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Moyen-Orient - Social

En Irak, indignation après des coupes dans les pensions et salaires

En Irak, indignation après des coupes dans les pensions et salaires

Des manifestations antigouvernement à Bassora, le 13 juin 2020. Hussein Faleh/AFP

Comme chaque début de mois, Nisrine Saleh a reçu sa retraite. Mais, surprise : il manquait 100 euros, le début de l’austérité en Irak... sur laquelle les autorités sont rapidement revenues.

L’enjeu est tellement énorme dans un pays à l’économie exsangue qui compte 20 % de pauvres que le Premier ministre Moustafa el-Kazimi a, dans une longue conférence de presse, expliqué qu’il ne s’agissait pas de « coupes salariales mais d’un manque de liquidités » qui devrait être rattrapé sous peu. La reculade est majeure car c’était la première fois, après les appels à l’austérité, que le gouvernement en poste depuis un mois passait à l’action. « Les caisses sont quasiment vides, l’idée était de couper dans tous les salaires jusque dans ceux des ministres et députés », explique un haut responsable, sous couvert d’anonymat.

« L’argent volé »

Même le Parlement, l’instance la plus conspuée dans la rue, a voté contre. M. Kazimi a finalement annoncé que seuls 27 % des retraités avaient été ponctionnés et que la différence serait versée sous peu alors que le confinement né du Covid-19 a déjà drastiquement réduit les revenus de milliers de foyers.

Mais le déficit est toujours là, de 3,5 milliards d’euros supplémentaires chaque mois. Et les salaires et pensions restent le premier poste de dépense dans lequel le gouvernement peut trancher : ils représentent la quasi-totalité des quatre milliards d’euros mensuels de frais de fonctionnement de l’État.

Un héritage du clientélisme du pouvoir installé après Saddam Hussein en 2003. Les fonctionnaires étaient moins d’un million. Aujourd’hui, ils sont quatre millions, alors que chaque année, dans l’un des pays les plus jeunes au monde, 800 000 Irakiens entrent dans la vie active. Et quatre autres millions dépendent de l’État qui leur verse une retraite ou une pension d’ancien prisonnier.

Avec un Irakien sur cinq qui reçoit des subsides publics, la facture s’alourdit pour un État qui vit quasi uniquement du pétrole – dont les prix sont en chute libre et la demande décroissante.

Mais en ponctionnant les retraites – peu après la première visite publique de M. Kazimi, justement à la Direction des retraites – les autorités ont réveillé le spectre de la révolte populaire d’octobre, qui dénonçait notamment la corruption et la vie chère.

« Ils n’ont qu’à couper dans leurs salaires, ils verront ce qu’on ressent », s’emporte Nisrine, enseignante durant 30 ans. « Ils prennent le pain de la bouche des pauvres mais le gouvernement n’a toujours pas récupéré l’argent volé depuis 2003 » – soit, officiellement, un tiers des revenus du pétrole empochés par des politiciens et entrepreneurs véreux.

M. Kazimi lui-même a évoqué le cas des anciens réfugiés irakiens de Rafha, en Arabie saoudite voisine. Exilés sous Saddam Hussein, chacun d’entre eux perçoit encore des compensations, de même que chaque membre de sa famille. De génération en génération, leur nombre dépasse aujourd’hui les 30 000.

Industrie et agriculture délabrées

« Pourquoi dédommager ceux qui vivent depuis longtemps en Europe et pas ceux qui ont vécu l’embargo, la dictature de Saddam et le terrorisme? » s’emporte Yasser Saffar, chômeur bagdadi de 43 ans. Les 100 000 anciens détenus sous Saddam touchent eux aussi près de 900 euros par mois de l’État. Signe qu’ils redoutent d’être les prochaines cibles d’une austérité, ces deux groupes ont manifesté cette semaine à Bagdad et dans le Sud.

Pour les Irakiens, il y a aussi des trop-perçus du côté des responsables. Un député par exemple touche entre 3 000 et 5 000 euros par mois, dix fois plus que le salaire moyen. Auquel s’ajoute près de 750 euros de frais de sécurité.

Et si l’État doit économiser pour rester à flot, il doit aussi réussir à dégager des budgets d’investissements. Sous Saddam Hussein, le secteur public promettait un emploi à tous les diplômés de l’université, mais l’industrie et l’agriculture – subventionnée par l’État – assuraient également les revenus d’une bonne part de la population.

Aujourd’hui, les usines, pillées ou détruites dans les guerres, sont à l’arrêt et les champs à l’abandon alors que les villes ont explosé sous l’effet de l’exode rural.

Quant aux diplômés, ils s’en remettent aux pots-de-vin pour rejoindre la fonction publique, sans même penser au secteur privé, étouffé par des taxes d’importation rarement imposées ou un secteur bancaire balbutiant.

Ammar KARIM/AFP

Comme chaque début de mois, Nisrine Saleh a reçu sa retraite. Mais, surprise : il manquait 100 euros, le début de l’austérité en Irak... sur laquelle les autorités sont rapidement revenues.L’enjeu est tellement énorme dans un pays à l’économie exsangue qui compte 20 % de pauvres que le Premier ministre Moustafa el-Kazimi a, dans une longue conférence de presse, expliqué qu’il ne s’agissait pas de « coupes salariales mais d’un manque de liquidités » qui devrait être rattrapé sous peu. La reculade est majeure car c’était la première fois, après les appels à l’austérité, que le gouvernement en poste depuis un mois passait à l’action. « Les caisses sont quasiment vides, l’idée était de couper dans tous les salaires jusque dans ceux des ministres et députés »,...
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