Rechercher
Rechercher

Un peu plus

Lockdown moubarak

Lockdown moubarak

Photo Bigstock

C’est reparti pour un tour. Deux semaines de confinement, de pair, impair, de couvre-feu. Rebelote, on va s’enfermer, ne plus voir nos proches. Les enfants suivent à nouveau leurs cours en distanciel. Pareil pour leurs parents qui se retrouvent, une fois de plus, collés à leurs écrans pour des réunions sur Zoom qui n’en finissent pas. Heureusement que l’automne est là, que le soleil se couche vers 17h et que le temps ne donne pas vraiment envie de mettre le nez dehors. Sauf que lockdowns partiels après lockdowns partiels, red zones, couvre-feux à des horaires différents, ouverture/fermeture des restaurants et autres bars ont fini par nous rendre chèvre. Ou bouc, c’est au choix.

Le plus surprenant dans cette histoire de pandémie, c’est comment, quasiment, toute la population mondiale s’est imposée une servitude volontaire. Étienne de la Boétie l’a très bien définie dans son ouvrage éponyme, cette servitude volontaire est la suivante : afin de dissimuler l’absence de légitimité des gouvernants, les régimes se fondent sur la peur. C’est exactement notre situation au Liban. Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est la passivité des peuples depuis presque un an. Il aura suffi que des comités scientifiques, accompagnés des appareils administratifs, nous mettent en garde pour que l’on se plie à la privation de nos libertés. Contaminations et morts ont engendré une peur sans précédent. La peur de l’autre en particulier. Et on s’est laissé faire. On nous a infantilisés et on s’est laissé faire. On nous a dicté nos comportements, enfermés chez nous, donné des directives drastiques… et on s’est laissé faire. Mais quelle autre option avions-nous ? Aucune. On a tout accepté. Le port du masque, le lavage des mains à outrance, les sanitizers, les produits ménagers, le Dettol, les gants, la distanciation, les 50% de capacité dans les lieux publics, les autorisations pour sortir, l’interdiction de sortir le dimanche, l’annulation des célébrations religieuses et des fêtes, la disparition des boîtes de nuit, des clubs, des salles de concert, des théâtres et des cinémas, l’impossibilité de faire du shopping physique, la difficulté de se réunir entre amis, et j’en passe. Sans compter le brouillard de l’arbitraire : ici, on ouvre, là, on ferme. Les supermarchés sont ouverts, Souk el-ahad aussi, mais pas les magasins d’électroménager. En France, on ferme les librairies, mais on laisse ouvertes les grandes surfaces ou les blanchisseries. Au Liban, avant le reconfinement, on ferme les écoles mais pas les restaurants ; on isole Antélias et Zalka, mais pas Jal el-Dib. Puis, une fois encore, on alterne la circulation alors qu’on n’a pas le droit de se mouvoir.

On a tout accepté sans broncher. Se coltinant une multitude de PCR payants et la restriction dans la vente des médicaments, ainsi que la pénurie de certains aliments, sans parler de la flambée des prix. Si la population mondiale s’est retrouvée infantilisée du jour au lendemain, au Liban, on a inventé le concept. On fait la queue devant le guichet des banques en se faisant tour à tour humilier ou gronder, sans oublier le ricanement des employés face à une demande, oh combien légitime. On s’est vus obligés de changer nos habitudes de consommation pour moult raisons. On s’est cloîtrés sans aucune perspective d’avenir. On a assisté à l’impossibilité d’envoyer nos enfants étudier à l’étranger, ou de s’y rendre, faute de cartes de crédit. On a réalisé sans ciller la fuite des dollars de personnes pistonnées ou bien placées. On a toléré la corruption, l’absence de justice, l’opacité sur les raisons de l’explosion du 4 août. On s’est pris dans la gueule les menaces, la violence des forces de sécurité, une justice inscrite aux abonnés absents, sans chercher à se révolter à part aux premières lueurs de la révolution d’octobre dernier. Et nous voilà, aujourd’hui, contraints de nous isoler, ne sachant pas quand ce cauchemar éveillé prendra fin. Sans voir la lumière au bout du labyrinthe. Nous allons rester enfermés en attendant un miracle ou Godot. Pauvres nous, pauvres créatures que nous sommes devenus.


C’est reparti pour un tour. Deux semaines de confinement, de pair, impair, de couvre-feu. Rebelote, on va s’enfermer, ne plus voir nos proches. Les enfants suivent à nouveau leurs cours en distanciel. Pareil pour leurs parents qui se retrouvent, une fois de plus, collés à leurs écrans pour des réunions sur Zoom qui n’en finissent pas. Heureusement que l’automne est là, que le...

commentaires (0)

Commentaires (0)