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L’autre solution : le Liban devient membre de l’Alliance atlantique

Bien que la proposition que le Liban devienne membre de l’OTAN paraisse utopique, ou irréaliste, elle ne l’est pas tellement quand on accepte de la considérer.

Bien qu’elle semble dirigée contre une faction libanaise, elle ne l’est pas autant qu’elle en donne l’impression de premier abord.

Quand on regarde l’état dans lequel le pays se trouve, la perdition de la classe politique actuelle et l’absence d’un terrain politique d’entente extérieur, on constate que seule une solution courageuse, atypique et profonde doit être prise. « Aux grands maux, les grands moyens. »

Certains demandent l’application de la 1559 à laquelle sont opposés la moitié des partis en présence car, d’après eux, elle laisse le Liban à découvert et en proie aux visées territoriales israéliennes à l’avenir. Les armes du Hezbollah sont devenues à l’évidence la raison principale qui empêche un appui politique et financier de la part des pays de l’Ouest et du Golfe.

Alors comment envisager une sortie de crise qui réponde aux aspirations de la majorité du peuple et des partis en présence ?

Dans la charte de l’Alliance atlantique, l’objectif de l’OTAN n’est autre que l’intervention militaire de ses 30 membres quand l’un d’eux est menacé par un État quelconque.

Basée en Belgique, l’OTAN comprend des pays à majorité chrétienne et d’autres à majorité musulmane et n’intervient pas dans la politique interne ou externe d’un pays membre. Israël n’est pas un pays membre, si cela peut calmer les protagonistes libanais. L’Albanie, le Canada et la Turquie en sont membres. La Bosnie devrait bientôt devenir le 31e membre.

L’un de nos problèmes les plus épineux n’est-il pas les armes du Hezbollah dont le but essentiel est de défendre le Liban contre toute attaque israélienne ? Si quelqu’un nous garantissait qu’il n’y aurait plus d’attaques et que les raisons de l’attaque sont éliminées, notre problème ne serait-il pas en grande partie résolu ?

L’autre raison avancée pour maintenir les armes du Hezbollah est l’occupation des fermes de Chebaa, bien que la Syrie refuse encore de reconnaître officiellement à l’ONU qu’elles appartiennent au Liban. Que le litige soit avec la Syrie ou Israël, l’OTAN s’assurerait que le Liban recouvrerait tout territoire qui lui appartient, tel que défini par les Nations unies, avec qui il a des missions conjointes.

Si nous œuvrions à être membres de l’OTAN, les armes lourdes du Hezb n’auraient plus leur raison d’être au Liban. Les armes légères étant équilibrées par le fait que d’autres au Liban en sont porteurs aussi.

Le Liban est aujourd’hui dans une véritable impasse et semble confronté aux seuls choix suivants :

1) Une guerre avec Israël déclenchée par le Hezbollah en réponse à la famine qu’il pense que les États-Unis préparent pour le Liban à travers notamment la loi César et l’obstruction à l’arrivée des dollars vers le Liban.

2) Un débordement et une intensification des manifestations quotidiennes avec le chaos que cela engendrerait et l’appui direct et indirect de pays étrangers.

3) Un nouveau gouvernement présidé par Saad Hariri qui servirait de nouveau à donner une couverture politique au Hezbollah et qui ne ferait que retarder l’éclatement économique et politique.

4) Un gouvernement de militaires au résultat difficile à évaluer.

La Solution visant à réduire la tension à l’intérieur et à l’extérieur en devenant membre de l’OTAN n’est-elle pas une planche de salut qu’il faudrait saisir ? N’est-ce pas un moyen pour le Hezbollah et ses alliés de sauver la face en l’absence de solutions autres que celle de tuer son peuple par une guerre fratricide ou laisser son peuple s’affamer comme il le dit lui-même ?

Quand l’Alliance sera dans l’obligation de défendre le Liban en cas de menaces, le Hezbollah sera tenu de se libérer progressivement et naturellement de ses armes, et la grande majorité de la population soutiendrait cette démarche.

Il n’est toutefois pas aisé de se faire accepter comme membre car la Turquie est le seul membre dont la moitié du territoire est en Asie. Nous serions donc les premiers dont tout le territoire est en Asie, et aussi le premier pays arabe à se joindre à l’Alliance ; signe que le Liban est encore à la pointe des idées nouvelles et du progrès, et on ferait un bond en avant, concurrençant peut-être même Dubaï économiquement, socialement et culturellement… Vu la crise des réfugiés syriens et la présence palestinienne au Liban, nombre de pays membres auraient intérêt à stabiliser le Liban par le biais d’une telle Alliance.

Mais un des facteurs les plus importants à noter est que si notre pays devient membre, il recevrait d’importantes aides militaires, des aides en investissements et une présence de l’OTAN sur son territoire. L’armée bénéficierait d’entraînement et d’aides bénévoles. Nous ferions aussi partie des pays considérés stables géopolitiquement, ce qui entraînerait des investissements étrangers, comme ce fut le cas dernièrement avec les nouveaux membres où des sociétés étrangères ont afflué dès que cette « garantie OTAN » est devenue une réalité. Notons aussi que la grande majorité de l’aide militaire à l’armée libanaise provient en ce moment des États-Unis alors que dans l’option OTAN, elle proviendrait de 30 pays différents, ce qui devrait convenir au Hezbollah.

Le Liban vit deux problèmes essentiels au stade actuel : les armes du Hezbollah et la crise économique. Le premier problème serait résolu et le Hezbollah pourrait alors déplacer vers l’Iran ses armes et ses forces pour mieux défendre son allié face à ce qu’il considère être une agression américaine, ou bien il pourrait intégrer l’armée libanaise. La crise économique serait en grande partie résolue quand nous aurions une garantie de stabilité géopolitique, un regain de confiance interne et aussi une chute du risque pays. Les sociétés d’hydrocarbures viendraient prospecter plus facilement et notre potentiel de véritable pays pétrolier serait une réalité.

Cela arrêterait le grand exode des Libanais, surtout des jeunes, attendu dès le mois de septembre, et ouvrirait grand un nouveau 17 octobre car il n’y aurait plus la possibilité de diviser la rue vu qu’une partie demande la 1559 et le désarmement immédiat du Hezb.

Il ne nous resterait plus qu’à entamer certaines réformes, bloquées en ce moment, ce qui impacterait positivement la confiance des donateurs étrangers et ouvrirait la voie aux opportunités de dons, d’aides et de prêts pour mettre fin à l’hémorragie et à la crise actuelle.

Ce « timing » pour initier cette demande et faire le lobbying interne et externe pour qu’elle se réalise est, à mon sens, idéal. Il vise plusieurs objectifs en même temps.

Le Hezb, suite aux sanctions, à la loi César et à l’assèchement du dollar tout-puissant, commence à sentir un isolement sérieux et une lourde responsabilité vis-à-vis de ses partisans, de leurs familles ainsi que de tous les Libanais. De plus, il commence à se rendre compte qu’il serait le premier et probablement le seul visé en cas de guerre car la Syrie jouit d’une protection russe ; les États-Unis et Israël, réalisant que l’Iran serait difficile à digérer en cas de guerre, laisseraient le Hezbollah perdre ses moyens par le biais de sanctions asphyxiantes et attendraient que le temps fasse bien les choses : cette absence d’entrain pour une frappe militaire est due à la taille de son territoire, son appareil militaire bien développé et au besoin de s’assurer que la Chine et la Russie regarderaient de l’autre côté. Cela change donc la donne ; au lieu de frapper la tête on neutraliserait les membres, surtout ceux qui sont à la frontière avec Israël : la priorité des priorités pour les États-Unis. L’Iran serait uniquement étranglé par les sanctions sévères et donc, à ce stade, le Hezb devrait se rendre compte que l’Iran est une économie que les États-Unis convoitent sans doute à cause de ses grandes ressources gazières, pétrolières, minières et de sa position stratégique aux portes de la Russie. Un grand marché de 84 millions de personnes. Une fois l’Iran asphyxié par l’isolement et les sanctions, un accord serait signé avec Trump ou Biden avant fin 2021 qui incluerait les missiles et les armes lourdes du Hezb. L’Iran n’aurait d’autre choix que de négocier. Mais cela ne voudrait pas dire que les visées et les agressions israéliennes s’arrêteront et c’est là que réside l’importance de l’OTAN : une solution définitive à long terme.

C’est pour cela que nous disons au Hezbollah : « Retrouvez le monde à mi-chemin, suivez votre allié et défendez-le au besoin mais “Let our people live” comme l’a si bien dit Ghassan Tuéni à la tribune des Nations unies. »

À nos parlementaires nous disons : « Le Liban et les Libanais ont besoin de revivre. Ayez le courage de faire votre mea-culpa en sauvant votre pays. »

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Bien que la proposition que le Liban devienne membre de l’OTAN paraisse utopique, ou irréaliste, elle ne l’est pas tellement quand on accepte de la considérer.

Bien qu’elle semble dirigée contre une faction libanaise, elle ne l’est pas autant qu’elle en donne l’impression de premier abord.

Quand on regarde l’état dans lequel le pays se trouve, la perdition de la...

commentaires (2)

Pourquoi pas?

SADEK Rosette

13 h 20, le 30 juin 2020

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Commentaires (2)

  • Pourquoi pas?

    SADEK Rosette

    13 h 20, le 30 juin 2020

  • ET MOI, CITOYEN NON MARONITE SERAIT ELU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ..... D'UN LIBAN NEO LIBRE

    gaby sioufi

    14 h 45, le 29 juin 2020