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Gouvernement

Hariri ménage les sensibilités et avance discrètement ses pions

Le courant du Futur enverra cette semaine une délégation à Bkerké pour calmer les appréhensions du patriarche.

Hariri ménage les sensibilités et avance discrètement ses pions

Les anciens Premiers ministres libanais Tammam Salam, Fouad Siniora, Nagib Mikati et Saad Hariri. Photo d’archives ANI

Tablant sur le climat positif que certains milieux politiques tentent d’insuffler, nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que le Premier ministre Saad Hariri aura déjà au moins une première mouture de cabinet à soumettre au chef de l’État d’ici à la fin de la semaine. Ce pronostic largement optimiste est contré par d’autres points de vue visiblement plus réalistes qui laissent entrevoir des difficultés d’autant plus prévisibles que l’on s’interroge toujours sur la marge de manœuvre des partis politiques et les conditions posées par les uns et les autres. On le sait d’expérience : dès que les partis politiques commencent à négocier leurs quotes-parts respectives, les choses se gâtent et la naissance du gouvernement ne se fait plus qu’au forceps.

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Sauf que cette fois-ci, Saad Hariri, apparemment de connivence avec le chef de l’État, est décidé à travailler en toute discrétion et à ne révéler au public que le minimum de ce qui se déroule en coulisses. C’est ce qui ressort du mutisme observé par les milieux de Baabda et des démentis publiés ces derniers jours par le palais présidentiel. Un silence similaire est également observé dans les milieux proches du courant du Futur. L’idée est qu’en disant le moins possible, on arrivera ainsi à mieux préserver le secret de la recette appliquée. D’où l’hypothèse que le Premier ministre désigné a déjà une conception préalable de son cabinet, ce qui pourrait donc hâter le processus. Ce scénario supposerait donc que les différents protagonistes acquiesceront d’emblée à la proposition que leur fera Saad Hariri, ce qui paraît pour l’heure irréaliste.

À en croire l’avis d’un ancien chef de gouvernement, ce n’est pas de sitôt que le Premier ministre désigné pourra parvenir à son but : à savoir une équipe formée d’experts non partisans et complètement indépendants des partis, un processus qui prendra beaucoup de temps et occasionnera beaucoup de souffrances en cours de route, avant de mûrir. Pour cet ancien Premier ministre, qui s’est réuni dimanche soir avec Hariri ainsi que deux autres anciens chefs de gouvernement, Saad Hariri s’est engagé à assurer la mission de sauvetage et ne peut par conséquent rééditer l’expérience de son prédécesseur, Hassane Diab, en permettant aux différentes formations politiques de lui dicter le choix de leurs « experts » ou « spécialistes ». Une formule qui s’est soldée par un échec cuisant et qui n’a pas mené aux réformes et changements attendus. C’est la raison pour laquelle le leader du courant du Futur prendra son temps, tout son temps, dit l’ancien chef de gouvernement, quitte à ce que la situation finisse par frôler l’effondrement total. Jusqu’à ce que les acteurs en lice se rendent à l’évidence qu’il n’y a d’autre issue qu’un cabinet complètement indépendant des partis.

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Sauf que M. Hariri ne peut vraisemblablement pas non plus réitérer l’expérience de Moustapha Adib qui, conseillé par ce même club des anciens Premiers ministres et ayant occulté le rôle des chefs de file y compris du président de la République, s’est vu forcé de rendre son tablier.

Aoun disposé à coopérer
Selon des informations obtenues par notre correspondant politique Mounir Rabih, la réunion avec les anciens chefs de gouvernement était principalement destinée à faire le point sur l’avancée des tractations. On apprenait ainsi que M. Hariri a informé ses pairs du climat qui a prévalu lors de ses réunions, samedi et dimanche, avec le président de la République. Devant ce dernier, M. Hariri aurait affirmé qu’il n’y a eu aucune entente ou marché concocté en amont ni avec le tandem chiite ni avec Walid Joumblatt, le chef du Parti socialiste progressiste, comme rapporté par les médias. Une manière de rassurer le chef de l’État, estime notre correspondant. Michel Aoun lui aurait fait part à son tour de sa disposition à collaborer, étant désormais persuadé que toute nouvelle obstruction ou confrontation politique ne manquera pas de torpiller les deux dernières années de son sexennat. Devant son interlocuteur, le président aurait insisté sur l’importance d’adopter des critères unifiés lors de la formation du cabinet et sur sa demande initiale qui est la rotation des portefeuilles. Une exigence quasiment irréalisable à la lumière de l’engagement fait, toujours en catimini, par M. Hariri auprès du tandem chiite à qui il aurait promis d’accorder les Finances et la prérogative de choisir leurs ministres, condition sine qua non pour son retour à la tête du futur gouvernement. Le principe de la rotation pourrait toutefois être appliqué partiellement. Des informations qui ont récemment circulé ont fait état d’une permutation des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur entre le Futur et le CPL.

Visite à Bkerké
Au cours de cette semaine, le courant du Futur compte d’ailleurs envoyer une délégation à Bkerké pour calmer les appréhensions du patriarche maronite, Béchara Raï, qui craint qu’un deal ne se concocte entre-temps aux dépens des chrétiens. Dimanche, le prélat maronite avait exhorté Saad Hariri à appliquer la rotation à l’ensemble des portefeuilles ministériels, mais aussi à ne pas occulter la part des chrétiens, mettant en garde contre les « accords bilatéraux secrets ». Et de conseiller en même temps au Premier ministre de passer outre « les conditions et contre-conditions des formations politiques », l’exhortant à mettre « de côté le bourbier des intérêts personnels, du partage du gâteau et des appétits des responsables politiques et confessionnels ».

Hier, Mgr Raï est revenu à la charge à l’occasion de l’ouverture des travaux du synode maronite, appelant à un plan de sauvetage et à la mise en œuvre immédiate des réformes. « Ensuite, il faut travailler à restructurer le pouvoir conformément à la Constitution », a-t-il dit.



Tablant sur le climat positif que certains milieux politiques tentent d’insuffler, nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que le Premier ministre Saad Hariri aura déjà au moins une première mouture de cabinet à soumettre au chef de l’État d’ici à la fin de la semaine. Ce pronostic largement optimiste est contré par d’autres points de vue visiblement plus réalistes qui...

commentaires (8)

Un MERCI ! ému à Salim LTEIF pour son MERCI de hier, et une question privée: êtes-vous parent avec Habib LTEIF, jadis directeur du CNT LIBANAIS ??? - Irène Saïd

Irene Said

12 h 00, le 28 octobre 2020

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Commentaires (8)

  • Un MERCI ! ému à Salim LTEIF pour son MERCI de hier, et une question privée: êtes-vous parent avec Habib LTEIF, jadis directeur du CNT LIBANAIS ??? - Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 00, le 28 octobre 2020

  • DEUX CHOSES CONTRAIRES. VOUS BE POUVEZ PAS HARIRI MENAGER LES SENSIBILITES PERSONNELLES ET SUBIR LES INTIMIDATIONS DE SOUS LE TAPIS ET FORMER UN GOUVERNEMENT DE CONFIANCE ET UNI. AVEC LE CPL ET LES MERCENAIRES POINT DE POINT DE RENCONTRE N,EST POSSIBLE. VOUS PERDEZ VOTRE TEMPS MON AMI ET LES MORTS CARDIOLOGIQUES NE RESSUSCITENT PAS QUE SOUS UN CHOC ELECTRIQUE GIGANTESQUE. C,EST CE QU,ON ATTENDAIT DE VOUS. GOUVERNEMENT D,EXPERTS INDEPENDANTS ET RIEN D,AUTRE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    21 h 06, le 27 octobre 2020

  • Si le plan de Hairiri consiste à former un gouvernement purement technocrate avec l’aval de la majorité parlementaire pour isoler HB et Berry et leur montrer que seuls ils ne pèsent plus grand chose dans la balance pour bloquer la formation du gouvernent ce serait un coup de maître. Encore faut il que tous les politiciens libanais engagés dans ce processus ne faiblissent pas à la dernière minute en changeant de camps dans le seul but d’ obtenir une part du gâteau. Espérons que le CPL ,PSP, FL, Les Phalanges, Parti National et les autres se mettent enfin d’accord pour sauver le Liban du joug iranien. Les Marada seuls avec eux ne sauront pas les sauver. J’écarte ces derniers de la liste exhaustive car ils sont irrécupérables depuis longtemps puisque vendus de grand père en fils et en petit fils.

    Sissi zayyat

    12 h 54, le 27 octobre 2020

  • Merci à Irène Said de la "Vérité en image ".

    LTEIF Salim

    11 h 47, le 27 octobre 2020

  • Le Liban est-il une nation digne de ce nom ? Nous le voyons plutôt comme un vaste supermarché dirigé par une direction prête à tout pour conserver la distribution actuelle des rayons: 1) le rayon "halal - résistant" tenu jalousement et fermement par les enturbannés de noir 2) le rayon "BIO" géré par les soi-disant partis chrétiens, et en face le rayon des douceurs, survéllés avec énergie par les autorités religieuses de tous bords. 3) beaucoup de rayons garnis...ou vidés selon les circonstances du jour d'origine française, américaine, iranienne ou européenne. Quant aux caisses, elles sont prises d'assaut toute la journée par ceux qui viennent toucher les bénéfices financiers de ce supermarché qui a pour enseigne "LIBAN CENTENAIRE"... - Irène Saïd

    Irene Said

    11 h 18, le 27 octobre 2020

  • Yalla, prenez votre temps. Rien ne presse. Vous avez un à deux ans pour former ce gouvernement ........ qui durera quelques mois !

    LeRougeEtLeNoir

    10 h 43, le 27 octobre 2020

  • Le Libanais que les 5 gros poissons corrompus Futur Hezbollah Amal PSP CPL achetaient hier à 1000 dollars se vendra demain à 100 dollars avec l'appauvrissement généralisé. Donc le vide institutionnel profite non seulement au Hezbollah qui en tant que milice a ses propres réseaux d'approvisionnement indépendants de l'économie locale, mais aussi à ses alliés et complices qui eux ont leur portefeuille affecté par la crise, mais toujours moins que le Libanais lambda. Il est donc possible que jouer la montre soit la seule stratégie qui mette d'accord les requins au pouvoir si prompts à se dévorer entre eux pour le moindre poste ministériel. Cette stratégie on l'a vu a été payante pour endormir la contestation. Bien avant la crise du Covid, dès décembre 2019, les masses n'étaient plus mobilisées dans la rue. Un mois de vide après la démission de Hariri aura suffit à endormir un peuple qui n'a toujours pas identifié clairement son ennemi au pouvoir, qui fait partie des kellon et qui n'en fait pas partie. Tant que Hariri ne se récuse pas, il sert de cache misère au trio Aoun Berri Nasrallah qui a toujours eu besoin de lui pour se couvrir.

    Citoyen libanais

    07 h 36, le 27 octobre 2020

  • ET LA POULE DE PONDRE COMME TOUJOURS LE MEME OEUF !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    05 h 14, le 27 octobre 2020