Je l’ai rencontrée quand je n’étais qu’un enfant, avec mes parents, qui étaient très amis avec Yvonne et Desmond.
Elle était un mélange subtil de noblesse altière et de simplicité innée. Une voix singulière que redoutaient tous les démolisseurs de notre patrimoine séculaire... Un jour, en regardant par la fenêtre de la splendide maison qu’elle m’a louée pendant près de 25 ans, je lui ai dit : « Regardez Yvonne, on dirait Beyrouth il y a 100 ans ! » Elle m’a répondu : « Écoute-moi bien Poney, il y a 100 ans, Beyrouth était une très jolie ville qui rappelait certains quartiers de Florence. Des jardins innombrables entouraient les maisons, des plus riches aux plus modestes. Même les gens les plus pauvres avaient un petit bassin où ils se réunissaient quand le temps le permettait pour passer des soirées à la lueur de la lune et des étoiles. Ils se racontaient des histoires. En un mot, ils étaient heureux... » Oui heureux... et aujourd’hui? Que reste-t-il de ce paradis perdu ? Le Liban ressurgira enfin, car étant lui-même un amas de ruines millénaires, il est indestructible.
Les jardins desquels me parlait Lady Cochrane ressurgiront de partout. Les gens se raconteront des histoires et ils seront enfin de nouveau heureux.
De son coin de paradis, Lady Cochrane y veillera !
Élie-Philippe (Poney) SCHEHADÉ

