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Polémique

Sainte-Sophie : le nouveau camouflet d’Erdogan aux Occidentaux

Les communautés chrétiennes, tant catholiques qu’orthodoxes, ont dénoncé la décision du président turc de transformer l’ex-basilique byzantine à Istanbul en mosquée.

Sainte-Sophie : le nouveau camouflet d’Erdogan aux Occidentaux

Des touristes visitant l’intérieur de Sainte-Sophie, le 10 juillet, à Istanbul. Ozan Kose/AFP

C’est une nouvelle étape dans la confrontation entre Ankara et les communautés chrétiennes orthodoxe et occidentale. Perçue comme un nouvel affront, l’annonce vendredi du président turc, Recep Tayyip Erdogan, de transformer l’ex-basilique Sainte-Sophie à Istanbul en mosquée a provoqué une levée de boucliers de Washington à Athènes, en passant par Paris et le Vatican tandis que l’Unesco et l’Union européenne ont fait état d’une décision « regrettable ». « Ma pensée va à Istanbul, je pense à Sainte-Sophie. Je suis très affligé », a déclaré hier le pape François à l’issue de la prière de l’Angélus, sortant du discours prévu. « L’inquiétude de millions de chrétiens n’a pas été entendue », a dénoncé pour sa part le porte-parole de l’Église orthodoxe russe Vladimir Legoida, cité par l’agence russe Interfax.

Symbole à la croisée des mondes, Sainte-Sophie a traversé les époques. D’abord érigée au VIe siècle par les Byzantins, la basilique a été convertie en mosquée en 1453 dans la foulée de la prise de Constantinople par les Ottomans avant de devenir un musée sous le président turc Mustafa Kemal en 1934 dans le but de « l’offrir à l’humanité ». Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, Sainte-Sophie attire des touristes du monde entier, enregistrant quelque 3,8 millions de visiteurs l’année dernière. Le patriarche Bartholomée de Constantinople, chef spirituel de l’Église orthodoxe, avait averti en juin que la transformation de Sainte-Sophie en mosquée pourrait « monter des millions de chrétiens dans le monde contre l’islam ».

En ignorant les appels internationaux, la décision rendue par le Conseil d’État, plus haut tribunal administratif de Turquie, de révoquer le statut de musée de Sainte-Sophie devrait ajouter un peu plus d’huile sur le feu entre Ankara et l’Occident. « Il y a déjà un tel niveau de mésentente entre eux que ça ne changera pas grand-chose et, quelque part, Erdogan n’est pas à ça près. Satisfaire son électorat ou tenir une promesse sont des paramètres plus importants », remarque toutefois Bayram Balçi, directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul, interrogé par L’Orient-Le Jour. « On est dans le domaine de la rancune, de la vengeance, voire même du clash des civilisations », poursuit-il. La Turquie et les pays européens sont déjà en conflit sur plusieurs dossiers, à l’instar de l’adhésion turque à l’UE, de la question migratoire ou encore la Libye.

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La décision turque s’inscrit dans la continuité de l’ambition du Reïs de s’imposer comme leader du monde musulman d’une part, et comme acteur géopolitique incontournable d’autre part. Répondant à ses détracteurs, le président Erdogan s’en est pris au cours d’une cérémonie en visioconférence samedi à « ceux qui ne bronchent pas contre l’islamophobie dans leurs propres pays (...) et qui attaquent la volonté de la Turquie d’user de ses droits souverains ». « Nous avons pris cette décision non pas en fonction de ce que les autres disent mais en fonction de nos droits, comme nous l’avons fait en Syrie, en Libye et ailleurs », a-t-il justifié.

Athènes : une provocation envers le « monde civilisé »
Au début du mois, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait déjà exhorté le gouvernement turc sur son compte Twitter au maintien du statut de musée de Sainte-Sophie « en tant qu’exemple de son engagement à respecter la diversité des traditions religieuses de l’histoire de la Turquie et à veiller à ce qu’elle reste accessible à tous ». Un plaidoyer qui s’était heurté à une fin de non-recevoir du côté turc. « Sainte-Sophie, située sur notre terre, est la propriété de la Turquie, comme tous nos biens culturels », avait alors répondu tout de go dans un communiqué le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy. Tout problème en rapport avec Sainte-Sophie est « une affaire intérieure dans le cadre des droits souverains de la Turquie », avait-il insisté.

Sujet de discorde avec les Occidentaux et les Russes, la question de Sainte-Sophie s’ajoute à une série de dossiers qui pèsent sur leurs liens avec la Turquie à l’instar des actions turques en Libye, en Syrie et, plus largement, en mer Méditerranée.

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Déjà en dents de scie, les relations entre Ankara et Athènes s’étaient détériorées en décembre dernier avec la conclusion d’un accord de délimitation maritime entre les forces turques et du gouvernement libyen de Fayez el-Sarraj, reconnu par la communauté internationale. Ouvrant la voie à un contrôle des ressources énergétiques par la Turquie en Méditerranée et considéré par la Grèce comme une atteinte à sa souveraineté, l’accord secoue aussi l’OTAN alors qu’Athènes et Ankara sont membres de l’organisation. Leurs relations pourraient désormais se compliquer un peu plus encore. Alors que la communauté orthodoxe représente 90 % de sa population, la Grèce a dénoncé la décision turque avec virulence, la qualifiant de « provocation envers le monde civilisé » et estimant que « le nationalisme dont fait preuve le président Erdogan ramène son pays six siècles en arrière ».

Si l’Église orthodoxe russe a également adopté un ton ferme à l’égard d’Ankara, le Kremlin s’est voulu plus modéré, insistant la semaine dernière sur la « valeur sacrée » de l’édifice pour les Russes, mais précisant que le changement de statut de l’ex-basilique relevait « des affaires intérieures de la Turquie ».



C’est une nouvelle étape dans la confrontation entre Ankara et les communautés chrétiennes orthodoxe et occidentale. Perçue comme un nouvel affront, l’annonce vendredi du président turc, Recep Tayyip Erdogan, de transformer l’ex-basilique Sainte-Sophie à Istanbul en mosquée a provoqué une levée de boucliers de Washington à Athènes, en passant par Paris et le Vatican tandis...

commentaires (3)

IL VA EN PAYER CHEREMENT LE PRIX L,OTTOMAN ERDO.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

19 h 48, le 13 juillet 2020

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Commentaires (3)

  • IL VA EN PAYER CHEREMENT LE PRIX L,OTTOMAN ERDO.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    19 h 48, le 13 juillet 2020

  • Ce n'est pas fini : il ya les îles grecques , en face de la Turquie, l'île de Crète pour etre le maître de la Méditerranée , la Thrace et Salonique , conclusions ll veut la Grece .troisieme guerre mondiale

    Eleni Caridopoulou

    18 h 46, le 13 juillet 2020

  • "" le nouveau camouflet d’Erdogan aux Occidentaux"" OU lorsque les sous priment toute autre consideration chez ces memes occidentaux !

    gaby sioufi

    10 h 50, le 13 juillet 2020