Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. Photo d'archives AFP
« Démission », « traître »... L’annonce dans la nuit de lundi à mardi par le Premier ministre arménien d’un accord de fin des hostilités au Haut-Karabakh menace la stabilité d’un pays qui a déjà vécu, il y a moins de trois ans, une révolution. Car c’est bien un échec militaire face à l’Azerbaïdjan, l’ennemi historique, que Nikol Pachinian a essuyé, entraînant dès la nuit de lundi à mardi des manifestations de colère, avec des centaines de personnes investissant pendant plusieurs heures le siège du gouvernement et du Parlement pour le qualifier de traître.
Ces incidents suivent une défaite en forme de traumatisme national, qualifiée de « capitulation » par le président azerbaïdjanais Ilham Aliev. Le risque est désormais de voir l’Arménie plonger dans une grave crise politique aux conséquences imprévisibles.
Signe de la tempête qui s’annonce, les leaders de deux partis d’opposition, Gaguik Tsaroukian et Edmon Maroukian, ont appelé le Premier ministre à s’expliquer devant les parlementaires. Lundi, avant même l’annonce de l’accord, 17 partis dont celui de Serge Sarkissian que M. Pachinian a chassé du pouvoir en 2018 avec l’aide de la rue, ont exigé sa démission. Puis c’est un « héros » de la première guerre du Haut-Karabakh, qui dans les années 1990 consacra l’indépendance de facto de la région de l’Azerbaïdjan, Vital Balassanian qui a appelé « toutes les forces politiques de l’Arménie et de l’Artsakh (nom arménien du Karabakh) à pousser le Premier ministre à la démission ».
Les vétérans et politiques originaires de la région séparatiste jouent un rôle-clé dans le jeu politique arménien. Deux ex-présidents, dont l’influent Robert Kotcharian (au pouvoir de 1998 à 2008), viennent de ce territoire.
Un observateur étranger relève sous couvert d’anonymat craindre de désormais voir des « hommes au front revenir et demander des comptes ». « Pachinian est en très mauvaise posture », observe-t-il, « il va devoir gérer une énorme pression, avec un fort potentiel de déstabilisation ».
Le président – fonction essentiellement protocolaire – Armen Sarkissian a lancé une salve hier en disant entamer des « consultations politiques pour trouver dès que possible une solution protégeant les intérêts nationaux » et « former en urgence » un gouvernement d’union nationale.
Mais M. Pachinian n’a pas été lâché par plusieurs acteurs-clés et souligne avoir signé l’arrêt des hostilités en accord avec l’armée et les autorités du Karabakh, tant les forces arméniennes étaient mal en point. Il pense ainsi avoir permis la survie de la région séparatiste, même si elle est amoindrie. Le chef d’état-major de l’armée Onik Gasparian a d’ailleurs rencontré dans la nuit des responsables de l’opposition et a appelé au calme. Le ministère de la Défense a, pour sa part, demandé de « s’abstenir de toute action qui pourrait miner les fondations de l’État ».
Travailler ensemble
« Nous n’avons pas besoin d’une guerre civile. Nous devons rester unis (...) j’appelle au calme et à travailler ensemble », a également plaidé le président de l’enclave indépendantiste, Araïk Aroutiounian, révélant en creux la gravité du moment. L’annonce par ses services, lundi après-midi, de la chute de la ville stratégique de Choucha aux mains des forces azéries a cependant joué le rôle de catalyseur, alors que Erevan affirmait encore que les combats étaient toujours en cours. Une évidente divergence qui a plongé les Arméniens dans l’incertitude et conduit quelques heures plus tard à l’annonce de la fin des hostilités.
Le Premier ministre Pachinian, arrivé au pouvoir par la rue en 2018, n’a eu de cesse depuis de justifier cette « décision incroyablement douloureuse ». Il est intervenu à trois reprises en direct sur Facebook pour tenter de persuader sa population, pour qui le Karabakh est un berceau historique et culturel inaliénable. « Nous avons combattu contre des terroristes, contre l’Azerbaïdjan et un membre de l’OTAN, la Turquie. Notre armée s’est battue avec honneur », a-t-il plaidé, en référence aux accusations visant Ankara, selon lesquelles la Turquie aurait déployé des milices syriennes proturques au côté des troupes azéries. « Personne n’échappera à ses responsabilités (...) y compris moi, si l’on a quelque chose à me reprocher », a-t-il ensuite assuré. En attendant, « je suis en Arménie, et je continue à servir comme Premier ministre ».
Source : AFP


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