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Entretien

Riad Obegi : « Art blessé, art vivant »

Parmi les nombreux projets culturels et artistiques soutenus par la Banque BEMO, une exposition tout à fait inédite, l’« Art blessé », expression artistique nouvelle qui s’inspire à la fois de la technique réparatrice du kintsugi et de la thérapie des traumatismes. Cet événement, dirigé par Jean-Louis Mainguy, se tiendra à la Fondation Audi à partir du 16 décembre. Interview du président de la banque.

Riad Obegi : « Art blessé, art vivant »

Riad Obegi : « Ce n’est pas seulement l’art qui imite la vie, mais aussi la vie qui pourrait imiter l’art. » Photo DR

L’idée de cette exposition vous est-elle venue après la double explosion du 4 août dans le port de Beyrouth ?

Oui. Ce drame a laissé en nous des plaies béantes : des personnes chères que nous avons perdues, des blessures physiques parfois, souvent des traumatismes psychologiques et, bien entendu, des destructions matérielles. L’art aussi a souffert. Des artistes ont été blessés ou laissés en état de choc, des œuvres et des ateliers ont été endommagés.

En quoi consiste exactement ce projet ?

Il consiste à présenter trois types d’œuvres : les premières directement inspirées par la catastrophe, les deuxièmes abîmées, non restaurées mais rehaussées par une certaine présentation (un éclairage particulier, une œuvre musicale, un texte…), et les troisièmes transformées par un geste artistique.

Pouvez-vous donner un exemple concret ?

La toile de Tom Young, représentant l’hôtel Holiday Inn détruit pendant la guerre du Liban, a subi des déchirures, d’ailleurs à l’endroit même des destructions sur le tableau. Sous la direction de Tom, Claudette, couturière à Gemmayzé dont l’atelier a été soufflé et qui a été également blessée, est intervenue sur la toile en la recousant comme s’il s’agissait d’un tissu. L’œuvre est donc aujourd’hui différente de ce qu’elle était à l’origine. Elle représentait la guerre du Liban telle que la voyait le peintre. Maintenant, grâce aux mains de Claudette, elle incarne aussi son traumatisme et celui de toutes les autres victimes. Cela en fait une œuvre beaucoup plus riche et complexe. Surtout, au lieu de disparaître, elle a évolué, et aujourd’hui, elle est le témoin vivant de la victoire de la vie sur la mort. Cette conception nouvelle de la vie d’une œuvre est tout à fait singulière et son message est universel.

Vous envisagez ce projet à travers trois perspectives...

Oui, tout d’abord la perspective purement artistique. Une œuvre subit un dommage, est l’objet d’une intervention, et elle en ressort amplifiée. Puis la perspective humaniste. Ce qui peut transformer l’art peut aussi transformer l’humain : ne pas occulter le drame, mais ne pas en faire ostentation. Plutôt l’utiliser pour aller au-delà et se transformer en tant qu’individu et en tant que nation. L’œuvre est meilleure aujourd’hui, donc l’humain peut également le devenir. Ce n’est pas seulement l’art qui imite la vie, mais aussi la vie qui pourrait imiter l’art. La troisième perspective de ce projet est plus prosaïquement économique. La double explosion a causé d’immenses dégâts matériels, et, en offrant une nouvelle option aux objets d’art endommagés, ils en sont automatiquement revalorisés.

Un artiste accepte-t-il facilement que son œuvre soit transformée par quelqu’un d’autre ?

C’est un point-clé. Le message consiste aussi à mettre l’ego de côté, accepter la médiation de l’autre et œuvrer ensemble pour le bien commun. Claudette a transformé l’œuvre du peintre. Tom et elle ont ainsi sublimé l’œuvre initiale et dépassé les réserves habituelles des artistes.

Comment ont été sélectionnées les œuvres ?

Un comité dirigé par Jean-Louis Mainguy a été constitué, composé d’artistes et d’amateurs d’art.

Votre ambition est-elle de transcender par l’art les conséquences du mal ?

En mémoire de la catastrophe et par fidélité aux victimes, il ne suffit pas de panser les blessures et d’occulter l’événement, nous avons l’obligation de renaître plus vivants et meilleurs. Notre espoir est que cette manifestation artistique contribuera à éclairer le chemin de chacun d’entre nous dans sa reconstruction pour que jamais nous n’oubliions et jamais nous n’abandonnions.


L’idée de cette exposition vous est-elle venue après la double explosion du 4 août dans le port de Beyrouth ? Oui. Ce drame a laissé en nous des plaies béantes : des personnes chères que nous avons perdues, des blessures physiques parfois, souvent des traumatismes psychologiques et, bien entendu, des destructions matérielles. L’art aussi a souffert. Des artistes ont été...

commentaires (2)

Les banquiers devraient plus s'occuper de voir comment permettre aux déposants d'avoir accès à leur argent.

carlos achkar

17 h 43, le 30 novembre 2020

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Commentaires (2)

  • Les banquiers devraient plus s'occuper de voir comment permettre aux déposants d'avoir accès à leur argent.

    carlos achkar

    17 h 43, le 30 novembre 2020

  • Que Dieu vous garde et protège les hommes de bonne volonté comme vous et tous ceux qui œuvrent à améliorer le quotidien des libanaises et des libanais, en essayant, à travers l’art, de leur faire oublier un tant soit peu la tristesse dans laquelle nous vivons tous ici sur cette terre appelée dans la bible: Terre de lait et de miel. Merci merci Monsieur Obégi pour votre grand cœur et votre engagement

    Khoury-Haddad Viviane

    09 h 10, le 30 novembre 2020