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Liban

« Si la situation économique continue à se détériorer, je ne pourrai pas avoir un autre enfant »

Avoir un enfant au Liban est devenu tellement coûteux que de nombreux couples ajournent leur projet, alors qu’un trop lourd fardeau pèse désormais sur les épaules de ceux qui doivent nourrir leurs petits. En l’espace de quelques mois, la classe moyenne a sombré dans la pauvreté.

« Si la situation économique continue à se détériorer, je ne pourrai pas avoir un autre enfant »

Un homme et une femme montent dans une voiture devant une affiche sur laquelle est écrit "Nous n'avons plus un sou", le 29 juillet 2020 à Tripoli, au Liban-nord. Photo REUTERS/Mohamed Azakir

Dans la clinique d’un gynécologue à Beyrouth, Marianne, 29 ans, est venue se faire poser un stérilet. Elle aurait rêvé d'avoir un deuxième enfant mais avec la situation économique son projet est ajourné.

Cette prospectrice médicale encaisse un demi salaire alors que son mari, jeune ingénieur, vient de perdre son emploi. Le couple a un enfant de deux ans. « Il faut compter les couches, le lait, et puis dans un an, la scolarité. Actuellement, nous arrivons à peine à joindre les deux bouts. Je n’ose même pas penser aux prochaines dépenses scolaires. Nous vivons au jour le jour et je sais que d’ici quelques années, si la situation continue à se détériorer, je ne pourrai pas avoir un autre enfant. C’est à peine si j’aurai les moyens d’élever dignement mon fils », dit-elle.

Il n’existe pas de chiffres actuellement sur les couples qui ont décidé de mettre en veilleuse leur rêve d’avoir un enfant, qu’il soit le premier, le deuxième ou le troisième. Mais un rapport publié par l’ONG internationale Save the Children, souligne en citant le Programme alimentaire mondial (PAM) que deux tiers des ménages libanais ont vu leurs revenus reculer ou fondre depuis le début de la crise, tandis que 20% des familles libanaises et 33% des familles syriennes ont dû sauter des repas ou ne pas manger à leur faim pendant une journée entière. "Nous commencerons à voir des enfants mourir de faim avant la fin de l'année", a en outre mis garde Save the children.

Rebecca a trente-deux ans. Elle est esthéticienne mariée à un policier. Elle a trois enfants, un garçon de 5 ans, une fille de 3 ans et un nourrisson de 4 mois et habite un appartement petit et coquet dans le Metn. Rana et son mari ont diverses charges à payer à la banque, notamment les traites de la maison et de la voiture. « C’est presque tout le salaire de mon mari qui y passe et cela a toujours été le cas. Avant la crise, je cumulais les boulots pour élever les enfants », explique-t-elle.

Rebecca travaillait chez un coiffeur, se rendait au domicile de ses clientes, travaillait à mi-temps dans une buanderie, aujourd’hui fermée suite à la crise économique. Il y a quelques mois encore, Rebecca rêvait d’un autre avenir pour ses enfants, d’une école privée, de cours de danse pour les filles, de cours de judo pour le garçon. Aujourd’hui, le plus important est de survivre, de ne pas mourir de faim. « Mes deux aînés buvaient deux fois par jour du lait. Je leur ai dit que désormais, ils ne boiront du lait que le soir. Le matin, ce sera une tartine. Ils ont pleuré une semaine durant. Puis ils se sont habitués », dit-elle, l’air désolé.

Le cauchemar du supermarché

« Tout a renchéri au supermarché, je ne peux pratiquement plus rien acheter, ni viande, ni poulet, ni beurre, ni fromage. J’essaie de tout confectionner à la maison, même la pâte à cacao pour remplacer le Nutella. Mais même avec toutes ces économies, il m’est très difficile de joindre les deux bouts », poursuit Rebecca. « La toute petite a besoin pour 150 000 livres de lait et 120 000 livres de couches par mois. Cela si le dollar ne grimpe pas encore. Parfois, je ne les ai pas et je prends de l’argent à mes parents », confie Rebecca, le regard perdu sur les dalles du salon, alors que les larmes lui montent aux yeux. Puis elle regarde droit devant elle, comme si elle ne voyait plus son interlocuteur. « J’ai peur que mes enfants crèvent de faim. Je n’en dors pas la nuit, tellement j’y réfléchis. Je suis une fille bien je ne volerai jamais pour leur donner à manger mais si vraiment je n’ai plus aucune ressource, je me prostituerai pour leur apporter de quoi manger. Je ne les laisserai jamais mourir de faim », affirme-t-elle, d’un ton résolu.

Donner à manger à des enfants plus âgés, financer leur scolarité et leurs activités devient un casse-tête pour de nombreux ménages libanais qui faisaient partie de la classe moyenne et qui ont subitement sombré dans la pauvreté. Depuis septembre dernier, les prix des produits de base ont haussé de 169%, tandis que le chômage a augmenté de 35% dans le secteur formel et jusqu'à 45% dans le secteur informel, et le pouvoir d'achat des familles a chuté de 85%, avec la dépréciation violente de la livre libanaise.  Selon les estimations de la Banque mondiale, 50 % de la population libanaise vit désormais au-dessous du seuil de pauvreté ; ce pourcentage devrait atteindre les 70 % en septembre.

Rima travaille dans une agence de voyage alors que son époux est électricien. Aujourd’hui, avec le confinement dû au COVID-19 qui a porté un coup sévère au secteur, elle encaisse le tiers de son salaire, ne perçoit plus de commissions sur les ventes quasi-inexistantes de billets d’avion alors que son mari n’a aucun projet depuis de long mois. Elle a deux enfants âgés de 8 et de 9 ans. « Pour moi, aller au supermarché relève du cauchemar. Je ne sais plus quoi leur mettre sur les tartines, tout a renchéri ; le fromage, le jambon et la charcuterie. Mes enfants ne vont pas passer leur vie à manger du zaatar w zeit (du thym trempé dans de l’huile d’olive) quand-même ! » lance-t-elle.

Grâce à son travail, Rima pouvait offrir un voyage à sa famille au moins une fois l’an. Les enfants scolarisés dans une bonne école catholique du Kesrouan avaient découvert Eurodisney avant tous leurs amis. « Depuis octobre dernier, je n’ai plus payé les traites de l’appartement. Mon mari a un crédit personnel à la banque, on ne le paie pas non plus. Je pense mettre les enfants à l’école publique, mais j’ai vraiment peur de leur réaction. Durant le confinement, mes enfants ont épuisé peintures et crayons de couleurs. Je n’ai plus vraiment les moyens de les remplacer. Les activités parascolaires qu’ils faisaient ont repris mais je ne leur ai pas dit. Je n’ai pas de quoi payer et je ne peux pas faire face à leur tristesse », dit-elle.


NDLR : Le nom des personnes a été modifié pour préserver leur anonymat.


Dans la clinique d’un gynécologue à Beyrouth, Marianne, 29 ans, est venue se faire poser un stérilet. Elle aurait rêvé d'avoir un deuxième enfant mais avec la situation économique son projet est ajourné.

Cette prospectrice médicale encaisse un demi salaire alors que son mari, jeune ingénieur, vient de perdre son emploi. Le couple a un enfant de deux ans. « Il faut...

commentaires (4)

Merci qui ? Maudits soyez Maudits jusqu’à la vingtième génération vous les responsables de cette catastrophe qui s’est abattue sur nous que vous soyez politiciens, fonctionnaires, banquiers...

Liberté de Penser

09 h 52, le 02 août 2020

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Merci qui ? Maudits soyez Maudits jusqu’à la vingtième génération vous les responsables de cette catastrophe qui s’est abattue sur nous que vous soyez politiciens, fonctionnaires, banquiers...

    Liberté de Penser

    09 h 52, le 02 août 2020

  • les 5 dangers que court le Liban : les politiques, les mafieux, les corrompus, les corrupteurs, les menteurs

    gaby sioufi

    09 h 19, le 02 août 2020

  • ajourner un projet d'enfant quand les conditions sont défavorables est une attitude totalement responsable ,réfléchie et qui n'a rien d'irrémédiable, croyez moi;J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 16, le 02 août 2020

  • Vive le "Liban Fort"...

    Gros Gnon

    03 h 06, le 02 août 2020