Rechercher
Rechercher

Analyse

Dans le nouveau monde arabe, la Palestine n’existe pas

La normalisation des relations émirato-israéliennes s’inscrit dans une évolution régionale entamée il y a plus d’une décennie.

Dans le nouveau monde arabe, la Palestine n’existe pas

En Cisjordanie occupée, des Palestiniens brûlaient hier des cartons à l’effigie du président américain Donald Trump et du prince héritier d’Aboud Dhabi Mohammad ben Zayed al-Nahyane. Raneen Sawafta/Reuters

Combien de tournants stratégiques ou d’annonces historiques une région peut-elle supporter en une décennie ? En dix ans, le Moyen-Orient a connu les printemps arabes, l’éclosion puis la chute de l’État islamique, l’intervention russe en Syrie, la conclusion puis le retrait américain de l’accord nucléaire iranien. Si l’on remonte un peu dans le temps, on peut ajouter l’intervention américaine en Irak pour réaliser à quel point la région vit sur une plaque tectonique depuis le début du XXIe siècle, et encore plus depuis 2011. Le Moyen-Orient est en perpétuel reconfiguration depuis des années, ce qui doit inviter à la prudence au moment de qualifier, pour la énième fois, un évènement de tournant stratégique.

L’accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis annoncé jeudi rentre-t-il dans cette catégorie comme le pense, semble-t-il, la majorité des commentateurs? La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît. Si le timing de l’annonce a surpris tout le monde et que le symbole est fort, l’officialisation de l’idylle israélo-émiratie ne va pas nécessairement changer la donne régionale. L’évènement est incomparable, à titre d’exemple, avec la visite de Sadate à Jérusalem en novembre 1977. Les Émirats n’étaient pas en guerre avec Israël et pas non plus particulièrement actifs – c’est le moins que l’on puisse dire – dans la défense des intérêts palestiniens. Ils n’ont pas « abandonné la cause palestinienne » dans le sens où cela fait des années que le dossier n’est pas considéré comme une priorité régionale pour Abou Dhabi. Les Émirats craignaient qu’une annexion de pans de la Cisjordanie sonne le glas de leur rapprochement avec l’État hébreu. Ils ont ainsi décidé d’utiliser leur principal levier vis-à-vis d’Israël – la normalisation – en échange d’un arrêt, ou d’un simple report si l’on en croit Benjamin Netanyahu, de l’annexion. Ils ont estimé que le jeu en valait la chandelle. Il est permis d’en douter. Rien n’indique que Benjamin Netanyahu était prêt à sauter le pas de l’annexion tellement le dossier est complexe tant pour des raisons internes qu’internationales. Rien ne permet d’affirmer non plus que le projet d’annexion ne sera pas ressuscité par le gouvernement israélien dans quelques mois. Abou Dhabi va certainement observer cette évolution de très près et prendre son temps dans le développement de sa relation avec Israël. Mais on peut tout de même arguer que l’émirat a bradé sa normalisation.

Monde arabe qui a déjà changé

Benjamin Netanyahu est le grand gagnant de cette opération. Le rapprochement avec les monarchies du Golfe est l’un de ses principaux objectifs sur la scène diplomatique puisqu’il a le double intérêt de cimenter un front anti-iranien et d’isoler encore un peu plus les Palestiniens. Le Premier ministre trouve en plus une excuse parfaite pour ne pas mettre en exécution ses projets d’annexion, dont il ne veut pas par réalisme, mais qu’il est obligé de soutenir pour attirer les voix de l’extrême droite. Pour le Premier ministre israélien, la victoire sera encore plus belle si le « coming-out » émirati provoque un effet domino dans le Golfe. Bahreïn pourrait bientôt suivre.

Mais la normalisation avec le Golfe prendrait une toute autre dimension si elle impliquait l’Arabie saoudite. Cela semble toutefois peu probable à court terme. Le roi Salmane est attaché à la cause palestinienne tout comme une partie de l’opinion publique saoudienne, et le royaume doit en plus prendre en compte des considérations religieuses en tant que gardien des Lieux saints – la mosquée al-Aqsa de Jérusalem est considérée comme le troisième lieu saint de l’islam. Plus qu’un tournant, cette dynamique politique qui voit les monarchies du Golfe se rapprocher d’Israël au grand jour est l’affirmation d’un monde arabe qui a déjà changé. Les Émirats ont pris acte de ce changement et assument le fait que l’Iran, la Turquie ou encore les démocrates arabes sont pour eux des dangers plus menaçants que l’État hébreu. Le monde arabe est aujourd’hui rythmé par les interventions de puissances non arabes aux agendas impérialistes : l’Iran, la Turquie et, dans une moindre mesure, la Russie. Le géant égyptien se transforme d’année en année, malgré ses 100 millions d’habitants, en un second couteau. La Syrie est en ruines. L’Irak est en guerre de façon discontinue depuis plus de 15 ans. Les monarchies du Golfe sont dirigées par de jeunes loups condamnés à réinventer leur pays pour préparer l’après-pétrole sous risque de disparaître.

La Palestine n’est plus un sujet prioritaire pour les pays du monde arabe. La normalisation avec Israël est encore un tabou pour la majorité d’entre eux. Mais elle ne change pas fondamentalement la donne : les Palestiniens sont plus seuls que jamais.


Combien de tournants stratégiques ou d’annonces historiques une région peut-elle supporter en une décennie ? En dix ans, le Moyen-Orient a connu les printemps arabes, l’éclosion puis la chute de l’État islamique, l’intervention russe en Syrie, la conclusion puis le retrait américain de l’accord nucléaire iranien. Si l’on remonte un peu dans le temps, on peut ajouter...

commentaires (11)

"Dans le nouveau monde arabe, la Palestine n’existe pas" Un titre qui ne reflète pas la vérité dans le sens que la Palestine, en tant qu’état ou royaume a l'endroit d’Israël, n'a jamais existé de toute manière! La Palestine en tant que région administrative oui, mais jamais en état. Au contrario pour le Liban, certains cherchent a le diluer dans le monde arabe, aujourd'hui perse ou encore la Syrie, alors que Le Liban lui existe et a existé en tant que Phénicie, puis malgré le fait qu'il ai été mis sous la juridiction de Damas et pour un certains temps on appelait la région "Bilad el Sham", il a toujours été autonome puisque ingouvernable autrement. Ici aussi il faut relire l'histoire et non pas les théories d’imbéciles heureux. A présent, les palestiniens ont une seule chance de voir la lumière et de ne pas quitter ce qui reste de leurs terres: Créer une fédération avec Israël. Ils prendront tout le monde de court et arrêterons de perdre des guerres inutiles. J'irait même jusqu’à laisser Israël s'occuper de la défense. Eux qu'ils reconstruisent ce qui reste et prennent le temps de respirer l'air de la paix et de la prospérité économique. Avant l'intifada ils y été presque arrivé et Arafat, pour 3% de territoire, a tout foutu en l'air. Maintenant qu'ils se contente du reste et qu'il commence a assurer l'avenir de leurs enfants...

Pierre Hadjigeorgiou

08 h 40, le 17 août 2020

Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • "Dans le nouveau monde arabe, la Palestine n’existe pas" Un titre qui ne reflète pas la vérité dans le sens que la Palestine, en tant qu’état ou royaume a l'endroit d’Israël, n'a jamais existé de toute manière! La Palestine en tant que région administrative oui, mais jamais en état. Au contrario pour le Liban, certains cherchent a le diluer dans le monde arabe, aujourd'hui perse ou encore la Syrie, alors que Le Liban lui existe et a existé en tant que Phénicie, puis malgré le fait qu'il ai été mis sous la juridiction de Damas et pour un certains temps on appelait la région "Bilad el Sham", il a toujours été autonome puisque ingouvernable autrement. Ici aussi il faut relire l'histoire et non pas les théories d’imbéciles heureux. A présent, les palestiniens ont une seule chance de voir la lumière et de ne pas quitter ce qui reste de leurs terres: Créer une fédération avec Israël. Ils prendront tout le monde de court et arrêterons de perdre des guerres inutiles. J'irait même jusqu’à laisser Israël s'occuper de la défense. Eux qu'ils reconstruisent ce qui reste et prennent le temps de respirer l'air de la paix et de la prospérité économique. Avant l'intifada ils y été presque arrivé et Arafat, pour 3% de territoire, a tout foutu en l'air. Maintenant qu'ils se contente du reste et qu'il commence a assurer l'avenir de leurs enfants...

    Pierre Hadjigeorgiou

    08 h 40, le 17 août 2020

  • j'ai ete tres surpris d'entendre Aoun ne pas dire a BFMTV a la suite de la question : ferez vous la paix avec Israel un NON imposant BIEN AU CONTRAIRE il a juste dit il y a quelques problemes avec Israel et il faut les resoudre ( cad d'abord ) LA VERITE FAITES DES DISCUSSIONS AVEC ISRAEL ET ARRANGER LES FRONTIERES TERRESTRES ET MARITIMES . SOYEZ SUR QUE CONTRE UNE PAIX ISRAEL SERA PRET A PLUS DE CONCESSIONS QUE VOUS LE PENSEZ ( AU MOINS ESSAYER AU LIEU DE NE RIEN FAIRE COMME D'HABITUDE ) 2EM VERITE SI VOUS REUSSISSEZ CETTE PAIX CE SERA LE COURONNEMENT DE VOTRE PRESIDENCE ET LELIBAN SE PORTERA BIEN MIEUX PUISQUE HEZBALALH N'AURA PLUS BESOIN DE SES MILICES ET LE MONDE SE RAPPELERA CECI DE VOTRE PRESIDENCE C'EST VOTRE DERNIERE CHANCE D'ETRE UN VRAI LEADER SAISISSEZ LA IMMEDIATEMENT SVP

    LA VERITE

    04 h 18, le 16 août 2020

  • On peut dire que ça n’est pas par la faute des arabes que la Palestine a disparu. , c’est grâce aux prétendus défenseurs de leur cause qui ont terni l’image de toute résistance et à leurs représentants qui ont empoché des milliards versés par les arabes et tous les pays occidentaux pour cette cause et qu’ils ont happé en laissant sur le bord de la route un peuple dispersé, manquant de tout. Ça nous rappelle les Ir responsables libanais avec leur leader de résistance qui ne résiste qu’aux dialogues constructifs aux solutions proposées pour la paix , la souveraineté et la prospérité. Il faut savoir résister à bon escient., et pour ça il faut que tous les palestiniens aillent dans leur pays se défendre en premier contre leurs représentants qui les ont vendu avec leur cause et interdire quiconque qui se substituer à eux ou de se prononcer à leur place. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

    Sissi zayyat

    22 h 09, le 15 août 2020

  • Dans le nouveau monde arabe, la Palestine n’existe pas: TANT MIEUX

    carlos achkar

    20 h 54, le 15 août 2020

  • Mais meme les palestinien ne veulent pas d'un etat! Cela les obligerait a donner des comptes pour toutes les aides qu'íls recoivent et qui sont detournees! Vous croyez vraiment, que Hassan Nasrallah va liberer la Palestine? Mais faut croire alors au Pere Noel...

    IMB a SPO

    18 h 47, le 15 août 2020

  • Malheureusement le grand perdant c est toujours le Liban en attendant d’accueillir des Libyens dès que la guerre civile va s’élever d’un cran là bas

    PHENICIA

    16 h 12, le 15 août 2020

  • Merci les perses! A soi-disant combattre Israël, Ils ont fini par pousser les arabes dans son giron ...hahahahaha

    LeRougeEtLeNoir

    12 h 57, le 15 août 2020

  • "La Palestine n’est plus un sujet prioritaire pour les pays du monde arabe" Et ce, depuis bien longtemps! Mais qu'à cela ne tienne: la libération de la Palestine est en de bonnes mains., celles du fameux tandem....mais au train où elle va cela prendra encore quelques siècles.

    Georges MELKI

    12 h 20, le 15 août 2020

  • Très bon recadrage, loin des annonces sensationnalistes. AS remet l’accord dans ses contextes large et étroit.

    Marionet

    07 h 43, le 15 août 2020

  • Bonjour. Vous vous entendez lorsque vous énoncez ce titre?? Faut se réveiller les gars: La palestine n’existe plus pour presque tout le monde. Pour les libanais aussi, elle n’existe plus. Sauf pour les arabes ceux qui vivent encore à l’ère des années 50. Les nouvelles générations palestiniennes éduquées sont bien intégrées dans ce pays israélien et d’ailleurs elles sont aussi israéliennes. Le monde arabe VIENT d’ouvrir ses yeux. La terre entière les a ouverts depuis très longtemps. Y a qu’au Liban... Pays figé dans les années 60. Années glorieuses où le libanais s’y est réfugié pour refuser de voir les années de guerre , de souffrance. C’est normal. Le libanais n’a plus de choix. Vivre dans le passé. Le passé où on parlait encore de palestine. ( avec l’aide forcée du Hezbollah qui impose SES visions politiques au peuple sous peine d’accusation de trahison ) Mais le monde actuel n’est plus le même. Y a pas que les arabes...

    RadioSatellite.co

    07 h 40, le 15 août 2020

  • Un grand merci a l IRAN grand fossoyeur de la cause palestinienne et artisan de l amitie arabo - israelienne......

    HABIBI FRANCAIS

    01 h 27, le 15 août 2020