Du miel produit par les apiculteurs du projet PNUD-LARI, le 8 août 2019. Photo d’archives
Jusqu’à quel point encore le pays va-t-il poursuivre sa chute, livré à un État failli amené à fermer les robinets sur des institutions et projets qui visent pourtant à le sortir de sa sclérose et à l’ouvrir au monde moderne ? Dans un contexte de crise financière inédite et de dévaluation vertigineuse de la livre, le ministère des Finances a récemment décidé de ne plus transférer au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) les paiements en dollars dus mensuellement à la centaine d’experts œuvrant au sein des ministères et administrations publiques dans le cadre d’un accord conclu en 1996 entre l’État et l’organisation onusienne pour le renforcement de la bonne gouvernance. L’accord prévoyant une coopération entre les deux parties avait été suivi par le consentement de deux prêts au bénéfice de l’État, alloués l’un par la Banque mondiale et l’autre par le Fonds arabe pour le développement économique et social. L’État s’était engagé à prévoir dans ses lois du budget de payer lui-même les salaires des experts recrutés. Ceux-ci étaient choisis selon un mécanisme défini par le PNUD, sur base de CV, d’examens écrits et d’entretiens personnels, dans le cadre d’une totale transparence.
Une initiative du PNUD ou du gouvernement ?
Les spécialistes concernés par la décision du ministère des Finances de cesser le transfert en dollars de leurs salaires se sont alors vu annoncer mercredi dernier par le PNUD la rupture de leurs contrats. La nouvelle est tombée comme un couperet sur les 41 experts en poste au ministère d’État pour le Développement administratif, ainsi que sur ceux répartis auprès du Grand Sérail et d’autres ministères (Éducation, Affaires sociales…). Les informations sur la cause directe de la rupture des contrats sont contradictoires. Selon une source interrogée, Céline Moyroud, représentante résidente du PNUD au Liban, a annoncé que le gouvernement libanais ayant rompu son engagement financier prévu dans l’accord conclu entre les deux parties, l’organisation onusienne a décidé de rompre les contrats dès le 15 septembre prochain. Mais une autre source affirme que l’organisation onusienne n’a pris sa décision qu’après que le gouvernement lui eut fait savoir qu’il entend lui-même suspendre les projets.
Quel que soit le motif de rupture, il serait dommage que l’action du PNUD soit suspendue. Au vu de l’importance des projets en cours, elle est considérée comme cruciale au plan de la modernisation et du développement de l’administration. Parmi ces projets, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication au sein du gouvernement (e-government) en vue d’améliorer la qualité des services publics et de réduire la corruption, ainsi que des programmes de mesure des indicateurs de performance pour évaluer les administrations publiques, des projets de numérisation des tribunaux et des programmes destinés à la société civile (violence domestique, etc.), ou encore des projets liés à la gestion des déchets solides.
L’Orient-Le Jour a essayé en vain d’entrer en contact avec le ministre des Finances Ghazi Wazni, pour savoir s’il compte revenir sur sa décision d’interrompre les paiements en dollars. Une source qui lui est proche affirme à L’OLJ que les billets verts n’étant plus disponibles, les salaires des experts ne peuvent plus être payés qu’en livres libanaises. Elle n’indique pas pour autant que les projets ont été arrêtés. Pour sa part, le ministre d’État pour le Développement administratif Damien Kattar était également injoignable pour nous indiquer s’il a entrepris une quelconque démarche en vue d’empêcher les choses d’en arriver là. Selon une source gouvernementale, M. Kattar serait en pourparlers avec le ministre des Finances et le chef du gouvernement sortant, Hassane Diab, pour tenter de trouver une solution. Rappelons que la chaîne francophone de Radio-Liban avait failli le mois dernier être réduite au silence, au motif que l’argent nécessaire à la production des programmes n’était plus disponible. Mais grâce à l’intervention de la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad, le ministère des Finances avait fini par approuver le déblocage des fonds, permettant à la chaîne de radio de reprendre ses activités. Il est à souhaiter que là aussi le ministère des Finances revienne sur sa décision, d’autant que l’enjeu est important, à savoir que le PNUD contribue largement aux tentatives de relèvement dont le pays a plus que jamais besoin.
Interrogé par L’Orient-Le Jour, un expert touché par la rupture de son contrat avec le PNUD se demande « pourquoi l’État impose des réductions budgétaires à un secteur qui emploie des spécialistes constamment formés, munis chacun de hauts diplômes délivrés par les meilleures universités, et recrutés sur base de leurs seules compétences scientifiques », alors que, dit-il, « 5 473 recrutements politiques et clientélistes ont été opérés lors de la période qui a précédé les élections législatives de mai 2018, faisant fi de la loi de 2017 interdisant l’embauche de nouveaux fonctionnaires ». « Faire arrêter des projets aussi utiles entrepris par une organisation qui cherche à aider le pays face à la catastrophe qu’il subit relève de l’impensable », ajoute-t-il.


"... l’organisation onusienne pour le renforcement de la bonne gouvernance ..."-.- Voilà, tout est dit dans cette phrase. Avec ces histoires de bonne gouvernance ça fait des années qu'ils doivent biaiser pour pouvoir corrupter (cherchez pas, je viens de l'inventer) en paix, alors une occasion pareille il ne vont pas s'endormir dessus, vous pensez bien...
13 h 45, le 26 août 2020