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Hommage au Dr Victor Naoum Acra

Le magnifique, le dernier des géants

C’était mon oncle benjamin, c’était mon parrain. Une si longue vie centenaire, une si grande fratrie composée de six frères et d’une sœur chérie, et tellement soudée et complice en dépit des aléas du destin et de la guerre ; une si belle lignée et descendance et enfin une science certaine, fulgurante, au service de la sagesse du monde. Tous les superlatifs lui siéent, sans pouvoir être jamais démentis…

Il était à lui seul l’âme palpitante et si vivace de la grande famille qui l’inspirait. La passion le caractérisait, dynamique, exaltée, visionnaire.

Il voulait imprégner le monde alentour de sa poésie, de ses rêves, de ses espoirs. Il avait le don de la double vue, celle qui vous transperce, qui lit à l’intérieur de votre âme le désarroi, la peine ou l’abandon. Par l’énergie combative, il apprenait aux siens cet art si subtil de la survie. Ne sommes-nous pas tous en quelque sorte des survivants, dès notre naissance même ?

Victor, étymologiquement, c’est le vainqueur sur le sort. Des études de médecine entamées comme un sacerdoce dans un cadre presque monacal. Une rigueur de vie quasi ascétique qui l’a poussé une fois à conseiller à son petit-neveu, ayant essayé une seule cigarette à quinze ans sans l’aimer, de diminuer encore cette dose unique !

Avant la mode du bien-être et du coaching, il prêchait déjà la diététique et l’activité salvatrice qui vous projette en avant. Si moderne et si vieille France à la fois…

Il dégageait un charisme irrésistible et veillait sur les siens avec une bienveillante compassion. Toujours du côté des opprimés, des faibles, il a traversé le siècle avec le regard lucide de celui à qui l’on ne peut en conter. Partageant avec sa fratrie cet humour et l’autodérision si rares ; ils avaient même un sifflotement en commun comme signe de ralliement et que j’entendais jeune, dans l’arrière-cour.

Les souvenirs remontent d’un coup et affluent soudain, en se bousculant joyeusement… Était-ce vraiment les temps bénis d’une saine et bienheureuse insouciance ? Ou n’est-ce que le leurre d’un rêve qui passe ?… Fugace…

Avec son frère Georges, son jumeau spirituel, son alter ego de route, ils créèrent la clinique Acra ou « petit hôpital » Acra, connu vers la place Tabaris, tous deux étant médecins par vocation profonde, comme tant d’autres dans notre famille, sillonnant sans relâche le pays pour prodiguer leurs soins, ne négligeant aucun dispensaire, le plus modeste fût-il, posant ainsi à leur façon les premiers jalons d’une médecine moderne, humaine et accessible. Je les revois aujourd’hui dans nos héros-soignants actuels…

Est-il vraiment parti rejoindre sa fratrie, le jour même de son anniversaire ? Ne sont-ils pas tous ensemble autour de nous, comme des sentinelles silencieuses et protectrices ?

Ces sentinelles ne dorment pas, elles veillent, elles nous veillent en quelque sorte… Et la justice, ce bien si précieux mais tellement subtil, propre aux hommes de bonne volonté, prévaudra.

Tant qu’il y aura des hommes de bonne volonté…

Flavia Georges ACRA


C’était mon oncle benjamin, c’était mon parrain. Une si longue vie centenaire, une si grande fratrie composée de six frères et d’une sœur chérie, et tellement soudée et complice en dépit des aléas du destin et de la guerre ; une si belle lignée et descendance et enfin une science certaine, fulgurante, au service de la sagesse du monde. Tous les superlatifs lui siéent, sans...