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Éclairage

Au Maroc, le harcèlement judiciaire contre Omar Radi se poursuit

Le journaliste et militant des droits humains est en détention depuis mercredi pour « atteinte à la sécurité intérieure » et « viol ».

Au Maroc, le harcèlement judiciaire contre Omar Radi se poursuit

Le journaliste et activiste Omar Radi devant la Cour à Casablanca, au Maroc, le 12 mars 2020. REUTERS/Youssef Boudlal

Nouveau rebondissement dans l’affaire Omar Radi au Maroc. Le journaliste et militant des droits humains, connu pour son travail d’investigation autour de nombreuses affaires de corruption, a de nouveau été placé en détention mercredi 29 juillet. Motifs invoqués ? Espionnage et viol. Le jeune homme de 34 ans a été transféré à la prison d’Oukacha à Casablanca, dans l’ouest du pays. Son procès est prévu pour le 22 septembre. Pour la justice, il aurait reçu des fonds étrangers « dans le but de porter atteinte à la sécurité intérieure de l’État ». L’accusation fait suite à la publication par Amnesty international d’un rapport à charge contre le pouvoir selon lequel le téléphone du journaliste aurait été espionné via le logiciel de piratage Pegasus, développé par l’entreprise israélienne NSO Group Technologies et utilisé par les autorités marocaines.

« Les journalistes qui critiquent l’approche sécuritaire au Maroc sont les plus vulnérables aux représailles », a fustigé mercredi M. Radi dans une vidéo, peu avant son rendez-vous judiciaire. Le journaliste fait également l’objet d’une enquête pour des « délits relatifs à un attentat à la pudeur avec violence et viol », dans la foulée d’une plainte déposée par une femme qui affirme que M. Radi l’aurait agressée dans la nuit du 12 au 13 juillet. Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Radi se dit quant à lui « victime d'un coup monté savamment orchestré, préparé depuis des mois ». « Nul ne peut croire que l'activation de cette plainte malveillante, à ce moment précis, est une innocente coïncidence, ou un dossier tout à fait séparé du harcèlement judiciaire dont je fais l'objet », écrit le jeune homme qui évoque une « relation consentie » dont les preuves ont été présentées aux enquêteurs.

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Dans le sillage de son arrestation, plusieurs journalistes et activistes ont exprimé sur les réseaux sociaux leur méfiance, voire leur rejet total des soupçons formulés à l’encontre de M. Radi. Des militantes féministes se sont également insurgées contre ce qui, selon elles, ressemble à une exploitation des droits des femmes à « des fins politiques et sécuritaires ». Pour Eric Goldstein, directeur par intérim pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch, « bien que toutes les allégations de viol doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies et équitables, le contexte fait craindre que les deux accusations contre Omar Radi soient une manipulation flagrante du système judiciaire pour réduire un journaliste critique au silence, alors que les attaques contre la liberté d’expression au Maroc se multiplient ». Le comité pour la protection des journalistes rappelle que si M. Radi est reconnu coupable d'atteinte à la sécurité nationale en vertu des articles 191 et 206 du code pénal marocain, il risque une amende allant de 1 000 à 10 000 dirhams (107 à 1 071 dollars) et de un à cinq ans de prison. S'il est reconnu coupable d'agression sexuelle en vertu des articles 485 et 486, il risque alors jusqu'à 10 ans de prison.

Un symbole du harcèlement judiciaire

Ces derniers mois, M. Radi est devenu le symbole du harcèlement judiciaire dont font l’objet les voix dissidentes au Maroc. Le journaliste et militant avait déjà été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour un tweet dans lequel il critiquait avec fermeté le juge Lahcen Talfi à cause d’une décision de justice, confirmée en appel au mois d’avril, à l’encontre de 42 prévenus ayant participé au mouvement populaire marocain de 2016 et 2017. Certains accusés avaient alors été condamnés à des peines allant jusqu'à 20 ans de prison.

Reporters sans frontières (RSF), de concert avec d’autres organisations non-gouvernementales, a appelé les autorités marocaines à cesser toute intimidation et harcèlement contre Omar Radi, précisant que son cas est emblématique d’une « dégradation claire de la liberté d’expression » dans le pays. Selon le média marocain Le Desk, dont Omar Radi est l'un des fondateurs, c’est la dixième fois que le journaliste est convoqué devant les autorités.

Si depuis 2016, les peines de prison ne figurent plus dans le code marocain de la presse, le pouvoir le contourne en ciblant les journalistes sur des motifs étrangers à l’exercice de leur métier, en ayant recours au code pénal notamment.

Le cas de Omar Radi fait écho à ceux de Taoufik Bouachrine et de Souleimane Raissouni. Le premier, fondateur et propriétaire du quotidien arabophone Akhbar al-Yom, a été condamné en appel en 2019 à 15 ans de prison pour violences sexuelles. Le second, rédacteur en chef au sein du même média connu pour ses éditoriaux virulents contre les services de renseignement, est soupçonné d’agression sexuelle et a été maintenu en détention préventive après une première audition le 20 juillet dernier.

Les cas de MM. Radi et Raissouni ont été évoqués dans un manifeste publié le 16 juillet mobilisant 110 journalistes marocains contre les « médias de diffamation ». Dans leur collimateur, une presse proche du pouvoir qui n'hésite pas à calomnier les voix dissidentes dans le royaume chérifien. « A chaque fois que les autorités ont poursuivi une voix critique, certains sites et journaux se sont empressés d’écrire des articles diffamatoires, sans aucune éthique professionnelle, voire enfreignant les lois organisant la presse au Maroc », ont souligné les signataires qui ont également appelé le Conseil national de la presse à prendre des « sanctions disciplinaires » contre ceux qui violent le code de déontologie.


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