Russie

La Constitution de Poutine révélatrice d’une rupture générationnelle

La Constitution de Poutine révélatrice d’une rupture générationnelle

Le président russe Vladimir Poutine, à Moscou, le 25 juin 2020. Sputnik/Mikhail Klimentyev/Kremlin via Reuters

Lioudmila Ioudina, 81 ans, orthophoniste à la retraite et partisane de Vladimir Poutine, affronte depuis des semaines ses deux petits-fils, opposés aux réformes constitutionnelles voulues par le président russe. Mandats supplémentaires pour celui qui dirige la Russie depuis 20 ans, foi en Dieu, refus du mariage pour tous, patriotisme : les amendements soumis aux Russes le 1er juillet révèlent une première rupture générationnelle depuis la chute de l’URSS, selon des sociologues. « J’explique (à mes petits-fils) qu’il n’y a rien de criminel dans ces amendements, que c’est le premier président duquel on ne doit pas avoir honte, qu’il est ferme et sait défendre notre pays face à l’étranger », raconte Lioudmila après un déjeuner de famille sur la terrasse de leur datcha à Andreevskoïe, à 50 km de Moscou. Mais selon elle, « la nouvelle génération s’engage malheureusement en faveur de l’Occident au lieu de préserver les valeurs spécifiques russes ». La grand-mère cherche aussi ses mots pour expliquer à Ivan, 19 ans, et Ilia, 20 ans, que l’article réservant le mariage aux couples homme-femme vise à défendre « la vraie famille », elle qui considère l’homosexualité comme « un jeu à la mode chez les uns et une pathologie chez d’autres ».

Ivan fait remarquer que « ce sont les jeunes qui devront vivre avec cette Constitution » et qu’il ne veut pas d’une Russie « toujours plus conservatrice, totalitaire, exhibant sa force ». Ilia, étudiant à la prestigieuse université Lomonossov de Moscou, enrage, lui, contre cette réforme de « façade » et dont « le but principal » est de garantir à Poutine le pouvoir jusqu’à 2036, l’année de ses 84 ans. Pour lui, les anciens sont conditionnés depuis l’époque soviétique par les discours officiels et la propagande relayés par les médias publics. Le cas ne semble pas isolé. Des sondages montrent que la majorité des Russes âgés de 18 à 24 ans se disent mécontents de la politique menée, relève le sociologue Alexei Levinson. Or, cette même classe d’âge n’a connu qu’un seul président : Vladimir Poutine. Une étude de l’institut indépendant Levada-Centre montre que 61 % des 18-24 ans estiment que « la Russie ne va pas dans la bonne direction », et seuls 33 % soutiennent les modifications à la Constitution, contre 45 % qui s’y opposent.

Référendum honteux

À l’opposé de la pyramide d’âge, 65 % des Russes de plus de 65 ans jugent le pays sur la bonne voie, 71 % sont favorables aux amendements et 11 % sont contre. « La nouvelle génération a une préférence pour les libertés individuelles par rapport aux valeurs traditionnelles, et elle n’apprécie pas ce pouvoir immuable », explique M. Levinson. L’un des porte-paroles de cette génération est la star du web Iouri Doud, 33 ans, qui s’est fait connaître par ses documentaires en ligne. L’un, en février, adressé à la jeunesse, a récolté 18 millions de vues en racontant les ravages du HIV en Russie et en dénonçant l’indifférence des autorités. Le 20 juin, il a dénoncé sur Instagram « un référendum honteux » destiné uniquement prolonger le règne de Poutine. La publication a recueilli plus d’un million de « J’aime ». Svetlana Khokhlova, 50 ans, une ancienne députée conservatrice du district d’Istra, près de Moscou, estime que cette opposition de la jeunesse à une cause principale : « La propagande antirusse. » Pour atteindre les jeunes qui ne s’informent guère via les médias traditionnels, cette militante orthodoxe s’est donné pour mission d’expliquer sur les réseaux sociaux l’importance d’aller voter. « C’est simple : ceux qui sont aujourd’hui contre la Constitution de Poutine n’ont pas connu l’URSS en tant que superpuissance et ils n’ont pas connu le désastre qu’étaient les premières années postsoviétiques », explique-t-elle. « J’ai trois petits-enfants (...) et je ne veux pas que mes arrière-petits-enfants deviennent des personnes sans genre, ni nationalité ni patrie », résume la dame les larmes aux yeux. Elle peut néanmoins être rassurée, l’opposition de la jeunesse ne devrait pas empêcher l’adoption des réformes à une large majorité le 1er juillet. La nouvelle version de la Constitution est d’ailleurs en vente dans les librairies moscovites depuis mi-juin.

Marina LAPENKOVA/AFP


Lioudmila Ioudina, 81 ans, orthophoniste à la retraite et partisane de Vladimir Poutine, affronte depuis des semaines ses deux petits-fils, opposés aux réformes constitutionnelles voulues par le président russe. Mandats supplémentaires pour celui qui dirige la Russie depuis 20 ans, foi en Dieu, refus du mariage pour tous, patriotisme : les amendements soumis aux Russes le 1er...

commentaires (1)

Bref il ne reste plus a esperer que les vieux fassent bientot la place et que les jeunes ne s'abrutissent pas en grandissant. La Russie vaut beaucoup mieux qu'un enieme autocrate comme Poutine

Liban Libre

01 h 05, le 27 juin 2020

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Commentaires (1)

  • Bref il ne reste plus a esperer que les vieux fassent bientot la place et que les jeunes ne s'abrutissent pas en grandissant. La Russie vaut beaucoup mieux qu'un enieme autocrate comme Poutine

    Liban Libre

    01 h 05, le 27 juin 2020