Rechercher
Rechercher

TÉMOIGNAGES

Membres de partis traditionnels, des étudiants reviennent sur les raisons de leur adhésion politique

Alors que le pays continue de s’enfoncer dans une crise économique et politique sans précédent, cinq étudiants issus de différentes universités reviennent sur les raisons qui les poussent à revendiquer leur appartenance aux partis politiques traditionnels.

Membres de partis traditionnels, des étudiants reviennent sur les raisons de leur adhésion politique

Mahdi Tfeily. Photo Oussama Mourtada

Aujourd’hui que le Liban est en proie à l’effondrement économique, que les manifestations antigouvernementales refont surface, que le taux de paupérisation ne cesse de s’accroître avec la dévaluation de la livre et la fermeture de nombreuses entreprises, c’est le résultat de trente ans de gouvernance que le peuple libanais est en train de voir voler en éclats. Le tableau ne semble pouvoir être plus sombre, et pourtant force est de constater qu’un pan de la jeunesse libanaise continue d’avoir foi dans les partis politiques libanais existants.

C’est le cas de Cynthia Yammine, Élie Matar, Mahdi Tfaily, Karine Cassis et Wassim Baroudi. Ils ont entre 19 et 23 ans et sont respectivement étudiants en droit, en ingénierie, en physique, en journalisme ou encore en gestion. À eux cinq, ils sont en quelque sorte la preuve que l’entièreté de la jeunesse libanaise n’aspire pas à une refonte totale du système de gouvernance tel qu’il s’est formé au lendemain de la guerre civile. Chacun de ces jeunes, en étant affilié à un parti politique traditionnel, montre bien la force, toujours actuelle, de l’ancrage séculaire de ces différentes idéologies qui composent l’identité plurielle et fragmentée du paysage politique libanais.

Cynthia Yammine. Selfie

Des points communs

Dans le discours de ces étudiants, et malgré les profondes divergences idéologiques qui opposent leurs partis, un certain nombre d’éléments communs justifiant leur attachement à leur parti reviennent régulièrement : il y a la volonté de « protéger le Liban », de « préserver son indépendance » face à « l’ingérence de puissances étrangères », son « implication historique » dans la formation du pays du Cèdre, le désir de construire un meilleur État, le « sacrifice de martyrs »…

Concernant les deux premiers points, à savoir la protection du peuple et du territoire, ainsi que l’indépendance de la nation, Cynthia Yammine, étudiante en troisième année de droit et sciences politiques à l’Université libanaise et affiliée au Courant patriotique libre (CPL), explique : « La principale raison de mon affiliation au CPL est l’histoire de son fondateur, en plus de la politique intérieure actuelle qui vise à construire un État fort protégeant les droits de tous les citoyens et libérant le pays de la corruption et en faveur d’une politique étrangère basée sur la souveraineté et l’indépendance. » Quant à Mahdi Tfaily, étudiant en physique à l’Université libanaise (UL) et partisan du Hezbollah, il met avant tout l’accent sur la protection physique du territoire opérée par son parti : « Le Hezbollah est le parti libanais le plus impliqué dans la sécurité du Liban contre les attaques et violations israéliennes qui n’auraient jamais eu de cesse sans lui. » Karine Kassis, étudiante en journalisme à l’Université libanaise et affiliée aux Forces libanaises (FL), dit sur ce point : « Je suis kouwatiya car les FL ont commencé en tant que résistance libanaise fondée par le président martyr Bachir Gemayel qui a respecté son slogan des “10 452 km²” pour défendre l’ensemble des terres libanaises face à tout danger ou occupation, malgré la différence de composition et de sectes. » Si aucune version officielle de l’histoire récente du Liban n’a encore fait consensus dans les manuels d’histoire, il n’empêche que chaque parti, dont les dirigeants étaient justement protagonistes durant la guerre civile, affirme l’importance de ses actions par le passé. C’est donc naturellement que l’allégeance au parti est souvent légitimée par les jeunes en raison de son implication dans l’histoire de la construction de la patrie libanaise. « Je crois que c’est en raison de l’héroïsme de nos ancêtres que nous sommes aujourd’hui capables de vivre dans un Liban indépendant. Ainsi, il est de notre devoir de poursuivre ce qu’ils ont commencé en bâtissant un pays souverain, libre et indépendant. Le parti Kataëb a joué un rôle important en dirigeant les protestations libanaises contre le mandat français en 1943, pour ne citer que cet exemple. Et aujourd’hui encore, nous sommes un acteur important dans les révoltes que connaît le pays depuis octobre dernier », estime Élie Matar, de l’Université Notre-Dame de Louaïzé (NDU), en évoquant son appartenance à ce parti. Cet attachement aux actions passées des Kataëb semble aussi prépondérant dans la pensée de Cynthia Yammine. « En 1990, le CPL était seul face à l’occupation syrienne, et le seul à avoir rejeté l’accord de Taëf en 1989. Or c’est l’accord de Taëf qui porte l’entière responsabilité de la corruption dont nous souffrons aujourd’hui, ses signataires se sont partagé les profits et les gains de l’État, et ce sont ces mêmes signataires qui aujourd’hui combattent le CPL… » estime-t-elle.

De même, pour Wassim Baroudi, affilié au courant du Futur, parti qui se trouve être dans un camp opposé à celui du CPL, l’histoire rappelle les grandes actions de cette formation, dont certaines n’ont pas pu être menées à bien, selon le jeune étudiant. « Le président Rafic Hariri a fait beaucoup pour le Liban : il y a eu Paris I, Paris II, Paris III... Saad Hariri a créé la Conférence internationale de soutien au Liban (CEDRE) pour aider le pays financièrement, afin que justement le pays ne connaisse pas la crise économique dont il souffre actuellement. Mais on n’a pas respecté ce qui était indiqué à la conférence de Paris, et voilà le résultat », déplore-t-il. Karine Kassis, pro-FL, remonte plus loin encore dans l’histoire, avant même la création officielle du Liban : « Je suis membre des FL parce que cette formation est plus qu’un parti, elle fait partie intégrante de l’histoire et de l’âme de notre pays, dont la forme et le nom ont changé avec le passage de l’histoire. Son appartenance a commencé avec saint Jean Maron, à l’ère de l’injustice et des ténèbres qui dura des centaines d’années, la foi en Dieu et son culte nous seront livrés sur notre chemin dans ces montagnes et sur ces plages, et les morts sont toujours vivants à nos yeux. »

Karine Kassis. Photo Georges Kassis

Pour un meilleur Liban ?

La question religieuse est évidemment centrale pour comprendre l’appartenance des jeunes aux partis politiques. « J’ai rejoint le Hezbollah parce que ce parti est en harmonie avec mes croyances religieuses. La politique et la religion ne doivent pas être séparées. Je crois que l’islam est la loi divine qui doit être suivie sur la terre. Et comme Dieu est absolue perfection, la religion qu’il nous envoie (l’islam) l’est aussi », affirme

Mahdi Tfaily. Outre l’aspect religieux, l’étudiant en sciences physiques affirme que le Liban devrait être géré par un gouvernement « désintéressé du profit et du pouvoir », ce que le Hezbollah représente selon lui : « Avez-vous déjà entendu une seule fois un représentant ou ministre du Hezbollah accusé de corruption ou de vol ? Ce que vous voyez, ce sont des gens qui travaillent dans l’intérêt du Liban, pour la sécurité et le bien-être de son peuple. » Pour Wassim Baroudi (qui n’évoque pas la question religieuse), le courant du Futur « représente et défend les rêves des jeunes ». « C’est pourquoi je crois dans ce parti, le soutenir, c’est espérer un meilleur avenir pour le Liban, une meilleure économie et une stabilité politique dont le pays a bien besoin. »

Pour Cynthia Yammine, en plus de sentir qu’elle appartient à « une grande famille », le CPL est aussi la promesse d’un pays meilleur : « La chose la plus importante accomplie par le CPL est la construction d’un État juste, fort, non pillé et non corrompu, ce projet du grand public est le dernier espoir de survie et de lutte pour le Liban, et l’espoir d’avoir un avenir pour nous en tant que jeunes universitaires. » Élie Matar, jeune Kataëb, selon une perspective opposée à Cynthia Yammine, voit aussi la possibilité d’un Liban plus fort grâce à son parti : « En faisant partie des Kataëb, je sens que je suis constamment en train d’essayer d’améliorer et de pousser le Liban sur le plan économique, social et politique, à travers une vision claire et des actions concrètes pour y arriver. » Quant à Mahdi Tfaily, pro-Hezbollah, en plus de participer à la cause palestinienne, sujet d’ailleurs houleux et qui n’a pas été évoqué par les autres étudiants interrogés, le parti de Dieu représente l’exemple d’un Liban fort et insoumis : « Face aux pressions extérieures exercées par les États-Unis, le Hezbollah demeure calme, tandis qu’on voit de nombreux autres partis libanais se soumettre à ce que veut l’Amérique. Mais le Hezbollah ne négociera jamais la sécurité du Liban ou n’importe quoi qui menacerait son indépendance. »

Alors, face aux arguments de chacun, les yeux grands ouverts sur le pays en ruine qu’est le Liban en 2020, que doivent penser les étudiants libanais ? Si ceux qui sont affiliés aux partis politiques traditionnels semblent tous l’être par amour du Liban, il faut se demander quel est le résultat produit par cette diversité : est-il aujourd’hui satisfaisant à la fois pour le pays et pour la jeunesse ? Et où trouver un terrain d’entente dans lequel cet amour de la patrie et cette diversité pourront enfin produire un pays viable avec un peuple soudé et unifié ?




Aujourd’hui que le Liban est en proie à l’effondrement économique, que les manifestations antigouvernementales refont surface, que le taux de paupérisation ne cesse de s’accroître avec la dévaluation de la livre et la fermeture de nombreuses entreprises, c’est le résultat de trente ans de gouvernance que le peuple libanais est en train de voir voler en éclats. Le tableau ne...

commentaires (3)

Je trouve ca très inquiétant ca me donne la nausée,des jeunes manipulés bourrage de crane ne connaissent rien de la vie moderne ( c est normal ils sont jeunes et n ont jamais connu autres choses) et ca fait peur en dehors de leurs appartenances à des partis politiques selon leurs religions ne savent pas qu est ce un pays libre,indépendant , souverain, on peut les mettre tous dans le meme sac aucun ne se demande d ou vient l argent de leurs chefs je veux pas tout citer : qu on m explique d ou vient la fortune de M Hariri ( Rafic) multi milliadaires ? on peut citer des autres ca va etre long pauvre jeunesse et pauvre liban on n est pas sorti de l auberge 15 ans de gerre civile ca n a pas suffit j appercois la prochaine malhereusement avec une jeunesse pareil

youssef barada

19 h 14, le 11 juillet 2020

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Je trouve ca très inquiétant ca me donne la nausée,des jeunes manipulés bourrage de crane ne connaissent rien de la vie moderne ( c est normal ils sont jeunes et n ont jamais connu autres choses) et ca fait peur en dehors de leurs appartenances à des partis politiques selon leurs religions ne savent pas qu est ce un pays libre,indépendant , souverain, on peut les mettre tous dans le meme sac aucun ne se demande d ou vient l argent de leurs chefs je veux pas tout citer : qu on m explique d ou vient la fortune de M Hariri ( Rafic) multi milliadaires ? on peut citer des autres ca va etre long pauvre jeunesse et pauvre liban on n est pas sorti de l auberge 15 ans de gerre civile ca n a pas suffit j appercois la prochaine malhereusement avec une jeunesse pareil

    youssef barada

    19 h 14, le 11 juillet 2020

  • Je suis si déçue par cette jeunesse qui n'a rien compris. Ils suivent les seigneurs de la guerre! Mais ce sont tous ces leaders qui ont fait la guerre et qui nous gouvernent , et qui volent et qui sont tous corrompus. Triste cette jeunesse ! Ils n'ont rien compris!

    Hind Faddoul

    16 h 10, le 11 juillet 2020

  • Tous les partis politiques cités ont ruiné notre Pays, et sont en train de l’achever définitivement. Je déplore que les personnes citées dans l’article soient endoctrinées de la sorte. Leur seule excuse est leur jeune âge...

    Bassoul Elie

    13 h 42, le 11 juillet 2020