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Nos lecteurs ont la parole

Sophismes économiques autour du règlement scolaire

Loin de moi l’idée de me constituer ici en défenseur acharné des parents ou en critique obstiné de la politique financière des écoles dont le but consiste à maintenir l’équilibre des comptes de manière à assurer la survie de leur établissement. Cependant, face au double désastre financier et sanitaire qui a frappé le pays et dont les conséquences ne sont, malheureusement, qu’à leurs prémices, il m’était difficile de rester impassible – et c’est bien au nom de l’équité et d’une meilleure redistribution des ressources/charges et éventuelles pertes que je me permets cette intervention.

Il s’agit cette fois rien de plus et rien de moins qu’un réquisitoire à l’encontre de ce nouvel outil de torture, du point de vue des débiteurs, de tracasserie, de point de vue de la direction, à savoir le règlement de la scolarité du troisième trimestre alors que bon nombre de parents n’ont même pas réglé encore celui du deuxième, non point intentionnellement mais parce qu’ils ont en été empêchés !

S’obstiner, en dépit du bon sens, à marteler chaque deux jours des rappels aux parents relève de l’absurde car même en période « normale », l’école n’avait point usé de telles procédures, ce qui justifie entièrement l’indignation des parents ! De toute évidence, ce « manque de tact » de la part des établissements scolaires relève plus de la panique alors que le ministre de tutelle semble avoir tranché prématurément toute discussion touchant aux salaires des enseignants !

À mon humble avis, il a eu bien tort de le faire car comment expliquer aux parents la perte partielle ou totale de leurs revenus pendant toute la période de confinement alors qu’on s’acharne à préserver intacts ceux des enseignants pour leur prestation partielle bien au chaud blottis chez eux…. Avec cerise sur le gâteau, l’épargne, de facto, de leurs frais de déplacement ! Que diable reste-t-il donc à proposer aux parents sinistrés que de régler, illico presto et sans réduction aucune, le solde de la scolarité de leur enfant !

Il va falloir piocher plus en profondeur pour alléger le fardeau, par exemple, de ceux qui ont plusieurs élèves à charge et qui ne profitent d’aucune sorte de remise, ou de ceux qui, selon l’expression du ministre – déclaration complètement absurde–, sont en difficulté c’est-à-dire l’ensemble des parents ! Il est regrettable de constater néanmoins qu’après trois décennies de gouvernements tenus par des bandits, et je pèse mes mots, l’on nous gratifie d’un gouvernement de naïfs et d’incompétents !

Revenons au sophisme tiré de la scolarité. L’établissement peut faire de ses revenus un bon ou un mauvais usage : il en fait un bon usage quand il rend aux élèves des services équivalents à la valeur que les parents lui livrent. Il en fait mauvais usage quand il dissipe une partie de cette valeur. Au fait, l’école n’est pas manchot et ne peut l’être. Elle a deux mains, l’une pour recevoir et l’autre pour donner. L’activité de la seconde est nécessairement subordonnée à l’activité de la première. À la rigueur, l’établissement scolaire peut prendre et ne pas rendre absolument tout. Cela s’est vu et s’explique par la nature poreuse et absorbante de ses mains, qui retiennent presque toujours une partie, non point dans le souci de générer un quelconque bénéfice, souvent légitime, mais bien pour se doter de provisions pour couvrir les investissements futurs ou même se prémunir contre d’éventuels risques. Dans ce cas, et vu les circonstances atténuantes, ne serait-il pas opportun d’y affecter une partie de ces provisions afin d’aider les parents à passer ce cap ?

Le problème depuis une décennie c’est justement cet excès sans cesse croissant d’indexations alors que la survie d’un établissement scolaire et sa réussite exigent, en temps de crise, qu’il se réduise à son rôle le plus essentiel, voire le plus élémentaire. Le Liban a perdu depuis belle lurette sa qualification de pays de cocagne, et pourtant on continue à faire supporter aux parents au-delà de l’insensé. Le résultat : un départ de plus en plus croissant d’élèves vers l’étranger, créant ainsi un cercle vicieux qui consiste à oblitérer davantage les comptes et aggraver le déficit du Lycée ; le marasme économique couplé à une hausse de la scolarité se sont ainsi répercutés systématiquement sur les parents qui ont refusé d’émigrer, par excès de patriotisme peut être (sic)… À cela vient s’ajouter aujourd’hui l’effondrement total et de leurs revenus et de leurs économies !

Quid de la facture de transport ? À titre de rappel, la facture du bus scolaire qui avait jadis grimpé de plus de 50 % lorsque le baril de pétrole avait atteint des sommités autour de 120$ le baril de Brent n’a baissé que de 3 % lorsque ce même baril avait chuté de moitié et n’a plus bougé alors que ce dernier s’est carrément effondré depuis lors ! Aujourd’hui que les bus sont à l’arrêt depuis des mois, personne ne semble remettre en cause la deuxième facture de la société des transports ! En toute équité, elle devra être réduite au moins de moitié car le transporteur devra restituer l’épargne en essence, huile, pneus, usures moteurs, etc. et sa quote-part de bénéfice au prorata du nombre de mois à l’arrêt. Le comité des parents est invité à trancher sans fléchir. Pour ma part, je me ferais un devoir de suivre avec le cabinet du ministre de l’Éducation cet aspect omis ou même négligé dans sa dernière déclaration !

En supposant pouvoir surmonter les problèmes de l’année en cours, qu’adviendra-t-il en 2021 ? Pour la prochaine année scolaire, au lieu et à la place d’une nouvelle imposition utopique, et faute d’aide étatique (État en faillite) ne vaudrait-il pas mieux s’atteler, dès à présent, à la lourde tâche qui consiste à assainir en profondeur les dépenses des établissements scolaires, et ce malgré les limites de cette démarche ? Et peut-être devrions-nous explorer de potentielles aides des pays francophones, anglophones ou même turcophones, que sais-je ? Il y va de l’avenir de notre établissement et celui de l’éducation privée dans ce pays.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Loin de moi l’idée de me constituer ici en défenseur acharné des parents ou en critique obstiné de la politique financière des écoles dont le but consiste à maintenir l’équilibre des comptes de manière à assurer la survie de leur établissement. Cependant, face au double désastre financier et sanitaire qui a frappé le pays et dont les conséquences ne sont, malheureusement, qu’à leurs prémices, il m’était difficile de rester impassible – et c’est bien au nom de l’équité et d’une meilleure redistribution des ressources/charges et éventuelles pertes que je me permets cette intervention.Il s’agit cette fois rien de plus et rien de moins qu’un réquisitoire à l’encontre de ce nouvel outil de torture, du point de vue des débiteurs, de tracasserie, de point de vue de la direction, à savoir le...
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