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Nos Lecteurs ont la Parole

Ce qu’aurait fait Emmanuel Macron s’il était président du Liban

Emmanuel Macron venait de sortir de la salle de réunion du palais de Baabda, le visage ferme, le teint pâle. Il ressentait toute la responsabilité qui lui incombait dorénavant. Il venait de convoquer l’ambassadeur de l’Arabie saoudite et celui de l’Iran pour leur annoncer qu’il allait remettre en cause l’accord de Taëf, et annoncer l’avènement d’une nouvelle république.

La négociation qui semblait impensable il y a encore quelques semaines, a été rude, longue, sans répit. Mais Emmanuel Macron en a vu d’autres. Les deux ambassadeurs n’avaient rien de plus impressionnant que le redoutable Mark Rutte qu’il avait dû convaincre à maintes reprises lors des sommets européens.

Emmanuel Macron ne voulait rien entendre si ce n’est l’abolition de l’accord de Taëf, sous peine de batailler devant la communauté internationale et l’UE pour imposer des sanctions aux deux pays rivaux. Il savait le casse-tête du confessionnalisme au Liban et comprenait qu’il y avait bonne route avant d’instaurer la laïcité au sein de la République libanaise.

Le jeune président recevait des menaces de mort tous les jours, des menaces de déclenchement d’une guerre civile. Niet. Emmanuel Macron était inflexible. Il s’était fixé un cap et naviguait seul vers une nouvelle république où le président exercerait un pouvoir jupitérien.

Il savait que si réforme il devait y avoir, un seul parti politique devait disposer de l’intégralité du pouvoir exécutif. Pas question d’attendre une concertation nationale ou un gouvernement d’union nationale.

Dans cette nouvelle république, dont la Constitution est semblable à celle de la Cinquième République française, le président est élu par le peuple par un scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Il désigne alors un Premier ministre d’une autre confession qui lui propose un gouvernement. Le président valide ce gouvernement ou l’amende.

Les élections législatives ont lieu la même année par le même type de scrutin et le président élu de la Chambre est de la troisième confession majoritaire du pays.

Dans le hall du palais de Baabda, une voix vive retentit soudain et interpella le président pensif : « Monsieur le Président... Monsieur Emmanuel ! les représentants d’EDF sont arrivés. »

Thierry Breton se tenait prêt pour la prochaine réunion du président, le regard bienveillant. Il avait été embauché par Emmanuel Macron pour réformer le secteur de l’énergie. Les deux hommes se connaissaient bien du temps où Breton était commissaire européen au Marché intérieur. Ensemble, ils cherchaient les moyens de liquider EDL et de reconstruire l’infrastructure énergétique du Liban. Ils avaient opté pour une approche pragmatique consistant à charger EDF de la reconstruction de l’infrastructure énergétique et de la distribution de l’électricité par décret présidentiel. EDF était tenue légalement de déclarer toute tentative d’entrave à sa mission, fût-elle de source interne ou externe au pays, sous peine d’encourir des poursuites judiciaires en France. Emmanuel Macron savait qu’il ne pouvait faire confiance à la justice libanaise tant que sa réforme de l’organisation judiciaire n’est pas adoptée.

À peine sorti de sa réunion avec Breton et les représentants d’EDF, son prochain rendez-vous l’attendait déjà. Dans les bras cette fois-ci. Le gouverneur de la Banque du Liban lui lança : « Dis-moi, tu ne cesses de vieillir dans ce pays. On dirait presque que tu étais mieux en France. » Bernard Mourad était d’une humeur joueuse aujourd’hui. Il le fallait bien. L’ancien de Morgan Stanley rencontrait avec le jeune président, lui-même ancien de Rothschild, les représentants du fisc américain. Emmanuel Macron était bien décidé à refaire du Liban une Suisse du Moyen-Orient, quitte à opter pour une opacité bancaire à la Suisse pour attirer les capitaux étrangers.

Les deux ex-banquiers savaient qu’ils ne pourraient le faire sans l’appui des Américains et cherchaient donc à leur fournir les assurances dont ils avaient besoin pour restaurer une confiance internationale dans le secteur bancaire libanais.

Lorsque la réunion fut terminée, Emmanuel Macron demanda : « Tu restes pour le dîner, Bernard ? J’ai des invités un peu spéciaux ce soir. » Ce soir-là, il dînait avec Nadine Labaki et Alexandre Najjar. Tous les premiers mercredis du mois, il recevait des artistes et des intellectuels à dîner pour parler art et actualité et pour assurer que l’État libanais de par sa culture arabo-occidentale reconnaissait l’importance de l’art et lui apporte son soutien total.

Hélas, il est peut-être trop tard pour que la génération de mes parents connaisse un Emmanuel Macron président de la République libanaise. Cette génération a été traumatisée par la guerre civile et a abandonné la politique aux mains des chefs de guerre qui ont mené le pays à sa ruine. Pour ce qui est de ma génération, on en reparlera.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Emmanuel Macron venait de sortir de la salle de réunion du palais de Baabda, le visage ferme, le teint pâle. Il ressentait toute la responsabilité qui lui incombait dorénavant. Il venait de convoquer l’ambassadeur de l’Arabie saoudite et celui de l’Iran pour leur annoncer qu’il allait remettre en cause l’accord de Taëf, et annoncer l’avènement d’une nouvelle république....

commentaires (1)

"""il est peut-être trop tard pour que la génération de mes parents connaisse un Emmanuel Macron président de la République libanaise""" pourquoi donc ce pessimisme ? nous avons deja 6 a 8 E Macron qui font le meme travail espere ! mais avec juste une petite difference que vous devinez tous !

gaby sioufi

13 h 07, le 14 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • """il est peut-être trop tard pour que la génération de mes parents connaisse un Emmanuel Macron président de la République libanaise""" pourquoi donc ce pessimisme ? nous avons deja 6 a 8 E Macron qui font le meme travail espere ! mais avec juste une petite difference que vous devinez tous !

    gaby sioufi

    13 h 07, le 14 septembre 2020