, doit purger une peine de six ans de prison en Arabie saoudite. Capture d’écran provenant d’une photo sur le site web du médecin

Alors que les militants saoudiens des droits humains ne cessent de dénoncer les dérives du royaume, Riyad continue d’accentuer la répression contre les voix dissidentes. En dépit des pressions de l’administration Trump, une cour saoudienne a condamné mardi Walid Fitaihi, un médecin saoudo-américain, à six ans de prison ainsi qu’à une interdiction de voyage de la même durée. L’implication de Washington dans ce dossier tranche avec la ligne politique qui a dominé depuis 2016 – bienveillante vis-à-vis des autocrates du monde arabe – et s’explique par la double nationalité du principal concerné. Officiellement, les autorités saoudiennes accusent Walid Fitaihi d’avoir critiqué d’autres États arabes dans ses publications sur Twitter ainsi que d’avoir obtenu la citoyenneté américaine sans l’autorisation préalable de Riyad. « Une règle rarement appliquée », commente pour L’Orient-Le Jour Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient/Afrique du Nord au sein de Human Rights Watch.

La condamnation du médecin intervient à peine trois semaines après la tenue du sommet du G20 sous l’égide du royaume qui a tenté de se saisir de cette opportunité pour redorer le blason de la couronne, sérieusement écorné depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans l’enceinte du consulat de son pays à Istanbul en 2018. La sentence prononcée contre M. Fitaihi est également concomitante au dépôt en début de semaine, par les avocats du prince héritier Mohammad ben Salmane, d’une requête rejetant la plainte selon laquelle MBS aurait ordonné à une équipe spéciale d’assassiner un ancien responsable du renseignement national. Les avocats pointent l’absence de preuves derrière ces allégations et insistent sur l’immunité du dauphin contre toute accusation devant un tribunal américain. Elle survient également à quelques semaines de la prestation de serment de Joe Biden, qui a promis de faire preuve d’une plus grande fermeté vis-à-vis des dictatures régionales. « L’Arabie saoudite tente d’envoyer le message qu’elle ne se pliera pas aux pressions d’autres pays qui l’exhortent à mettre fin aux abus généralisés contre les citoyens saoudiens qui critiquent MBS ou les politiques de l’État », avance Adam Coogle. « Riyad se rend compte qu’il va subir la pression de l’administration Biden concernant un certain nombre de dossiers. Avec cette condamnation – et en renvoyant également le cas de Loujain al-Hathloul devant le tribunal spécial pour le terrorisme –, il signale que ses affaires intérieures sont hors de portée », indique de son coté Kristin Diwan, chercheuse à l’Arab Gulf States Institute à Washington.

« Empirer les choses »

M. Fitaihi avait été arrêté en 2017 dans le cadre de la campagne anticorruption orchestrée par MBS qui a pris au piège des centaines de membres de la famille royale, de ministres et d’hommes d’affaires en les détenant à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad. Initialement, le médecin avait été accusé de financement du terrorisme, une charge dont il a finalement été acquitté. Selon un article du New York Times datant de mars 2019, M. Fitaihi aurait été principalement interrogé au sujet d’un parent par alliance également détenu – Adel Fakeih –, ancien haut assistant du prince héritier.

Inculpé puis libéré en juillet 2019, M. Fitaihi a confié à ses proches avoir été torturé par chocs électriques et coups de fouet. Malgré sa libération, il lui a été défendu de quitter l’Arabie saoudite alors que son procès se poursuivait. Une interdiction également élargie à l’ensemble de sa famille, à savoir son épouse et ses six enfants – bien qu’ils soient tous détenteurs de la nationalité américaine – en plus d’un gel de leurs avoirs.

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Arrivé aux États-Unis dans les années 1980 pour y étudier, puis travailler, Walid Fitaihi est ensuite retourné au royaume wahhabite en 2006 pour y diriger un hôpital privé construit par sa famille dans la ville de Djeddah. Conférencier motivateur et animateur de télévision comptant des millions de followers sur les réseaux sociaux, le médecin bénéficie d’une popularité certaine. Régulièrement, il faisait la navette entre ces deux pays. Selon une source familiale citée par Reuters, le père de famille aurait conseillé le ministère saoudien de la Santé sur la pandémie liée au coronavirus entre les audiences. Le département d’État américain a fait part de sa « déception », ajoutant « rechercher une compréhension complète du jugement » et rappelant engager continuellement Riyad « sur la voie des réformes des droits humains, y compris sur la nécessité d’autoriser la liberté d’expression et l’activisme pacifique ». Le secrétaire d’État Mike Pompeo a déclaré en octobre avoir discuté de l’affaire avec son homologue saoudien, le prince Faisal bin Farhan, et requis la levée de l’interdiction de voyager contre le médecin et sa famille. « C’est un très mauvais signe lorsque même quand votre plus proche allié soulève le problème, vous en faites fi », résume Safa al-Ahmad, directrice de l’ONG ALQST établie à Londres qui documente les atteintes aux droits humains en Arabie saoudite.

« Dans un entretien accordé à Jackson Diehl, éditorialiste au Washington Post, le médecin évoque son influence comme l’une des possibles raisons derrière l’acharnement de la justice saoudienne. Ils n’arrêtaient pas de me demander : “Pourquoi avez-vous autant de followers ?” », a-t-il ainsi confié à son interlocuteur, ajoutant : « Pour eux, le fait que je sois américain n’a fait qu’empirer les choses. » Outre Walid Fitaihi, deux autres ressortissants américains sont aujourd’hui détenus en Arabie saoudite. Il s’agit de Salah al-Haïdar, le fils d’une militante saoudienne des droits des femmes renommée et du médecin et écrivain Bader al-Ibrahim.


Alors que les militants saoudiens des droits humains ne cessent de dénoncer les dérives du royaume, Riyad continue d’accentuer la répression contre les voix dissidentes. En dépit des pressions de l’administration Trump, une cour saoudienne a condamné mardi Walid Fitaihi, un médecin saoudo-américain, à six ans de prison ainsi qu’à une interdiction de voyage de la même durée....

commentaires (2)

Entre l'Arabie Seoudite et l'Iran mon cœur balance , tous les deux pays autoritaires et malveillants

Eleni Caridopoulou

17 h 50, le 10 décembre 2020

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Commentaires (2)

  • Entre l'Arabie Seoudite et l'Iran mon cœur balance , tous les deux pays autoritaires et malveillants

    Eleni Caridopoulou

    17 h 50, le 10 décembre 2020

  • Une fois que Trump quitte la maison blanche, le prince héritier saoudien ne bénéficiera d'aucune couverture avec Biden, très correct avec les droits et la justice.

    Esber

    17 h 04, le 10 décembre 2020

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