Rechercher
Rechercher

Décryptage

Après la désignation, la formation du cabinet reste tributaire de plusieurs inconnues

C’est sans surprise que le chef du courant du Futur a été désigné hier pour former le prochain gouvernement. Saad Hariri a finalement obtenu 65 voix, ce qui représente plus de la majorité plus un des députés, sachant qu’aujourd’hui le total des voix est de 120, après la démission officialisée de huit députés.

Il est vrai que l’ancien Premier ministre n’a pas obtenu les suffrages des deux plus grands groupes parlementaires chrétiens, celui du Liban fort et celui de la République forte, mais il n’a pas estimé, ainsi que les différentes composantes politiques, qu’il y avait là un problème de conformité au pacte national, puisqu’il a malgré tout obtenu un nombre acceptable de voix chrétiennes. Il faut préciser qu’il y a quelques mois et avant la nomination de Hassane Diab, Saad Hariri avait demandé au chef de l’État le report des consultations parlementaires obligatoires après avoir appris qu’il n’aurait pas les voix des députés des groupes du Liban fort et de la République forte. Et c’est justement là l’élément nouveau qui intrigue la plupart des observateurs dans le processus qui s’est déroulé hier et qui a abouti à la désignation du leader du Futur pour la formation du gouvernement. Il est en effet clair que Saad Hariri est désormais mû par une force de propulsion dont il était dépourvu par le passé, le poussant à faire fi de tous les obstacles potentiels qui, il n’y a pas si longtemps encore, étaient de nature à l’empêcher de mener à bien la mission qu’il s’était fixée. Pour la plupart des observateurs, cette force de propulsion ne serait pas uniquement française. Elle serait aussi américaine et se serait essentiellement concrétisée à travers la dernière visite du secrétaire d’État américain adjoint pour les Affaires du Proche-Orient, David Schenker, à Beyrouth et à travers la conversation téléphonique entre le secrétaire d’État Mike Pompeo et le président Michel Aoun, lors de laquelle le premier avait poussé le second à former un gouvernement dans les plus brefs délais.

Si les motivations françaises sont connues depuis l’initiative du président Emmanuel Macron, qui était venu à Beyrouth deux jours après la terrible explosion du port le 4 août dernier, celles des Américains sont moins claires.

À ce stade, deux approches apparaissent.

Pour les uns, la clé du changement dans la position américaine à l’égard du Liban et de la désignation de Saad Hariri pour former le gouvernement résiderait dans l’acceptation, par Beyrouth, d’entamer les négociations pour le tracé des frontières maritimes. Pour les Américains, un grand pas a été ainsi accompli et ils souhaitent que ces négociations s’achèvent le plus vite possible et finissent par un tracé des frontières maritimes qui permettrait aux Israéliens (et aux Libanais) de commencer à extraire les ressources gazières et pétrolières dans leurs eaux territoriales respectives. Selon les partisans de cette thèse, et contrairement à ce qui se dit, ce dossier est aujourd’hui le seul qui intéresse réellement les Américains au Liban, et pour le régler, ils accepteraient de reléguer au deuxième plan la participation indirecte du Hezbollah au gouvernement, ainsi que le dossier de ses armes. Selon cette thèse, c’est ainsi qu’il faudrait interpréter les déclarations du secrétaire d’État américain adjoint David Hale lorsqu’il a affirmé que les États-Unis ont déjà soutenu des gouvernements au Liban dans lesquels le Hezbollah était représenté. Pour mener à bien et à terme le processus des négociations pour le tracé des frontières maritimes, il est donc préférable que le Liban soit doté d’un gouvernement en pleine fonction présidé par Saad Hariri, parce que ce dernier est le premier représentant de la communauté sunnite et parce que sa présence à la tête du gouvernement donnerait à celui-ci plus de chances de réussite après l’expérience peu encourageante du gouvernement de Hassane Diab. Dans la logique de cette thèse, Saad Hariri devrait ainsi procéder rapidement à la formation du gouvernement sans chercher à braquer le chef de l’État qui est, selon la Constitution, un partenaire aux côtés du président du Conseil dans la formation du cabinet.

Pour d’autres, cette version est trop « idyllique » pour être vraie. Certes, les Américains appuient Saad Hariri, mais ils ne veulent pas d’un Premier ministre coulant avec le Hezbollah et le CPL. Au contraire, ils estiment que les pressions qu’ils exercent sur le Liban en général, et sur le Hezbollah et le CPL en particulier, seraient en train de porter leurs fruits en poussant ces deux formations vers la rupture. Il faudrait donc les poursuivre et isoler complètement le CPL du Hezbollah. Si cette thèse se vérifie, cela signifierait que le processus de formation du gouvernement se compliquerait. Le chef de l’État a déclaré, dans son discours mercredi, qu’il ne compte pas renoncer aux prérogatives que lui donne la Constitution dans la formation du gouvernement. Il est fort probable que le Hezbollah, de son côté, ne se laissera pas faire. Cela voudrait donc dire que la mission de Saad Hariri sera plus compliquée que prévu et que s’il n’a pas la latitude nécessaire pour tenir compte à la fois des demandes du chef de l’État et de celles du Hezbollah, la période de formation du cabinet pourrait se prolonger, sur fond de crise économique, sociale et financière de plus en plus dramatique.

Face à ces deux thèses, il en existe une troisième qui dit que la soudaine détermination de Saad Hariri et l’appui dont il bénéficie de la part des Américains et même de certains États du Golfe seraient un indice des prémices d’une accalmie dans le bras de fer qui se joue depuis des mois entre les Américains et les Iraniens. Cette accalmie se serait traduite par un certain apaisement sur la scène irakienne, l’échange de prisonniers au Yémen et les contacts, dévoilés récemment, entre des émissaires américains et le régime syrien. Cette accalmie ne peut que se répercuter sur la scène libanaise, et c’est pourquoi Saad Hariri aurait subitement eu le vent en poupe. Maintenant, c’est à lui de mener les contacts nécessaires pour doter le Liban d’un gouvernement dans les plus brefs délais. Selon cette troisième thèse, si des obstacles se dressent face à la formation de l’équipe ministérielle, ils seraient purement internes et ne pourraient être imputés qu’aux différentes parties libanaises...


C’est sans surprise que le chef du courant du Futur a été désigné hier pour former le prochain gouvernement. Saad Hariri a finalement obtenu 65 voix, ce qui représente plus de la majorité plus un des députés, sachant qu’aujourd’hui le total des voix est de 120, après la démission officialisée de huit députés.

Il est vrai que l’ancien Premier ministre n’a pas...

commentaires (4)

Tout le monde veut le Liban c'est vraiment incroyable , ceux sont les cèdres , le miel ou quoi encore ?

Eleni Caridopoulou

18 h 17, le 23 octobre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Tout le monde veut le Liban c'est vraiment incroyable , ceux sont les cèdres , le miel ou quoi encore ?

    Eleni Caridopoulou

    18 h 17, le 23 octobre 2020

  • Regardez le cirque qui se joue autour de nous. Ils se saluent et se concertent et retracent les  lignes sur le gâteau pour décider des parts à s’octroyer pendant que le peuple se meurt. Les américains veulent ceci , les français cela et les pays du golf etc... . Qu’en est il des libanais? Que veulent les libanais au juste ? Tant qu’ils ne sauraient pas répondre d’une seule voix perceptible par tous de ce qu’ils attendent de leurs responsables politiques avec les conditions qui vont avec pour vivre dans un pays pacifié et libre de tout engagement extérieur, tous les pays du monde viendront s’immiscer dans nos problèmes internes et décider à notre place, parce que nous le voulons bien. Qui ne dit mot consent. Haussons le ton et faisons- nous entendre tous et d’une voix unique contre ces sapeurs de vies. NOUS SOMMES TOUS CONCERNÉS ET LES SEULS GAGNANTS SERONT TOUJOURS LES MÊMES. NOS VOLEURS ET TUEURS SI NOUS LES LAISSONS FAIRE.

    Sissi zayyat

    16 h 41, le 23 octobre 2020

  • Tout est clair et il n'y a rien d’inconnu: Le pays ne s'en sortira pas tant que le Hezbollah possède des armes et se comporte en un neutron libre et dangereux. Toutes les concessions faites, de l'Iraq, au Yémen et maintenant au Liban, sont les conséquences des pressions Américaines qui vont continuer de s’accroître jusqu’à ce que le parti de Dieu plie au désir de la majorité des Libanais, déposer ses armes. Une fois cela fait, il cessera d'exister et le pays pourra alors se développer. Avant cela, ni Hariri ni n'importe quel Hariri n'arrivera a un résultat.

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 02, le 23 octobre 2020

  • Pas la peine de lire l'article, il commence mal: plusieurs inconnues!? Héhéhé... On a un connu et des sous-connus: hassan est connu et ses acolytes sont les 3 hauts titrés... Le peuple lui est inconnu et n'est même pas pris en compte par cette bande. Voilà un résumé qui vous économisera quelques minutes pour vaquer à vos affaires....

    Wlek Sanferlou

    01 h 41, le 23 octobre 2020