Rechercher
Rechercher

Ethiopie

Le gouvernement affirme avoir "libéré" une partie du Tigré


Le gouvernement affirme avoir

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, à Addis Abeba, le 7 décembre 2019. Photo REUTERS/Tiksa Negeri

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a assuré jeudi que l'armée avait "libéré" une partie du Tigré, région dissidente où elle mène depuis le 4 novembre une opération contre les autorités régionales, qui a poussé plus de 11.000 personnes à fuir au Soudan voisin.

M. Abiy affirme avoir lancé cette intervention pour rétablir des "institutions légitimes" dans cette région du Nord du pays, dirigée de longue date par le Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF), après les attaques de deux bases de l'armée éthiopienne par les forces du TPLF, que ce dernier dément. "La zone du Tigré occidental a été libérée. L'armée fournit de l'aide humanitaire dans cette zone", a déclaré sur Facebook le Premier ministre, Prix Nobel de la paix en 2019. Le Tigré occidental est l'une des six zones administratives que compte la région, en plus de la "capitale" régionale Mekele, située dans l'Est.

M. Abiy a également affirmé que l'armée avait pris le contrôle de la localité de Sheraro, dans la zone administrative voisine. Accusant les forces du TPLF de "cruauté", il a affirmé que les "corps de soldats exécutés, pieds et poings liés" y avaient été découverts.

Le TPLF n'a pas réagi jeudi aux diverses affirmations du Premier ministre, que le blackout sur les communications dans la région et les restrictions aux déplacements des journalistes rendent impossible à vérifier de source indépendante.

Don du sang

A Addis Abeba, 242 personnes accusées de "complot" au profit du TPLF ont été arrêtées et ces derniers jours "18 grenades et bombes (...) 174 armes à feu et 4.000 munitions" saisies, a annoncé jeudi à la télévision publique EBC le chef de la police de la capitale fédérale, Getu Argaw.

Répondant à l'appel des autorités, soucieuses d'afficher le soutien de la population à l'opération militaire en cours, des centaines d'habitants de la capitale ont commencé jeudi à donner leur sang. "Le but de ce don de sang est de montrer notre respect pour notre armée", a expliqué, en se pliant à l'exercice, la maire d'Addis Abeba, Adanech Abebe. Elle l'affirme: la population éthiopienne - une mosaïque ethnique - fait front uni contre le TPLF, parti de la minorité tigréenne (6% des plus de 100 millions d'Ethiopiens). Un soutien difficile à évaluer. Mais la toute-puissance du TPLF durant les presque 30 ans passés aux commandes des structures politiques et sécuritaires en Ethiopie a créé un fort ressentiment à son égard, notamment au sein des deux principales ethnies du pays, les Oromo et Amhara.

Progressivement mis à l'écart par M. Abiy - un Oromo - depuis qu'il est devenu Premier ministre en 2018 à la faveur d'une contestation populaire, le TPLF défie depuis plusieurs mois le gouvernement fédéral. Il a notamment organisé en septembre un scrutin au Tigré, jugé "illégitime" par Addis Abeba.

"Civils pris entre deux feux"

Si l'étendue des combats et leur bilan sont pour l'heure inconnus, l'armée éthiopienne a affirmé avoir mené plusieurs raids aériens sur des objectifs militaires, notamment "des dépôts d'armes et de carburants".

Au début de l'opération, l'aviation éthiopienne a notamment visé des cibles proches de Mekele, avait raconté mercredi à l'AFP un habitant, évoquant les réseaux de télécommunications coupées, les banques fermées et les gens stockant de la nourriture.

Dans un rapport publié mercredi, le Bureau des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) a averti que "nourriture, médicaments et autres approvisionnements d'urgence n'ont aucun moyen d'arriver dans la région" pour le moment et s'est dit "de plus en plus inquiet pour la protection des civils (...) pris entre deux feux" au Tigré.

Près de 11.000 Ethiopiens ont franchi la frontière avec le Soudan pour fuir les combats, selon l'agence soudanaise chargée des réfugiés. Selon un photographe de l'AFP dans la région soudanaise de Hamdaït, frontalière avec l'Ethiopie, les réfugiés, pour la plupart des femmes, des jeunes et des enfants, arrivent en vélo, en rickshaw - un tricycle motorisé ou non -, mais surtout à pied, et semblent totalement épuisés.

Des centaines de personnes attendaient encore côté éthiopien de la frontière de pouvoir traverser la rivière séparant les deux pays. Face à cet afflux, les autorités soudanaises ont rouvert jeudi un camp ayant accueilli dans les années 1980 ceux fuyant la famine en Ethiopie.

Après l'Union africaine (UA) mardi, le Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok a appelé mercredi les belligérants en Ethiopie à "cesser les combats" et à entamer des négociations. Mais le cabinet de M. Abiy a répété jeudi que "les négociations n'ont de sens qu'avec de la bonne foi et un désir de paix".


Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a assuré jeudi que l'armée avait "libéré" une partie du Tigré, région dissidente où elle mène depuis le 4 novembre une opération contre les autorités régionales, qui a poussé plus de 11.000 personnes à fuir au Soudan voisin.

M. Abiy affirme avoir lancé cette intervention pour rétablir des...