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Éclairage

La guerre d’influence s’intensifie entre la Turquie et les EAU

Par conflits interposés, Ankara et Abou Dhabi cherchent à imposer leur rythme dans la région.

La guerre d’influence s’intensifie entre la Turquie et les EAU

Le ministre d’État des Émirats aux Affaires étrangères, Anwar Gargash. Photo d’archives AFP

Le ton va crescendo entre Ankara et Abou Dhabi. Dénonçant les actions des Émirats arabes unis en Libye et en Syrie lors d’un entretien sur la chaîne qatarie al-Jazeera, le ministre turc de la Défense Hulusi Akar a averti vendredi dernier que la Turquie leur demandera des comptes « au bon endroit et au bon moment ». « Les Émirats arabes unis soutiennent des organisations terroristes hostiles à la Turquie et dont l’intention est de nous nuire », a-t-il insisté.

Des déclarations virulentes qui interviennent dans un contexte où la rivalité entre Ankara et Abou Dhabi est de plus en plus exacerbée à travers les conflits où ils ont chacun pied. En Libye, la Turquie soutient le gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, tandis que les EAU appuient l’Armée nationale libyenne (ANL) dirigée par le maréchal Khalifa Haftar. Sur le dossier syrien, le rapprochement entre Abou Dhabi et le régime syrien, entamé publiquement depuis deux ans et encouragé par Moscou, est vu d’un mauvais œil par Ankara, qui dispose de troupes dans le nord du pays et souhaite se poser en interlocuteur incontournable à la table des négociations et, plus largement, dans la région.Fustigeant les propos du ministre turc de la Défense, le ministre d’État des EAU aux Affaires étrangères, Anwar Gargash, s’est empressé de monter au créneau à son tour samedi, exhortant sur son compte Twitter Ankara à « cesser de s’immiscer dans les affaires arabes ». « La Sublime Porte (symbole de l’Empire ottoman) et les illusions colonialistes n’ont de place que dans les archives de l’histoire », a-t-il lancé avant d’ajouter que « les relations entre États ne se gèrent pas par les menaces ».

« Ces déclarations ne sont qu’une reconnaissance par les deux parties que la rivalité est maintenant du domaine public et impossible à contenir dans le cadre de discussions diplomatiques », estime Cinzia Bianco, spécialiste du Golfe au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), interrogée par L’Orient-Le Jour.

Des intérêts nationaux

Défendant des agendas régionaux diamétralement opposés, Ankara et Abou Dhabi ont vu leurs dissensions exacerbées dès 2011 dans la foulée du printemps arabe. « Les EAU mettent en avant une vision musclée laïque, mais autocratique, pour la région, qui exclut l’islam politique des politiques de toutes les juridictions », explique Neil Quilliam, chercheur au sein du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House et directeur général du cabinet de conseil Azure Strategy. « La Turquie, quant à elle, vise à garantir ses intérêts nationaux à travers une série d’accords commerciaux, de projets de reconstruction et de coopération militaire, tous appuyés par un rapprochement avec des groupes et des partis politiques fondés sur l’islam politique », poursuit-il.

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Des différends qui se sont cristallisés en diverses occasions : en 2013 d’abord, lors du coup d’État contre le président islamiste égyptien Mohammad Morsi, puis en 2016 avec le putsch raté contre le reïs turc, Recep Tayyip Erdogan, à la suite duquel Abou Dhabi a été accusé par Ankara d’y avoir contribué financièrement. L’année suivante, la Turquie s’était attiré les foudres des pays du Golfe en affichant publiquement son soutien au Qatar, cible du blocus lancé par Riyad et Abou Dhabi et accusé d’entretenir des liens trop étroits avec l’Iran et les Frères musulmans. Énième rebondissement diplomatique, un tweet partagé en 2018 par le chef de la diplomatie émiratie avait également fait polémique. Le tweet prétendait que le gouverneur ottoman de Médine de 1916 à 1919, Fahreddine Pacha, avait commis des crimes contre la population locale et avait des liens de parenté avec le président turc. Peu après, la Turquie baptisait la rue dans laquelle se trouve l’ambassade des EAU à Ankara, du nom de cet officier ottoman.

Plus récemment, la tension est montée d’un cran depuis que l’Égypte, alliée des EAU en Libye, agite la menace d’une intervention armée, approuvée il y a quinze jours par le Parlement, si les forces de Fayez el-Sarraj continuent leur avancée vers l’Est libyen. Ce scénario ne fait pas les affaires d’Ankara qui a les yeux rivés sur la ville stratégique de Syrte, à l’Est, depuis que le maréchal Haftar ne cesse d’essuyer des revers dans l’Ouest suite à l’envoi de troupes turques et de mercenaires au mois de janvier pour muscler les rangs du GNA. « L’engagement de la Turquie dans toute la région, notamment en Libye, s’est intensifié au cours des derniers mois et a non seulement augmenté le coût de l’intervention militaire des EAU, mais également inversé la tendance des progrès réalisés par les Forces arabes libyennes armées (AALF), soutenue par les EAU, pour la prise de la capitale libyenne Tripoli », souligne Neil Quilliam.

Pas de conflit direct

La guerre d’influence entre les EAU et la Turquie s’est également exportée du côté de la Corne de l’Afrique, zone stratégique où chacun cherche à renforcer son assise. En 2017, Ankara a inauguré sa plus grande base militaire à l’étranger en Somalie, pays avec qui il entretient des relations historiques et économiques étroites. Abou Dhabi dispose pour sa part, depuis 2015, d’une base aérienne à Assab, en Érythrée, utilisée dans le cadre de son intervention au Yémen avec la coalition menée avec Riyad pour appuyer le gouvernement yéménite de Abd Rabbo Mansour Hadi contre les rebelles houthis. Annoncée en grande pompe en 2017, la construction d’une base à Berbera, au Somaliland, par les EAU a finalement été annulée.

La Corne de l’Afrique présente un intérêt particulier tant pour Abou Dhabi que pour Ankara, offrant un accès au golfe d’Aden et à la mer Rouge par le biais du détroit de Bab el-Mandeb, point névralgique du commerce maritime international et des exportations de pétrole. En mai dernier, le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy, avait dénoncé le rôle joué par les EAU en Libye et dans la Corne de l’Afrique, les accusant de « fournir un soutien aux organisations terroristes, dont al-Chebab, et aux activités séparatistes au Yémen », en référence au Conseil de transition du Sud. « Il est peu probable qu’Ankara et Abou Dhabi s’engagent dans un conflit direct, même s’ils continueront d’intensifier leurs efforts pour soutenir des groupes politiques et militaires opposés en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique », estime Neil Quilliam. « Les deux pays voient leur rivalité à travers la perspective d’un jeu à somme nulle », note pour sa part Cinzia Bianco. « Par conséquent, ils iront de l’avant dans les limites de leurs propres ressources ou jusqu’à ce qu’un acteur extérieur intervienne. Leurs dernières déclarations pourraient faciliter ce processus, dans le sens où elles pourraient attirer l’attention de beaucoup qui ne considèrent toujours pas la rivalité turco-émiratie comme l’une des principales failles dans la région, au même titre que celle entre l’Arabie saoudite et l’Iran », précise-t-elle.


Le ton va crescendo entre Ankara et Abou Dhabi. Dénonçant les actions des Émirats arabes unis en Libye et en Syrie lors d’un entretien sur la chaîne qatarie al-Jazeera, le ministre turc de la Défense Hulusi Akar a averti vendredi dernier que la Turquie leur demandera des comptes « au bon endroit et au bon moment ». « Les Émirats arabes unis soutiennent des...

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IL FAUT VAINCRE LES REJETONS DES OTTOMANS PARTOUT OU ILS FOURRENT LEUR NEZ DANS LES PAYS ARABES ET ISLAMIQUES ET SURTOUT EN SYRIE ET EN LYBIE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 54, le 03 août 2020

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Commentaires (1)

  • IL FAUT VAINCRE LES REJETONS DES OTTOMANS PARTOUT OU ILS FOURRENT LEUR NEZ DANS LES PAYS ARABES ET ISLAMIQUES ET SURTOUT EN SYRIE ET EN LYBIE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 54, le 03 août 2020