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Société - Reconstruction

Windows for Beirut : réparer les fenêtres pour rassurer les esprits

Cette nouvelle fondation est abritée par Architectes de l’urgence, dont le cofondateur, Patrick Coulombel, partage son expérience de la reconstruction après les désastres, dans un entretien avec « L’OLJ ».

Windows for Beirut : réparer les fenêtres pour rassurer les esprits

Lara Moutin et Patrick Coulombel.

La double explosion du 4 août au port de Beyrouth a fait voler les vitres en éclats, fragilisé les structures et meurtri les habitants en bouleversant leurs vies. « Windows for Beirut » est une fondation née après le drame à l’initiative de Lara Moutin, experte en développement durable et chaîne d’approvisionnement, et du présentateur de télévision Ricardo Karam, et est actuellement abritée par une autre fondation française, « Architectes de l’urgence ». Elle vise à collecter des fonds pour réparer un maximum de fenêtres dans les domiciles de ménages défavorisés, incapables de s’acquitter de cette tâche par eux-mêmes.

En près de 20 ans, Architectes de l’urgence a apporté une aide essentielle à l’occasion de circonstances dramatiques, comme avec l’Indonésie frappée par le tsunami, le tremblement de terre en Haïti, l’explosion de l’usine AZF à Toulouse et bien d’autres encore. L’un de ses cofondateurs, Patrick Coulombel, est à Beyrouth et a déjà visité les quartiers ravagés par la double explosion du port. Prié de partager ses impressions sur les dégâts observés sur le terrain, par rapport à d’autres catastrophes de par le monde, M. Coulombel souligne que « la typologie des dégâts à Beyrouth est similaire à celle observée suite à l’explosion de l’usine AZF à Toulouse (en septembre 2001, provoquée également par une déflagration dans un stock de nitrate d’ammonium, NDLR), à cette différence près que l’échelle des destructions dans la capitale libanaise est bien plus importante ».

Interrogé sur l’action d’Architectes de l’urgence sur le terrain et ses priorités, il explique que la fondation « a fait parvenir à Beyrouth du matériel technique qui peut servir aux réparations d’une manière générale (bâches en plastique…), ainsi que du matériel de construction et de l’outillage, utiles pour dégager des fenêtres, modifier des structures cassées, sécuriser les lieux, etc. ». « Nous allons distribuer ce matériel avec l’aide de partenaires locaux identifiés, afin qu’il parvienne à ceux qui en ont réellement besoin sur le terrain », ajoute-t-il. Le matériel est arrivé à Beyrouth hier vendredi, par fret maritime, sous l’égide du ministère français des Affaires étrangères. La seconde mission de la fondation est d’intervenir dans l’opération de sécurisation déjà lancée par les architectes et les ingénieurs locaux. Le lancement de Windows for Beirut a eu lieu il y a quelques jours. Lara Moutin raconte à L’OLJ la genèse de ce projet, né du drame vécu à Beyrouth. « La fondation a démarré quand j’ai constaté que les prix de location ont flambé après le désastre, c’est là que je me suis dit que tous les gens devaient rentrer chez eux le plus rapidement possible, dit-elle. J’ai appelé Ricardo Karam qui a tout de suite adhéré au projet, vu sa sensibilité aux causes sociales. Nous avons contacté Architectes de l’urgence à travers Patrick Coulombel, qui a accepté de faire partie du projet. Pour la collecte de dons, nous nous adressons à l’étranger principalement, afin d’aider Beyrouth qui est, après tout, un carrefour des civilisations. » Les appels aux dons se font sur la page suivante : www.windowsforbeirut.org

Le matériel pour la réparation et la consolidation des bâtiments, livré hier à Beyrouth.

« Un vrai métier qui doit être mené par des professionnels »
De par son expérience sur le terrain, M. Coulombel peut d’ores et déjà prévoir les problèmes qui se poseront au niveau de la reconstruction. « D’une part, il y aura ceux qui ont les moyens et qui lanceront les réparations par eux-mêmes, ceux qui sont mobiles et bricoleront quelque chose même s’ils n’ont pas les moyens, et puis ceux qui n’ont pas du tout les moyens ni la possibilité de faire le travail, dit-il. Nous serons là en priorité pour aider ces gens-là. Il faut nous en donner les moyens, parce que des millions d’euros seront nécessaires en vue de mener à bien ce projet ambitieux. »

Il met en avant le fait que changer les fenêtres et réparer est un vrai métier qui doit être mené par des professionnels, se prononçant contre les réparations provisoires suivant la logique du « mieux que rien ». « Ce n’est pas mon approche, affirme-t-il. Nous nous sommes fixé un budget moyen de 500 euros par logement. Les bénéficiaires sont identifiés par le biais de partenaires locaux. »

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Quel type de bâtiments ont le mieux tenu face à cette explosion, et quels sont ceux qui sont irrécupérables, d’après ses observations ? « Nous pouvons répartir les constructions en trois types, répond-il. Les bâtiments industriels autour du port ont quasiment été pliés vu la violence du souffle, et seront récupérables partiellement, surtout dans le cadre de la gestion et le tri des déchets. Les bâtiments en ossature de béton ont relativement bien résisté, même si les enveloppes et l’intérieur des logements sont fracassés. Pour les bâtiments anciens, dont ceux qui datent du début du béton (années 20 et au-delà), il y aura des réparations conséquentes, peut-être de la démolition partielle avec reconstruction. C’est une entreprise à envisager sur le long terme. » Ces bâtiments anciens constituent un patrimoine considérable et font de ces quartiers de Beyrouth des gardiens de la mémoire de la ville. Quelles recommandations pour préserver ce patrimoine ? « J’ai écouté les habitants qui font état d’une pression foncière relativement importante, notamment dans le bas de la ville, estimant que c’est un enjeu financier qui intéresse beaucoup de promoteurs, souligne M. Coulombel.

Mais au final, il s’agit d’un choix de société : est-ce qu’il vaut mieux préserver un patrimoine de qualité, quitte à le réhabiliter à un coût élevé, ou le remplacer par des structures plus neuves ? Après avoir discuté avec l’ordre des ingénieurs et des architectes, je sais qu’il existe une volonté farouche de reconstruire à l’identique et ne pas démolir, et, à mon avis, c’est une bonne chose. » Il note la nécessité de prendre des mesures urgentes comme le bâchage des toits en tuile par exemple.

Accompagner les sinistrés au même titre que le psychologue
Quelle est l’importance du soutien psychologique dans le processus de reconstruction effective ? « Ce qui est fondamental, ce n’est pas l’outil qu’on met en place, mais le résultat qu’on cherche à atteindre, dit-il. Et le résultat est le suivant : quand on veut que les habitants rentrent chez eux dans des conditions acceptables, et pour éviter le post-traumatisme, il faut accompagner ces personnes, suivant notre expérience, de psychologues mais aussi de techniciens, d’architectes et d’ingénieurs capables d’expliquer ce qui se passe. Il faut les rassurer sur la sécurité structurelle du bâtiment, et il est vital de le leur dire clairement. Et cela fonctionne ! Il y a aussi la question fondamentale de la durée de la reconstruction. Il ne faut pas être surpris que la ville garde durant un certain temps des stigmates de l’explosion. »

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C’est donc un long processus… « Il y a en effet la réparation proprement dite, notamment le problème conséquent des fenêtres, puis la reconstruction partielle ou totale des bâtiments effondrés, qui se fera en fonction de l’assurance ou des moyens disponibles, et la durée dépendra de cela, explique l’expert. À Toulouse, cela a pris dix ans pour faire les choix et tout reconstruire. »

Il ajoute : « Cela est normal parce que l’on n’est plus dans un processus de réparation, mais dans la problématique de repenser l’aménagement urbain, la relation entre le port, la ville et l’autoroute. Est-ce qu’il n’est pas possible de créer un autre espace, de remplacer les entrepôts par d’autres structures ?… Et puis les Beyrouthins devront se poser la question de savoir si des matières dangereuses seront entreposées à nouveau à cet endroit. Cela fait partie des choix normaux à faire après une catastrophe. »


La double explosion du 4 août au port de Beyrouth a fait voler les vitres en éclats, fragilisé les structures et meurtri les habitants en bouleversant leurs vies. « Windows for Beirut » est une fondation née après le drame à l’initiative de Lara Moutin, experte en développement durable et chaîne d’approvisionnement, et du présentateur de télévision Ricardo Karam, et...

commentaires (2)

TRES BONNE INITIATIVE.

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

10 h 31, le 23 août 2020

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Commentaires (2)

  • TRES BONNE INITIATIVE.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 31, le 23 août 2020

  • Bravo pour cette initiative. L'article ne mentionne pas assez le rôle de Lara Moutin (Libanaise de coeur ayant grandi à Beyrouth) dans cette initiative.

    Michael

    00 h 07, le 22 août 2020

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